Sylvie Poitras tient compagnie à trois de ses oeuvres les plus connues, des masques portés jadis par Martin Brodeur (Devils), Jean-Sébastien Giguère (Avalanche) et Mathieu Garon (Penguins). Ils font partie de l’exposition Derrière le masque que la Chicoutimienne présentera à compter dimanche, à Jonquière.

Sylvie Poitras, au-delà du masque

Sylvie Poitras est connue pour ses masques de gardiens de but. La Chicoutimienne a eu comme clients des gens comme Martin Brodeur, Mathieu Garon, Marc Denis et Jean-Sébastien Giguère au moment où ils évoluaient au sein de la Ligue nationale de hockey. Ce qu’on sait moins, c’est que son inspiration s’alimente à d’autres sources, qui sont parfois surprenantes.

C’est ce que démontrera l’exposition Derrière le masque présentée à compter de demain, au Centre National d’exposition (CNE) de Jonquière. Nichée dans le hall, elle regroupera sept masques, mais aussi une guitare rendant hommage aux as du manche originaires des États-Unis, de même que des tableaux réalisés à l’aide de son outil de prédilection, l’aérographe.

Ce sera l’occasion de présenter toutes les facettes dans lesquelles se déploie sa créativité, une opportunité née de ses échanges avec la présidente du CNE, Lise Gauthier, et la directrice générale Manon Guérin. « J’ai étudié en art au Cégep de Chicoutimi et, à un moment donné, j’ai souhaité reprendre contact avec ce milieu. Mon exposition fera partie d’une série centrée sur la jeunesse », a-t-elle précisé mercredi, lors d’une entrevue accordée au Progrès.

Vous n’avez jamais vu Popeye représenté de cette manière, une fantaisie imaginée par l’artiste Sylvie Poitras.
Sylvie Poitras s’est fait plaisir en décorant cette guitare, plus tôt cette année. On y trouve les portraits de quelques as du manche provenant des Etats-Unis, dont Chuck Berry, Santana, Jimi Hendrix et Slash.

Parmi les surprises que l’artiste réserve aux visiteurs, on note ses portraits de Popeye et Brutus. Héros de dessins animés qui ont marqué son enfance, ils ont subi un coup de jeune illustré par les implants qu’arbore le sympathique marin, ainsi que le kilt et la boucle d’oreille dont est affublé son éternel rival. Ça leur donne un côté trash qu’accentue l’esthétique de ces toiles dont l’esprit se rapproche de celui du graffiti.

Autre vedette intemporelle, Betty Boop tient compagnie à Frankenstein, ainsi qu’à un portrait inspiré par une photographie de Martin Brodeur captée quand il était tout jeune. S’y ajoutent des lèvres pulpeuses évoquant le souvenir de Corno, élevée à deux maisons de chez elle, une tête de cheval joyeusement ondulante, ainsi que des personnes réalisant un égoportrait.

« Je veux montrer que je sais faire autre chose que des masques », affirme Sylvie Poitras. Et justement, c’est le volet de sa production où elle jouit d’une liberté totale, alors que les masques sont réalisés dans un contexte plus contraignant. L’objet lui-même offre un espace restreint, en effet, ce qui s’ajoute aux exigences formulées par le client.

À cet égard, la collaboration la plus satisfaisante fut celle avec Mathieu Garon. « Nous avions une communication directe et, à l’image des Européens, il me disait de faire ce que je voulais à partir de ses demandes », confie l’artiste. Martin Brodeur, lui, privilégiait un design conservateur. Le portier des Devils aimait qu’on place le J du New Jersey au-dessus de son front. Il souhaitait aussi voir l’inscription MB 30, soit ses initiales et le numéro de son chandail.

Ce qui est moins familier, c’est l’autre partie du masque, celle qui se trouve derrière la tête du gardien. À bien des égards, elle est plus intéressante et surtout plus révélatrice des valeurs qui animent son propriétaire. « Avant chaque partie, Martin Brodeur embrassait les lettres correspondant au nom de ses enfants, révèle Sylvie Poitras. Il y avait aussi une référence à son père, trois coupes Stanley et deux médailles d’or olympiques. » L’exposition se fera discrète, cependant, à propos des techniques utilisées par l’artiste. Dans ce domaine, en effet, chacun développe son expertise par le biais de la méthode essais et erreurs. Oui, il faut préparer la surface et, ultimement, ajouter plusieurs couches de vernis afin de protéger la pièce d’équipement. Entre les deux étapes, cependant, la Chicoutimienne laisse planer une part de mystère, l’équivalent des secrets d’ateliers.