Martin Roussy et MC Gilles dans la boutique qu’ils ont ouverte à Sainte-Anne-de-la-Pérade.

Souvenirs et nostalgie

Sainte-Anne-de-la-Pérade — Un «poisson des chenaux» en peluche, des disques 33 tours de Kashtin et de Passe-Partout, un aimant à réfrigérateur annonçant «J’aime le poulamon — mais pas au point d’en manger»: la boutique ouverte par MC Gilles et son acolyte Martin Roussy à Sainte-Anne-de-la-Pérade fait honneur à la notion de mémoire.

Véritable caverne d’Ali Baba de la nostalgie doublée d’un magasin de souvenirs, la boutique est aménagée dans une maison centenaire, pratiquement face à l’église de la localité dont MC Gilles est citoyen depuis 2002. Dave-Éric Ouellet de son vrai nom s’est construit un personnage d’apôtre de la culture perçue comme kitsch par certains, et s’est fait connaître notamment en collaborant avec Jean-René Dufort dans son émission Infoman.

Il anime aussi sa propre émission, PaparaGilles, en plus d’être chroniqueur à C’est juste de la télé et de continuer à faire de la radio, le premier médium qu’il a exploré en tant que communicateur. Dave-Éric Ouellet avait complété un baccalauréat en sciences politiques à l’Université Laval avant d’entreprendre une maîtrise en gestion des communications. Il a dirigé la radio de l’Université Laval puis celle de l’Université de Montréal, où est né son personnage de MC Gilles, imaginé pour combler un trou dans la grille horaire.

Natif de la région du Témiscouata, MC Gilles a grandi à Québec, et s’est établi à Montréal pour son travail. Et Sainte-Anne-de-la-Pérade, dans tout ça? «Je viens de Québec et mes parents sont encore là. Je voulais être pas trop loin. À cause de mon travail en télé, je dois être à Montréal, et je voulais avoir une maison entre les deux», explique-t-il en évoquant l’achat d’une propriété à Sainte-Anne-de-la-Pérade il y a 15 ans. 

«J’ai un ami agent d’immeubles à Trois-Rivières, et je m’étais fait une liste de critères: je voulais être entre Québec et Montréal, sur le bord de l’eau. Je voulais une maison centenaire avec du cachet, un garage et un immense terrain», énumère-t-il en parlant de la résidence qu’il habite de façon régulière surtout l’été, quand son horaire est moins chargé dans la métropole.

MC Gilles le bricoleur

Cinq ans après avoir acheté cette première propriété, il en a acquis une autre, celle dans laquelle le magasin est aménagé, au 270, boulevard Lanaudière. «C’est un triplex officiellement, que j’ai transformé en duplex. Il y a trois ou quatre ans, quand le dernier locataire est parti, j’ai rénové. J’ai tout arraché et ramené au bois d’origine. J’ai essayé de ramener ça à ce que ça avait l’air au début. Je ne suis pas bon mais j’aime ça!», confie le bricoleur ayant redonné du cachet à cette maison datant de 1900, qui a notamment déjà abrité une pharmacie.

«Dans mon métier, on travaille toujours dans la tête. Ça fait du bien de faire autre chose», dit-il en évoquant ses activités manuelles. 

MC Gilles fait aussi remarquer: «On prépare l’émission de fin d’année d’Infoman. C’est 44 minutes, et tout le monde est bien énervé. Ça va être 2 millions et demi de cotes d’écoute, mais dès que ça sera fini, le Bye-Bye va commencer et tout le monde va avoir oublié ça. C’est de l’éphémère. Je fais de la radio aussi. Je parle, mais dès que c’est fini, c’est fini. C’est l’fun de construire quelque chose d’aussi niaiseux qu’un patio. Tu construis un patio, et il existe après! Ce que je fais habituellement, les gens trouvent ça drôle sur le coup mais tout de suite après, c’est ça qui était ça...»

Le rêve du magasin

Outre l’investissement dans l’immobilier, l’achat de cette deuxième propriété à Sainte-Anne-de-la-Pérade recelait une intention secondaire. «J’avais un rêve, qui était d’ouvrir un magasin général. Cette maison est en face de l’église, à côté du Subway et de la station-service. C’était un spot idéal. Et moi, il y a une phrase que je déteste, que mes parents utilisent toujours, c’est: «J’aurais donc dû...». Moi je suis le contraire. Je me suis battu contre ça toute ma vie», raconte MC Gilles pour décrire la genèse de ce projet qu’il coréalise avec son ami Martin Roussy, 

Un des films québécois préférés de MC Gilles est Gaz Bar Blues, de Louis Bélanger. Le Péradien avait en tête de reproduire un peu de cette ambiance de lieu de rencontre sans prétention. «J’aime que les gens puissent venir, s’asseoir et jaser. Un peu à la Fred Pellerin. Ici, c’est comme un lieu de jasage», résume-t-il en ajoutant qu’en deux semaines, il en a entendu des phrases commençant par «Savais-tu que...», de la part de visiteurs pour la plupart issus du coin.

Une cafetière et une table de baby-foot contribuent à encourager cet esprit d’agora. Pour ce qui est de l’inventaire de la boutique, il est divisé entre un genre de brocante et un magasin de souvenirs plus traditionnel, dont les articles sont évidemment associés à la pêche au poulamon. Des chandails, des tuques, des casquettes et des autocollants thématiques ont été créés pour que les visiteurs puissent repartir avec un souvenir de Sainte-Anne-de-la-Pérade. 

Sinon, du côté de l’usagé non relié à l’identité locale, on peut retrouver des films en format VHS, des tasses loufoques et d’autres objets marqués de l’époque dont ils émergent. Sans surprise, MC Gilles partage une partie de son immense collection de vinyles, en vendant les doubles qu’il a accumulés. 

«Je ne suis pas un collectionneur, je suis un ramasseux. Je ne suis pas capable de jeter! Les collectionneurs vont avoir une version pas déballée, qu’ils n’ouvriront pas. Ce n’est pas ça le but! Le but avec un disque c’est de l’écouter, pas de le garder pour toi. Moi je veux partager», nuance-t-il.

La boutique est ouverte surtout les vendredis, samedis et dimanches, au moins jusqu’à la fin de sa saison de la pêche. Après, on verra!