L’écrivain Stanley Péan, originaire de Jonquière, propose une déambulation dans l’univers du jazz par le truchement du livre intitulé De préférence la nuit.

Stanley Péan, entre portraits et plaidoyers

De préférence la nuit, le nouveau livre de Stanley Péan, montre à quel point le jazz est étroitement maillé à l’histoire récente des États-Unis. Grâce à des portraits d’artistes ayant apporté une contribution majeure à ce genre musical, lesquels sont arrimés à des textes évoquant le combat pour les droits civiques mené par les Noirs américains, il met en lumière le fait que les mouvements sociaux sont d’autant plus puissants qu’ils se nourrissent de la culture ambiante.

« Ces textes de la série Black and Blue forment la colonne vertébrale du livre. On voit comment la lutte pour la conquête des droits est liée au jazz », a-t-il énoncé il y a quelques jours, lors d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès. La démonstration est éloquente, ainsi que l’illustre l’histoire de la chanson Strange Fruit, popularisée par Billie Holiday. En faisant ressortir la cruauté du lynchage, elle a bousculé les sensibilités à une époque – la fin des années 1930 – où le conformisme était la règle.

« Billie Holiday est la chanteuse qui me touche le plus, ne serait-ce que pour cette chanson. Elle représente une figure historique importante », estime Stanley Péan. Le plus drôle est que son premier contact avec Lady Day est survenu par le truchement de Diana Ross, qui l’a incarnée dans le film Lady Sings The Blues. C’est parce qu’il admirait la vedette de Motown que ce long métrage a capté son attention à l’adolescence. Sa mère a toutefois remis les pendules à l’heure. La plus grande, ce n’était pas l’ex des Supremes.

Au destin tragique de Billie Holiday, d’autres sont superposés, ceux des trompettistes Lee Morgan et Chet Baker. Leurs portraits font ressortir le contraste entre leurs enregistrements brillants, d’une beauté qui transcende les époques, et leur personnalité trouble. Les deux se sont conformés au cliché de l’artiste maudit, victime de sa dépendance aux drogues. Le premier a été assassiné par une ex-blonde, tandis que l’autre, un irrépressible junkie, est mort le crâne fracassé, possiblement à la suite d’une chute.

En revanche, on ne relève aucun bémol dans le tableau consacré à un autre trompettiste, Miles Davis. « Je le considère comme la figure marquante de l’histoire du jazz. Plusieurs fois, il a changé le cours des choses en sortant des albums comme Birth of the Cool, Kind of Blue et Bitches Brew. Il cherchait toujours à se réinventer », fait valoir l’écrivain originaire de Jonquière.

Plus on approche de la fin du livre, plus la notion de renouveau se profile à l’avant-plan. Pour montrer à quel point il est nécessaire de brasser la cage, l’écrivain présente un musicien qui, à ses yeux, se situe à l’exact opposé de Davis : Wynton Marsalis. « Alors que toute son oeuvre, ou presque, reproduit des choses qui ont existé avant, il condamne d’emblée la musique populaire récente. Ça illustre le fait que le jazz a toujours balancé entre la rue et le désir d’accéder aux grandes salles », avance-t-il.

Or, il croit que le métissage avec le hip-hop constitue l’une des pistes les plus fécondes. Il permet au jazz de rester en phase avec les mouvements sociaux, tout en évitant de devenir une pièce de musée. « Le jazz est devenu plus formel, embourgeoisé, tandis que le hip-hop exprime les préoccupations sociales liées à la race », affirme celui qui, depuis 11 ans, anime l’émission Quand le jazz est là à ICI Musique, la radio de Radio-Canada.