Le diptyque Femme sur fond vert, réalisée en 2010, est exposée au CNE. L’oeuvre mesure 5 pieds par 6 pieds.

Tête-à-tête avec Corno

Intensité, démesure, sensualité, fougue, puissance, liberté. Toute une énergie émane de la salle principale du Centre national d’exposition de Jonquière où est présentée l’exposition Hommage à Corno. «Si vous voulez savoir qui je suis, regardez mes toiles», affirmait l’artiste. Jusqu’au 16 juin, c’est à un véritable tête-à-tête avec la peintre originaire de Chicoutimi que le public est convié.

Le Centre national d’exposition de Jonquière souhaitait marquer son 40e anniversaire. Il le fait de bien belle façon en proposant Hommage à Corno, la plus grosse exposition d’oeuvres de l’artiste jamais présentée au Québec.

New York, Dubaï, Londres, Los Angeles, Paris, Hong Kong, Singapour. Corno exposait partout dans le monde. Avant sa mort, à l’âge de 64 ans, en 2016, elle avait avancé l’idée de présenter une rétrospective de son oeuvre chez elle, à Saguenay.

Le CNE et sa soeur Line Corneau, en collaboration avec la Galerie Corno, se sont chargés de concrétiser son souhait.

«J’ai fait confiance à Manon Guérin, la directrice du CNE et son équipe. Je suis fière du résultat. Joanne était exigeante envers elle-même, mais aussi pour ses expositions. Ici, c’est à sa hauteur. Elle aurait été fière. Je la sens contente. L’exposition me permet de la garder bien vivante. Aujourd’hui, c’est comme si elle était là », confie Line Corneau lors d’une visite de l’exposition.

Des toiles fortes, vibrantes, occupent l’immense espace blanc qui leur a été octroyé. L’effet est immédiat sur le visiteur qui pénètre dans la salle. Les textures, les couleurs, la lumière fascinent.

«Joanne disait ‘‘Que vous le vouliez ou pas, moi je vais vous en mettre plein la gueule’’», raconte Line Corneau qui souligne que présenter une telle exposition en région comportait son lot de défis.

Manon Guérin et elle ont pu compter sur la collaboration de plusieurs collectionneurs qui ont accepté de prêter leurs biens afin de concrétiser le projet.

«On a été approché par Montréal pour une exposition hommage. Ça aurait été plus simple, mais j’entendais Joanne me dire: ‘‘Je veux faire une exposition au CNE’’. Il fallait convaincre les collectionneurs de prêter leurs oeuvres. Ç’a pris beaucoup de conviction. Ils l’ont fait pour Joanne, pour notre région et pour le CNE. C’est l’fun parce qu’il y a des tableaux qui n’ont jamais été vus par personne puisqu’ils ont été acquis par des collectionneurs dès leur création. »

Un total de 42 oeuvres, dont 36 toiles de grands formats, ont été réunies dans la salle d’exposition du CNE. La moitié d’entre elles proviennent de collectionneurs privés. L’autre de la Galerie Corno de Montréal qui appartient à la famille. Cinq dessins-ébauches, quelques artefacts ayant appartenu à l’artiste, ainsi que ses premières oeuvres réalisées dans un cadre scolaire sont également présentés.

Le visiteur retrace le parcours de la peintre de 2016 à 1973. Il découvre sa dernière oeuvre, une petite toile dans laquelle des fleurs ont été incorporées, réalisée en 2016 alors qu’elle était malade.

Corno a fait sa marque avec des oeuvres grand format. Pour elle, les tableaux n’étaient jamais assez gros. «C’est quand tu es devant les tableaux que tu vois la force de Joanne», souligne la soeur de la disparue.

En se retrouvant devant les toiles, estime-t-elle, le public sera à même de constater tout le travail qu’elles comportent. «Quand on voit les toiles de près, le travail ressort. Joanne travaillait fort. Elle étudiait tout le temps. Jusqu’à la fin, elle a étudié le corps humain pour pouvoir le peindre. »

Une quinzaine de photos de New York prises par Corno sont aussi exposées. «Elle aimait beaucoup prendre des photos. Il y en avait 8000 dans son iPhone. On en a sélectionné une quinzaine», souligne Line Corneau.

