Souvenirs du Pensionnat Saint-Dominique

CHRONIQUE / Lundi avant-midi, ma tante Raymonde m’a rendu visite à la maison. Accompagnée de mon oncle Henri, elle était partie d’Alma à seule fin de m’apporter des confitures maison, ainsi que des marinades. Nous en avons profité pour partager des photos, prendre des nouvelles des uns et des autres, jusqu’au moment où je lui ai annoncé que le lendemain, j’avais rendez-vous avec un crucifix surdimensionné.

C’est de lui dont il est question dans la dernière édition du Progrès (pages M20 et M21), une représentation du Christ qui vient d’aboutir à l’église Saint-Dominique de Jonquière après avoir appartenu aux Soeurs du Bon-Pasteur. Le lien avec ma tante est qu’il se trouvait au Pensionnat Saint-Dominique en même temps qu’elle et sa soeur Yolande, de deux ans son aînée. Elles y ont vécu pendant le plus clair de leurs études primaires, deux filles d’Alma qui ont vécu cette expérience différemment.

Yolande a aimé la vie de pensionnaire, mais pas sa soeur. Néanmoins, celle-ci a évoqué avec un brin de nostalgie ces années passées loin de la maison, loin de ma grand-mère qui, ayant perdu son mari pour cause de leucémie, avait dû retourner sur le marché du travail afin d’assurer la subsistance de ses six enfants. «C’était dispendieux de nous envoyer au pensionnat, mais maman trouvait ça important», a souligné ma tante.

Chaque année, elle et Yolande partaient avec une malle remplie à ras bords. Il y avait des costumes bleus et blancs taillés par ma mère, conformes aux spécifications de l’institution. S’y ajoutaient différents accessoires, une robe du dimanche, des patins et même une traîne sauvage, puisque les élèves étaient encouragées à prendre l’air. «Il y avait une grande patinoire dans la cour du pensionnat», s’est souvenue Raymonde.

Cette photographie a été captée à la fin des années 1940, au Pensionnat Saint-Dominique de Jonquière. C’est à cette époque que deux de mes tantes y ont étudié.

Ce qui était moins comique, c’était l’apparition des poux, inévitable en ces temps où tous n’avaient pas assimilé les notions d’hygiène. «Ça venait des externes et c’est mon oncle Jos, dont le vrai nom était Conrad, qui me les enlevait un par un quand on se rendait dans son appartement de la rue Saint-David. Il était patient, tellement gentil», a confié ma tante.

Elle croit que le crucifix se trouvait dans la chapelle, mais faute d’avoir vu une photographie, il était difficile de le certifier. En revanche, c’était la première fois que nous parlions du pensionnat de manière aussi pointue et après avoir réalisé mon entrevue avec les gens de la paroisse Saint-Dominique, j’ai mesuré ma chance. La sculpture a servi de prétexte, d’élément déclencheur. Grâce à elle, je me suis retrouvé au pensionnat à la fin des années 1940, apprivoisant un bout de notre histoire familiale.

C’est pour cette raison que les activités comme celles qui souligneront les 150 ans de la paroisse Saint-Dominique, en 2020, sont si importantes. C’est l’occasion de partager des souvenirs avec des personnes plus âgées, de profiter d’elles dans le meilleur sens du terme. Parce qu’il y a des choses qu’on n’apprend pas dans les livres, souvent les plus précieuses.