Jacques Hébert ne se fait pas prier pour peindre à l’extérieur, surtout lorsqu’il se trouve au Bas-Saguenay comme c’est le cas depuis jeudi. L’aquarelliste compte parmi les artistes invités dans le cadre du Symposium provincial des villages en couleurs, dont la 27e édition a lieu à L’Anse-Saint-Jean et Petit-Saguenay.

Symposium villages en couleurs: l'appel du dehors

Félix Leclerc a écrit qu’un vieux pommier ne donne pas de vieilles pommes, une jolie formule qui vaut aussi pour les tableaux réalisés par Jacques Hébert. L’octogénaire fait figure de doyen parmi les artistes invités au Symposium provincial des villages en couleurs, mais il suffisait d’un coup d’oeil sur une aquarelle amorcée vendredi matin, au quai de L’Anse-Saint-Jean, pour constater que le regard qu’il pose sur le monde n’a pas pris une ride.

Des montagnes mauves, un arbre qui donne l’impression de se consumer tant il est rouge, une petite maison jaune comme point d’ancrage: ce tableau né dans l’instant témoigne de l’effet que le Bas-Saguenay exerce sur cet homme qui fréquente le symposium depuis au moins 20 ans. Même par une journée mouilleuse, sa capacité d’émerveillement demeure intacte.

«Je suis toujours fébrile à l’idée de revenir ici en raison de la géographie. J’aime les montagnes et cette grande rivière unique au monde. J’en ai même fait le sujet d’une exposition tenue à Bâle, en Suisse, il y a quelques années. Elle était consacrée au fjord et les gens avaient été fascinés», a raconté l’artiste au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Cofondateur de la Société canadienne de l’aquarelle avec le regretté Jean-Paul Ladouceur, Il demeure fidèle à ce médium qui se moule à son désir de travailler dehors, autant que faire se peut. «La nature me fournit tout. Pourquoi je prendrais une caméra? Dans 80% des cas, je peins sur le motif», précise Jacques Hébert, qu’il sera possible de rencontrer samedi et dimanche, en se rendant au Centre récréotouristique du Mont-Édouard entre 8h et 19h.

Le goût des fleurs rouges

Toujours à L’Anse-Saint-Jean, Elsa Boisjoly peint des fleurs rouges depuis son arrivée dans la région, il y a deux jours. L’adepte de l’acrylique se dit inspirée par les couleurs dont se parent les montagnes environnantes. «Chez moi, il y a juste du jaune, pas d’orange, ni de rouge», explique l’artiste originaire de Baie-Saint-Paul.

Derrière son kiosque, on voit des iris et des marguerites, mais elles ont été peintes avant sa huitième présence au symposium. Portée sur les symboles, la Charlevoisienne a l’habitude d’intégrer un papillon monarque dans ses tableaux parce qu’à ses yeux, il représente la liberté. Quant à la pleine lune apparue sur une série amorcée il y a trois mois, elle évoque les nouveaux départs, comme celui qu’elle vit avec la personne qui partage désormais son existence.

Si les plantes sont si présentes dans son oeuvre, c’est en raison de l’amour que leur voue Elsa Boisjoly, qui est devenue fleuriste après ses études en art. Elle se donne toutefois la permission de jouer avec les formes. «Je peins de mémoire et je m’accorde beaucoup de liberté», explique l’invitée du symposium.

Elle qui vit de la peinture depuis 20 ans n’a jamais été aussi trotteuse que cette année, son agenda comprenant  une vingtaine de sorties. «J’ai reçu des invitations auxquelles je ne m’attendais pas», indique l’artiste. Néanmoins, la somme des kilomètres avalés sur les routes du Québec est inférieure à la distance que la peintre couvrira en mai, alors qu’elle participera à un échange avec des collègues australiens.

