Téléromans chinois

CHRONIQUE / Ils sont produits en Chine. Oui, la Chine de Mao, celle qu’on croit connaître parce qu’on achète ses bébelles et parce qu’on sait que la Grande Muraille constitue l’unique construction humaine visible de l’espace. Ses citoyens ne font pas que besogner pour des multinationales en quête de main-d’œuvre bon marché. Ils regardent la télévision et, compte tenu de leur nombre qui dépasse le milliard, satisfaire leurs besoins en matière de divertissement représente l’équivalent des travaux d’Hercule.

Le hasard a voulu que l’an dernier, de même que cet automne, deux hôtels viennois où je séjournais donnaient accès à un canal chinois destiné au marché francophone. Il y avait des émissions d’information, des documentaires et toujours, à 23 h 30, deux épisodes d’un même feuilleton, d’une durée de 40 minutes chacun.

Au début, c’est l’étrangeté de la langue qui m’a attiré. Grâce aux sous-titres, j’ai pu entendre des Chinois parler et leurs intonations sont surprenantes. De jeunes femmes émettent des sons gutturaux, alors qu’elles ne sont ni vulgaires, ni en colère. Un vieil homme irritable crie de la même manière que Louis de Funès, comme si les barrières culturelles avaient été abolies.

Des thèmes ressortent également, du moins dans les séries que j’ai pu regarder : Après le mariage vient l’amour — excellent — et Le secret de l’épouse. La famille est omniprésente, tout comme l’attrait exercé par les biens de la Terre, le conflit entre les générations, l’obsession du pitonnage et, ce qui surprend dans ce pays qui se dit communiste, la pression sociale poussant les gens à se marier et, ce faisant, à y mettre les formes. À cet égard, on se croirait dans le Québec des années 1950 ou aux États-Unis, aujourd’hui.

Ce qui est tout aussi extraordinaire, c’est de découvrir que la circulation automobile est pénible à Pékin, que les régions rurales vivent dans une abjecte pauvreté, que la bureaucratie parasite les relations entre l’État et les citoyens. Des faits qui, semble-t-il, cadrent mieux à l’intérieur d’une œuvre de fiction que dans un bulletin de nouvelles.