Le photographe du Quotidien et du Progrès, Jeannot Lévesque, a partagé ses souvenirs de Johnny Hallyday, au lendemain du décès du musicien.

Souvenirs de Hallyday au Colisée de Chicoutimi

La mort de Johnny Hallyday a ramené Jeannot Lévesque au temps de sa jeunesse. Le photographe du Quotidien et du Progrès a remonté le cours de sa vie jusqu’en avril 1966, alors qu’à l’âge de 18 ans, il s’était pointé au Colisée de Chicoutimi (l’ancien nom du Centre Georges-Vézina) pour voir l’idole des Français dans l’exercice de son art.

« Il s’agissait de sa première tournée au Canada et pour l’époque, c’était un gros spectacle. Par contre, on ne se demandait pas si le toit allait tenir », a-t-il lancé mercredi, en faisant allusion aux rumeurs voulant que cette partie du bâtiment ne supporterait pas de lourds accrochages. Lui-même ne possédait aucun album du chanteur, mais savait que son passage au Saguenay constituait un événement auquel tout jeune le moindrement allumé se devait d’assister.

Puisqu’il n’y avait pas de sièges réservés sur le parterre, l’adolescent n’avait eu aucune peine à se faufiler jusqu’au pied de la scène, où il a passé la soirée debout. Johnny Hallyday, qui n’affichait pas encore un look de rocker, lui était apparu sous les traits d’un garçon bien mis et bien coiffé. « Il était ‘‘clean cut’’ avec ses beaux cheveux blonds. Dans ce temps-là, les artistes étaient élégants lorsqu’ils se présentaient sur scène », fait observer Jeannot Lévesque.

Le programme comprenait les premiers succès du Français, dont Les portes du pénitencier. « Je trouvais qu’il chantait bien. C’était un bon ‘‘performer’’ dont les tounes ont marqué plusieurs générations », souligne le photographe qui, comme bien des jeunes de la région, suivait la scène yéyé à distance grâce au magazine Salut les copains. Cette publication faisait partie de son univers depuis le début des années 1960. Il se la procurait à la Tabagie 500.

Toujours à propos du spectacle, Jeannot Lévesque se souvient qu’il n’y avait pas eu d’entracte. Par contre, la vedette et la plupart de ses musiciens avaient profité d’un long solo de batterie pour changer de vêtements dans les coulisses. C’est d’ailleurs cet intermède musical qui a laissé la plus forte empreinte sur l’adolescent.

« Le gars avait réalisé un solo fantastique et tout le temps qu’il a joué, il a régné un silence de cathédrale à l’intérieur du Colisée, mentionne le Chicoutimien. Il avait tapé sur sa batterie, puis sur tout ce qui se trouvait à sa portée : un pied de micro, une chaise et même des marches. À la fin, le public avait réagi avec beaucoup d’enthousiasme. »

Il note également que la musique de Johnny Hallyday se distinguait de ce qu’on entendait au Québec, il y a plus de 50 ans. « On aimait davantage la chanson française que la musique américaine dont lui-même s’inspirait », énonce le photographe. Néanmoins, il a le sentiment que le Colisée était plein en ce soir d’avril où, pendant quelques heures, Chicoutimi est devenue la capitale du yéyé.