Maxence Martin montre une rondelle d’arbre utilisée pour produire une des 755 mélodies qui ont servi à créer 28 symphonies boréales.

Symphonies boréales: des forêts qui chantent à l’UQAC

Des chercheurs de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) qui se penchent sur l’évolution des forêts boréales ont trouvé un moyen unique de faire connaître leurs résultats de recherche au grand public. Plutôt que de présenter des chiffres sur papier, ils sont parvenus – à l’aide d’étudiants à la maîtrise en arts – à faire chanter 755 arbres récoltés près du lac Mistassini, au nord-ouest du Lac-Saint-Jean.

Présentée en grande première dès mercredi jusqu’à vendredi dans le cadre du 13e Colloque d’étude de la forêt (CEF) qui se déroule à l’UQAC, l’exposition Symphonies Boréales a germé d’une idée de Maxence Martin, candidat au doctorat en biologie et spécialiste des vieilles forêts. Un collègue de recherche qui observait ses résultats d’étude menée sur les cercles de croissance d’arbres matures – dont certains âgés de plusieurs centaines d’années – a remarqué que les graphiques en ligne brisée ressemblaient à des partitions musicales.

« On mesure la croissance de centaines d’arbres pour comprendre leur vécu. Ce genre de résultats n’est pas très attractif. Ça ressemble à des courbes et des valeurs chiffrées. On s’est demandé comment rendre le tout plus intéressant et on s’est dit qu’en transformant chaque courbe de croissance en note de musique, on obtiendrait pour chaque arbre une mélodie qui explique comment il a vécu », explique Maxence Martin.

Équipe artistique

Pour réaliser sa vision, le doctorant en biologie a par la suite approché des étudiants en arts afin de transposer une année complète de collecte de données en une exposition montée entre les murs de la galerie L’Œuvre de l’Autre de l’UQAC. Aidé de Frédéric L. Tremblay, Valentina Buttò, Joanie Simard, Alexa Tremblay-Francoeur et Gabriel Brochu-Lecouffe, Maxence Martin présentera des résultats fascinants en version sonore et visuelle. Le processus de création des symphonies vaut à lui seul le détour.

« Plus la croissance [des cercles] est faible, plus la note est grave et plus la croissance est forte, plus la note est aiguë. On obtient pour chaque arbre une mélodie qui explique comment il a vécu. Une fois qu’on groupe ça par forêt, bien ça nous donne la vie de chaque forêt. On peut donc entendre ces forêts nous raconter toute leur vie, toute leur histoire de stress, de forte croissance, quand certains sont apparus ou quand ils sont morts, etc. On obtient 28 symphonies toutes différentes, parce que chaque vieille forêt est différente », illustre celui qui mène ce projet en parallèle de sa thèse de doctorat sur l’état des vieilles forêts québécoises.

Et ce projet, si on ne peut le qualifier de manière absolue « d’unique », est certainement un des seuls à faire chanter des arbres de cette façon.

L’exposition se déroule du 1er au 3 mai.

« Il y a déjà eu des caméras qui filmaient des rondelles [d’arbres] sur un tourne-disque, mais 50 % des sons étaient aléatoires. Moi, chaque note a un sens et veut dire quelque chose pour chaque arbre. Ça fait plus de 100 000 notes pour 100 000 cercles de croissance mesurés. Chaque note, chaque son, chaque mélodie ont un sens précis et ça, personne ne l’a fait. Pour un artiste seul, réussir à récupérer les données et mesurer la croissance de 750 arbres, c’est une sacrée job. Passer comme ça de la recherche à l’art, je pense sincèrement que ça n’a jamais été fait », affirme l’auteur des symphonies.

Le public pourra entendre les 755 mélodies regroupées en 28 symphonies jusqu’au 3 mai et une seconde fois au Centre d’expérimentation musicale à la fin mai. Des extraits des symphonies sont disponibles pour écoute en ligne au www.uqac.ca/syboreal/.