De passage à Chicoutimi récemment, Richard Haddad s’est dit fier de ce que Télé-Québec a accompli au cours de la crise sanitaire. «Nous avons été agiles, créatifs», a-t-il confié lors d’une entrevue accordée au Progrès.
De passage à Chicoutimi récemment, Richard Haddad s’est dit fier de ce que Télé-Québec a accompli au cours de la crise sanitaire. «Nous avons été agiles, créatifs», a-t-il confié lors d’une entrevue accordée au Progrès.

Télé-Québec: Richard Haddad heureux de son choix

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
Le 7 janvier, Richard Haddad est entré en fonction à la direction générale des programmes de Télé-Québec. Après 15 années au sein du Groupe TVA de Québecor, où il était directeur marques, contenu et productions originales, l’homme originaire de La Baie se sentait d’attaque pour amorcer le dernier droit de sa carrière.

L’arrivée de la cinquantaine avait fait naître en lui le désir de travailler dans une perspective différente, portée par une forme d’idéalisme. «Ça faisait 15 ans que j’oeuvrais dans le domaine de la fiction. Je me questionnais sur la façon dont je pourrais m’impliquer dans la société», a confié Richard Haddad au cours d’une entrevue.

Voyant que le poste était en voie de se libérer, l’idée lui est venue de soumettre sa candidature, laquelle a été acceptée en novembre. Pourquoi le diffuseur public? «C’est une télévision unique, différente, avance-t-il. Le mandat éducatif, l’ancrage dans les régions, ça rejoignait mes valeurs.»

L’un de ses défis se situait au niveau de la gestion, puisque Richard Haddad devait veiller à la bonne marche des équipes rattachées aux dramatiques, aux variétés et aux documentaires. Ce faisant, il allait réaliser son voeu d’élargir sa pratique, tel que mentionné plus haut. Dans l’immédiat, cependant, il importait de se familiariser avec les gens, ainsi que la culture d’entreprise.

«C’est une petite institution qui a un beau passé», fait valoir le directeur, qui a pris plaisir à en découvrir les contours.

Il apprivoisait toujours son nouvel environnement lorsque la crise sanitaire est survenue, en mars. Du jour au lendemain, Télé-Québec s’est mise sur le pied de guerre. Il fallait agir, mais comment, lorsqu’on ne dispose pas d’un service d’information?

La réponse, Richard Haddad la donne en répondant à une autre question, portant sur ce qu’il considère comme sa mission: «Elle consiste à ne pas décevoir les gens. Ils aiment que Télé-Québec soit différente, audacieuse.»

Or, c’est ce que l’équipe a cherché à accomplir en s’attelant au vaste chantier que fut Télé-Québec en classe. Elle a voulu être différente. Et audacieuse.

Des contenus ont été développés en l’espace de quelques semaines, puis diffusés sur toutes les plateformes disponibles.

«Nous avons été agiles, créatifs. En même temps, les producteurs ont trouvé des façons de faire qui ne mettaient pas les équipes en péril, raconte le directeur. Ce fut à la fois un casse-tête et une belle aventure.»

Les sondages l’ont démontré: l’impact dans les foyers a été significatif. Enfants comme adultes ont profité du confinement pour visionner des capsules instructives, souvent très divertissantes. Une manière de garder le goût d’apprendre en attendant la réouverture des écoles. Le regard porté sur cette période exceptionnelle manque forcément de recul, mais une idée se détache déjà du paysage.

«Ç’a été fou. Nous n’avions pas le temps de douter, mais en misant sur nos forces, nous avons démontré le rôle essentiel de Télé-Québec. C’est une chose dont nous sommes fiers», affirme Richard Haddad.

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QUAND LE DROIT MÈNE À LA TÉLÉVISION

Comment un avocat devient-il producteur à la télévision? Richard Haddad est bien placé pour répondre à cette question, puisqu’il a exercé le droit pendant sept ans avant d’amorcer sa transition par le truchement de l’émission Coroner. Vu la nature de ce projet, il était naturel qu’un homme de loi veille à ce que le contenu livré au public soit conforme à la réalité. Très tôt, cependant, le Saguenéen d’origine a réalisé que ce contrat allait changer sa vie.

«Je travaillais pour une boîte appartenant à Jean-Luc Mongrain. Nous reproduisions des enquêtes du coroner et j’ai eu la piqûre pour l’univers de la télévision. J’appréciais les contacts avec les créateurs, les comédiens. J’ai aussi constaté que j’aimais lire les textes, les questionner», a-t-il confié au Progrès. 

Cette expérience l’a poussé à suivre une formation à l’Institut national de l’image et du son. Pendant 18 mois, on lui a enseigné l’ABC de la production télévisuelle.

Ses débuts chez Max Films Télévision, son employeur pendant deux ans, se sont révélés tout aussi instructifs. «J’ai fait du développement. Il fallait déterminer quels projets on appréciait parmi ceux qui nous avaient été soumis, puis tenter de convaincre les diffuseurs. Un parcours ardu», décrit Richard Haddad, qui a atterri chez Groupe TVA de Québecor en 2005. 

Ce sera son port d’attache jusqu’à son arrivée à Télé-Québec, en janvier.

Là encore, il fallait prendre connaissance des propositions émanant, le plus souvent, des boîtes de production. «Nous recevions des centaines de projets, se souvient-il. Je devais émettre des recommandations à la direction pour voir lesquels auraient le go. Comme j’étais affecté aux téléromans, l’une de mes responsabilités consistait à développer de nouvelles émissions afin de remplacer celles qui achevaient.»

L’autre versant de sa mission consistait à veiller à ce que les projets sélectionnés aboutissent à l’écran. À la manière dont il en parle, il est clair que cette partie du mandat lui était chère. «Les producteurs sont près du contenu. Ils sont les gardiens d’une vision. Ma force, c’était de bien faire travailler les créateurs et que ça se passe dans l’harmonie. Je devais aussi les ancrer dans une vision réaliste au plan budgétaire, sans dénaturer l’oeuvre», fait observer Richard Haddad.

Quelle est ta vision? Que veux-tu communiquer? Ces questions revenaient souvent lors de ses échanges parce qu’elles touchent au coeur même du rôle de producteur. «Si on a choisi de diffuser une comédie et que ça vire au drame, il y a un problème», donne-t-il en exemple. 

C’est animé par ce souci de cohérence que le Saguenéen s’est investi dans de nombreuses séries au fil de sa carrière. La liste comprend Les Honorables, Léo, Pour Sarah, Victor Lessard et Fugueuse.

L’impact généré par ces émissions aide à comprendre pourquoi il a préféré, d’emblée, le petit écran au cinéma. «Il y a plus de chaînes, plus de produits, et ça rejoint davantage de gens. J’aime aussi l’idée que la télévision, ça éduque et ça crée du bonheur», énonce Richard Haddad.