Le trio trad Sophie & Fiachra + André Marchand se produira deux fois dans la région, pendant le congé des Fêtes. On pourra le voir le 27 décembre, à la microbrasserie Le Lion Bleu d’Alma, puis le lendemain, au Bar à Pitons de Chicoutimi.

Sophie & Fiachra + André Marchand: de la rare visite

La dernière fois que Sophie Lavoie a joué à Alma, sa ville natale, remonte à quatre ou cinq ans. Autant dire une éternité. Profitant des vacances des Fêtes pour revoir les siens, elle a planifié la tenue d’un spectacle à la microbrasserie Le Lion Bleu. Cet événement mettant en vedette la formation trad Sophie & Fiachra + André Marchand aura lieu le 27 décembre à 20 h. Le lendemain, à 21 h, le trio remettra ça au Bar à Pitons de Chicoutimi.

Le programme comprendra plusieurs pièces tirées de l’album Portraits, sorti au début de 2019. C’est le quatrième du groupe et le deuxième depuis l’arrivée d’André Marchand, membre de la première mouture de la Bottine Souriante. Celui-ci chante et joue de la guitare, tandis que Sophie Lavoie fait office de violoneuse. Quant à Fiachra O’Regan, son conjoint originaire de l’Irlande, il se partage entre plusieurs instruments.

« Nous présenterons plusieurs extraits de Portraits, qui a suscité des réactions positives aux États-Unis et en Irlande, où on le fait jouer à la radio. Il est différent des enregistrements précédents en ce sens qu’on y trouve un tiers de titres irlandais, un tiers de compositions et un tiers de pièces provenant du répertoire québécois, ce qui est plus élevé qu’à l’ordinaire. Quatre m’ont été transmises par des violoneux de la région », a relevé Sophie Lavoie lors d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Le public pourra également découvrir des complaintes anciennes et plus récentes, dont une de son cru. Si on associe le trad aux rythmes endiablés, ces musiques qui prennent leur temps, mélancoliques, font aussi partie du patrimoine. On les chérit toujours en Irlande, alors qu’ici, elles se font discrètes. « On associait les complaintes à toutes les étapes de la vie, mais depuis l’émergence de la Bottine, ça a pris une autre tangente. C’est plus festif », analyse l’Almatoise, qui vit aujourd’hui en Mauricie.

Parlant de la Bottine, son camarade André Marchand a revisité trois ou quatre de ses classiques en vue des spectacles tenus dans la région. Puisqu’on approche de la fin de l’année, l’occasion sera belle pour divertir le public avec des titres comme Le petit porte-clés. « Notre son est influencé par la présence de Fiachra. Même quand nous faisons du québécois, ça sonne irlandais », fait observer Sophie Lavoie.

Précisons que dans les deux salles, des billets seront disponibles à la porte. Le prix à l’unité s’élèvera à 12 $ à Alma, comparativement à 10 $ à Chicoutimi.

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UN GROUPE EN VOIE DE DISPARITION

« Dans 15 ans, il ne restera plus de violoneux », affirme Sophie Lavoie. Elle-même adepte de cet instrument, la musicienne originaire d’Alma a multiplié les recherches dans les dernières années, afin de trouver des personnes s’inscrivant dans le droit fil de la tradition. Quatre ont répondu à l’appel, ce qui l’a aidée à compléter son mémoire de maîtrise intitulé Les violoneux du Saguenay-Lac-Saint-Jean : style et répertoire des derniers de leur lignée.

Le plus jeune de ce groupe restreint est âgé de 75 ans, tandis que l’aîné, qui affiche une forme impressionnante, est rendu à 92. Tous ont été formés par des proches, souvent leur père ou un oncle ayant eux-mêmes assimilé les connaissances transmises par des membres de la génération précédente. De cette manière, Sophie Lavoie a constitué une riche collection de films montrant ces hommes en pleine action. « Je tripe parce que j’ai emmagasiné près de 250 tounes, ce qui m’a permis d’apprendre des techniques dont j’ignorais même l’existence. Il y en a qui sont encore très bons, comme monsieur Gendron, celui qui a 92 ans. Je l’ai vu faire le Reel du pendu et son jeu est impeccable. Il écrit aussi des pièces et c’est lui qui a fabriqué son violon », s’émerveille la musicienne. 

Les pièces recoupant trois générations constituent un trésor, d’autant qu’elles sont susceptibles d’aboutir sur un album du groupe Sophie & Fiacra + André Marchand. Ce qui intéresse la Jeannoise au premier chef, cependant, c’est la technique des vétérans. Or, pour en saisir les nuances, un enregistrement sonore, si fidèle soit-il, ne suffit pas. Il faut observer les violoneux, mieux encore, les filmer.

« Ceux de la région possèdent un style différent. Ils ont une technique de jeu détachée à l’archet, ce qui sonne “tac a tac a tac a tac”. C’est un swing vraiment carré, fait pour danser. Par contre, ce n’est pas plus vite qu’ailleurs », décrit Sophie Lavoie. Elle ajoute que des nuances apparaissent dans le son produit par l’instrument, signe que le mouvement du bras n’est pas bêtement mécanique.

Ce qui suscite sa curiosité, également, c’est le contexte dans lequel la musique était jouée. « Les violoneux racontent de quelle manière se déroulaient les soirées où ils faisaient de la musique, mentionne-t-elle. Ils ont connu l’époque où on avait recours à leurs services dans des mariages, puis l’évolution des goûts entraînée par la radio, ainsi que le regain d’intérêt pour le trad survenu dans les années 1970. Leur expérience couvre une grande partie du 20e siècle. »

Confiante de dénicher d’autres violoneux du Saguenay-Lac-Saint-Jean souhaitant partager leurs connaissances, Sophie Lavoie les invite à la contacter au numéro 819 807-6139. Ils peuvent aussi lui écrire à l’adresse sophie_lavoie123@hotmail.com.