Collaboratrice à l’émission Les Suppléants, la Jeannoise Marianne St-Gelais apporte une touche sportive au contenu.
Collaboratrice à l’émission Les Suppléants, la Jeannoise Marianne St-Gelais apporte une touche sportive au contenu.

Télé-Québec: « Le désir de faire une différence »

« Nous n’avons jamais fait autant de télévision, aussi rapidement. En quelques semaines, nous avons créé des choses qui, normalement, auraient pris six mois à produire. Nos gens ont été motivés par le désir de faire une différence », souligne Marie Collin, présidente-directrice générale de Télé-Québec, au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Loin de marquer une pause dans les activités de la maison, la pandémie a amené ses artisans à produire du contenu éducatif à un rythme inédit, à l’invitation du ministère de l’Éducation. Puisque les élèves du préscolaire, du primaire et du secondaire devaient demeurer à la maison, des rendez-vous quotidiens ont été proposés au petit écran, de même que sur le Web, via la plateforme enclasse.telequebec.tv.

Ce blitz créatif a mobilisé une centaine de personnes, toutes fonctions confondues, et constitue un événement unique dans l’histoire de Télé-Québec. Tout en redonnant une deuxième vie à du matériel pédagogique existant, l’équipe a conçu et enregistré des centaines de capsules qui, dans bien des cas, se révèlent aussi divertissantes qu’instructives.

Le recours à des personnalités comme Anaïs Favron et Pascal Morissette, animateurs de L’école à la maison, aide à rejoindre les jeunes.

Pour en juger, il suffit de visionner la leçon de calcul donnée par l’humoriste François Bellefeuille. Le ton est juste un peu baveux, tandis qu’il livre des trucs pour faciliter la résolution d’un problème énoncé à la craie sur une clôture de bois. Sur un registre différent, l’historien Laurent Turcot prend 11 minutes pour décrire le contexte dans lequel a été déclenchée la Première Guerre mondiale. Un tour de force.

La Jeannoise Marianne St-Gelais apporte également sa contribution en abordant le thème de l’activité physique, tandis que Catherine Brunet et Pier-Luc Funk, animateurs de l’émission Les Suppléants, destinée aux élèves du secondaire, montrent qu’apprendre peut être cool. C’est ainsi qu’ils se livrent à un exercice de prononciation sur un ton relax, sans toutefois déroger au principe de la distanciation.

La pédagogie passe également par l’humour, comme le démontre François Bellefeuille dans sa leçon de calcul.

« Un gros coup de coeur »

Une autre production devenue très populaire est La dictée complètement dingue, animée par Valérie Chevalier et Pascal Barrault. « J’ai un gros coup de coeur pour ça. J’aime l’interactivité, de même que la complicité qui s’est développée entre les jeunes et les parents. On a des photos témoignant du fait que c’est devenu un rendez-vous familial », rapporte Marie Collin.

Catherine Brunet et Pier-Luc Funk, animateurs de l’émission Les suppléants.

Elle est tout aussi impressionnée – on peut même dire soufflée – par les enseignants qui participent à L’école à la maison. « Je suis renversée par leur naturel, leur authenticité. C’est comme si le médium ne les dérangeait pas. On se sent comme si on était dans leur classe », s’émerveille la patronne de Télé-Québec.

Elle note au passage que L’école à la maison et Les suppléants sont animés par des personnes avec lesquelles les jeunes sont familiers, ce qui est aussi le cas de La dictée complètement dingue. « Dans un tel contexte, il est important d’avoir des référents », énonce Marie Collin.

Passe-Partout vit la réalité du confinement de la même manière que les enfants, ainsi qu’elle l’exprime dans Moment doux avec Passe-Partout.

Même l’émission Passe-Partout est mise à contribution, puisqu’un volet de la programmation embrasse la clientèle préscolaire. Confrontée aux exigences du confinement, la vedette de la série se pose les mêmes questions que les enfants. « Passe-Partout se demande pourquoi ce n’est pas comme avant. Elle ne peut pas voir ses amis », donne en exemple la présidente-directrice générale.

Elle confirme que du nouveau matériel sera diffusé jusqu’au 19 juin, tout en ajoutant qu’après cette date, il sera possible de visiter la plateforme enclasse.telequebec.tv. Quant à l’avenir, il comprend la production de contenus destinés aux enseignants. En parallèle, des discussions sont en cours avec le ministère de l’Éducation. Il est cependant trop tôt pour en cerner les contours.

Présidente-directrice générale de Télé-Québec, Marie Collin affirme que le blitz créatif amorcé au début de la pandémie a permis de faire une différence dans la vie des enfants et des adolescents.

UN SUCCÈS PLUS GRAND QUE PRÉVU







L’impact généré par les émissions et les capsules éducatives proposées par Télé-Québec étonne et ravit la présidente-directrice générale Marie Collin. Ces contenus nés dans l’urgence, afin de pallier la fermeture des écoles, sont devenus l’une des rares retombées positives de la crise sanitaire.

« Pour les émissions diffusées dans la journée, au petit écran, nous avons enregistré un taux de visionnement de 1,2 million de téléspectateurs, fait-elle remarquer avec un brin de fierté dans la voix. Je suis impressionnée, aussi, par la réaction des adolescents. Parfois, nous rejoignons 59 % d’entre eux. »

Le fait que Télé-Québec se soit arrimée à sa mission éducative ne constitue pas une surprise. « Nous avons une grande pertinence, en lien avec ces contenus. Il était donc normal que nous aidions les jeunes à effectuer des apprentissages, alors qu’ils étaient confinés à la maison. Comme les parents voient en nous un gage de qualité, ils nous ont fait confiance », souligne Marie Collin.

Le défi fut de mettre la machine en branle aussi rapidement, à un moment où plusieurs artisans de la boîte faisaient l’apprentissage du télétravail et de la distanciation. Juste pour adapter le matériel existant, afin qu’il colle aux besoins des jeunes et des parents, a constitué une manière d’exploit.

« Ce travail a été réalisé en l’espace d’une ou deux semaines. On a sélectionné du matériel créé au cours des cinq dernières années. On l’a remanié, puis nos équipes l’ont validé au plan pédagogique. Elles ont composé avec des délais qui étaient hors de l’ordinaire », fait valoir Marie Collin.

Le sentiment de fierté des artisans s’étend, bien sûr, aux nouvelles productions. Elles aussi ont vu le jour dans un temps record, sans toutefois qu’on rogne sur la qualité. 

« C’est la preuve que très rapidement, nous sommes en mesure de faire des choses s’inscrivant à l’intérieur de notre mandat. Le succès étant plus grand que prévu, ça donne un élan », confie la PDG.

Elle estime que cette mobilisation n’est pas passée inaperçue à l’extérieur de la boîte, notamment au sein du gouvernement du Québec. « Il a mesuré l’impact découlant de notre présence à la télé et sur le numérique. Il a vu qu’en matière d’éducation, Télé-Québec est un allié important », constate Marie Collin