Directrice du Théâtre CRI, Guylaine Rivard s’associera à trois autres comédiens, mardi, à l’occasion de quatre sorties au cours desquelles ils camperont des personnages en interaction avec les gens qui s’adonneront à les côtoyer.

Sorties à risque du Théâtre CRI

Il y a deux ans, au café L’Érudit situé à l’intérieur de la bibliothèque municipale de Jonquière, deux femmes homosexuelles ont évoqué leur projet d’avoir un enfant en parlant relativement fort. Une autre personne a réagi, exprimant des réticences fondées sur leur orientation sexuelle, ce qui a provoqué des échanges vigoureux auxquels ont participé des clients.

« Ç’a brassé pas mal et on a vu que chez nous, à tout le moins dans ce café, les gens n’entretiennent pas de préjugés contre les femmes homosexuelles », raconte la directrice du Théâtre CRI, Guylaine Rivard. Ce qu’il faut ajouter, c’est que cet incident avait été fabriqué de toutes pièces. 

Les deux femmes, ainsi que la personne qui les a interpellées, étaient des comédiennes engagées dans un projet s’inspirant de la pratique du théâtre invisible.

Développée en Amérique du Sud dans les années 1970, elle a pour objet de mettre en interaction des comédiens dont on ne sait pas qu’ils incarnent un rôle, ainsi que des citoyens qui croient assister à une vraie tranche de vie. 

C’est une approche à laquelle le Théâtre CRI s’intéresse à un point tel qu’il a tenu des ateliers en 2016, en plus de concocter la scène mentionnée tantôt.

Ces activités découlaient d’un projet financé par le Conseil des arts de Saguenay, dont l’ultime manifestation se déroulera aujourd’hui. Puisque le 27 mars est la Journée mondiale du théâtre, quatre sorties seront effectuées à Chicoutimi par les comédiens Éric Chalifour, Dominique Coulombe, Maxim St-Pierre et Guylaine Rivard. Ils se mouleront à quatre scénarios auxquels devraient réagir les personnes qui s’adonneront à les côtoyer.

« Nous mettrons en place des actions qui dérangent en collant au thème de la pauvreté, telle qu’on la vit ici, décrit Guylaine Rivard. Chaque fois, il y aura un canevas de base, puis ça risque d’aller dans tous les sens. L’objectif derrière cette initiative consiste à montrer que le théâtre peut servir à réfléchir en soulevant des questions. Pourquoi y a-t-il des mendiants chez nous ? Pourquoi tant de personnes fréquentent les soupes populaires ? »

Peu importe la situation, les comédiens campent trois types de personnages : l’oppressé, l’oppresseur et le médiateur. La différence, par rapport à un spectacle « normal », tient au risque inhérent au théâtre invisible. 

« Ça se peut qu’on se fasse insulter, puisqu’on provoque quelque chose. Depuis trois semaines, nous nous préparons à cette possibilité », note la directrice du Théâtre CRI, qui précise que chaque intervention sera filmée et diffusée via la page Facebook de la compagnie.