Des archives visuelles ont aussi été regroupées. Il est possible de les découvrir sur l’ordinateur personnel de Corno, installé dans un coin de la salle d’exposition.

L’oeuvre de la peintre ne laisse personne indifférent. Avec Hommage à Corno, le public devient témoin de sa passion. Il se fait raconter son histoire, faite de couleurs vibrantes, un coup de pinceau à la fois. « Elle disait ‘‘Je ne me bats pas pour vivre, je me bats pour peindre’’», confirme celle qui l’a accompagnée jusqu’à son dernier souffle.

Les histoires d’amour est l’un des dernières oeuvres peintes par Corno en 2015.

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LA PEINTRE ET LE MAÎTRE RÉUNIS

Le Centre national d’exposition a réuni Corno et son maître, Andy Warhol,le temps d’une exposition. 

La salle principale du CNE est dédiée à l’oeuvre de la peintre originaire de Chicoutimi. Celle-ci communique toutefois avec la salle adjacente, réservée pour l’occasion à Andy Warhol. 

«C’est le maître qui l’a inspirée, souligne Manon Guérin, directrice du CNE. C’était intéressant de faire le maillage des deux expositions.»

Warhol s’affiche! propose notamment 27 affiches de l’artiste américain, figure emblématique du Pop art. Les oeuvres ont été acquises par la Galerie Corno du collectionneur Paul Maréchal, un des plus grands spécialistes et collectionneurs de Warhol. C’est d’ailleurs les pièces lui appartenant qui sont exposées dans la salle. 

Des pochettes de disques, des affiches, des toiles, l’exposition colorée complète à merveille la visite dans l’univers de Corno qui a elle-même peint Warhol, toile justement exposée au CNE. 

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POUR LES VISITEURS

Avec l’exposition hommage à Corno, le CNE a l’impression d’offrir un véritable cadeau à ses visiteurs. 

L’idée de créer une exposition hommage à Corno est née il y a quelques années déjà. L’artiste avait été approchée par l’équipe du CNE et manifester un réel désir de concrétiser le projet. Le temps aura finalement manqué à la peintre. 

Le CNE a pensé utiliser une toile de Corno intitulé Lips qu’il possédait pour la campagne de financement de son 40e anniversaire. L’idée d’une exposition a alors refait surface. 

«On a communiqué avec Line et il y a eu une ouverture. Grâce à Line et à la Galerie Corno, on a pu réaliser cette exposition dont on peut être fiers. On est très heureux de ce qu’on présente ici. On est choyé. Quand les gens entrent, ils font: ‘‘Wow!’’. On sent la matière, les textures, la fougue de l’artiste, affirme Manon Guérin, directrice du CNE. C’est du bonbon, un cadeau qu’on offre à notre clientèle.» 

Au CNE, on sent que l’oeuvre de Corno suscite l’intérêt. La campagne de financement a très beien fonctionné. 

Depuis le vernissage, les visiteurs circulent à un rythme soutenu. «On reçoit un minimum de 175 personnes par jour depuis l’ouverture, souligne Manon Guérin. C’est au-delà de nos attentes. On sent que l’effet attractif est là.

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LES OEUVRES RÉCUPÉRÉES PAR LA FAMILLE

Le décès d’un artiste crée une rareté de ses oeuvres et inévitablement, l’explosion de leur prix de vente. N’eût été l’intervention de sa famille, les toiles de Corno auraient disparu en quelques heures après sa mort. 

Dans les heures qui ont suivi son décès, sa famille a rapatrié ses oeuvres. «On ne voulait pas que ses tableaux soient quelque chose que personne ne peut se procurer. Ses toiles étaient exposées partout. On a tout rapatrié. Sinon, il n’y aurait plus rien, explique Line Corneau. Elle est décédée le jeudi, le samedi on a dû fermer la galerie de Montréal. Ça n’avait plus de sens. Tout le monde voulait du Corno.» 

Line Corneau souhaite que les tableaux de sa soeur soient vus, qu’ils voyagent, qu’ils procurent des sensations à ceux qui les regardent. 

Dans le but de démocratiser l’accès aux oeuvres de Corno, un catalogue de l’exposition présenté au CNE a été produit. Il est en vente au coût de 40$. «Il a été fait en guise de cadeau aux admirateurs et aux collectionneurs», souligne Line Corneau.