La fleur à Louizel

Des fleurs, il y en a aussi dans les tableaux de Louizel Coulombe, une aquarelliste originaire de Sainte-Jeanne d’Arc. Celles qui reviennent le plus souvent sont blanches et ne correspondent à aucune variété connue. «Elles font partie de moi et je les place toujours à l’avant-plan. Ce ne sont ni des cosmos, ni des marguerites. Je dis que c’est la fleur à Louizel», fait observer la Jeannoise en souriant.

De retour pour une 17e fois au symposium, elle a amorcé sa première journée en créant une oeuvre de petit format se déployant en hauteur. Des fleurs. Une maison. Des montagnes. Ça ressemble pas mal à L’Anse-Saint-Jean et ce n’est pas le fruit du hasard. «J’aime ce genre de paysage, tout comme ceux de la région de Charlevoix», confirme Louizel Coulombe.

Une autre chose qui la distingue est son amour de l’hiver. Il s’exprime par l’entremise de quelques tableaux accrochés derrière elle, dont un représentant une rue sinueuse de Saint-Irénée. «C’est une saison qui met d’autres couleurs en valeur, du rouge, un beau bleu pour donner du caractère à une maison», avance celle qui n’a raté aucune édition du symposium depuis l’an 2000.

Elsa Boisjoly aime les fleurs et les papillons, plus spécifiquement les monarques. Symboles de liberté, ils sont souvent présents dans ses tableaux.

De nouveaux visages pour la 27e édition

Il y a de nouveaux visages, cette année, au Symposium provincial des villages en couleurs. C’est ainsi qu’à l’Aréna de la Vallée, deux artistes  aux styles différents, Martine Gagné et Nicolas de la Sablonnière, amorçaient leur premier séjour vendredi. Comme c’était tranquille au cours de l’avant-midi, ils en ont profité pour travailler un peu.
La dame originaire de Saint-Pascal-de-Kamouraska, qui peint à l’huile sur fond orange, reproduisait un paysage photographié à son arrivée. «Le fond orange tient au fait que j’aime les harmonies chaudes», a-t-elle confié au représentant du Progrès. Les paysages de sa région constituent l’un de ses sujets favoris, ce qui ne l’empêche pas d’apprécier ceux de Petit-Saguenay, son port d’attache jusqu’à lundi.

«Il y a longtemps que je voulais venir, mais je n’étais pas disponible. Je suis contente que ça ait fonctionné cette année et je suis inspirée par ce que j’ai vu jusqu’à maintenant. Je produis beaucoup de panoramas et je trouve qu’il n’y a rien de plus charmant qu’une petite maison qui cale un peu dans la terre», énonce Martine Gagné.
Associé à la mouvance alternative, Nicolas de la Sablonnière n’avait jamais participé à un symposium avant que la présidente d’honneur de l’édition 2017, Martine Tremblay, ne lui adresse une invitation. Il profitera de son séjour dans le Bas-Saguenay pour faire du repérage en vue d’un tournage, mais en attendant, l’Arvidien griffonnait des portraits au crayon dans son carnet.

«C’est pour une revue qui prépare un numéro sur Antonin Arthaud», a précisé celui qui se fait appeler Delasablo. ll se demandait si les fidèles du symposium seraient sensibles à son travail, mais s’est donné une chance en sélectionnant des portraits et des paysages. Un grand tableau représentant une toilette leur tenait cependant compagnie, comme pour montrer à quoi ressemble la face cachée de son oeuvre.
Installée près de lui, dans l’un des deux kiosques qui viennent avec le rôle de présidente d’honneur, Martine Tremblay était contente d’avoir amené de nouvelles têtes au symposium. 

«J’avais le droit d’inviter dix personnes et je souhaitais attirer des gens de haut calibre qui n’étaient jamais venus ici. Ils verront que dès la première fois, on développe un fort sentiment d’appartenance envers cet événement», affirme la Chicoutimienne.

Présidente d’honneur de l’édition 2017, Martine Tremblay a le privilège d’animer deux kiosques, dont celui de Petit-Saguenay où on peut voir Eau de vie, une oeuvre ambitieuse laissant filtrer sa sensibilité environnementale.