Malgré le cadre un peu ingrat de la place Nikitotek pour une production d’une telle envergure, la nouvelle mouture du chef-d’œuvre de Michel Berger et Luc Plamondon possède quelque chose d’indéniablement charismatique, qui repose en grande partie sur les voix de ses principaux interprètes.

Solide départ pour Starmania

CRITIQUE / Québec Issime chante Starmania a connu un excellent départ mercredi soir pour sa première. Malgré le cadre un peu ingrat de la place Nikitotek pour une production d’une telle envergure, la nouvelle mouture du chef-d’œuvre de Michel Berger et Luc Plamondon possède quelque chose d’indéniablement charismatique, qui repose en grande partie sur les voix de ses principaux interprètes.

Comme pour n’importe quel coup d’envoi, il y aura plusieurs ajustements à faire, mais la production offre une qualité musicale de haut niveau, sur un crescendo assuré tant dans la mise en scène que dans l’interprétation et la scénographie, la deuxième partie étant meilleure que la première. Aucun grand succès ne manque à l’appel, on découvre quelques oubliées et quelques judicieuses réinventions (par exemple des duos sublimes et inattendus dans Monopolis et Ce soir on danse à Naziland) ainsi que quelques surprises, tel un rideau de pluie et un peu de neige juste avant l’entracte.

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Le principal écueil à éviter dans cette version concert était de rester prisonnier d’un certain statisme. Statisme que l’on a tenté d’éviter notamment par les projections (pas toujours sur la coche mercredi soir), plus efficaces lorsqu’elles se déploient dans un certain flamboiement. On en apprécie d’ailleurs la facture rétro 1970-1980, quelque part entre L’orange mécanique et le premier Blade Runner.

L’utilisation répétée de la caméra qui projette en direct est une autre belle trouvaille. Mais c’est vraiment la prestation des interprètes qui fait le gros du travail. D’abord par l’excellent travail de distribution, puis par la justesse et la puissance vocale. Finalement par l’aisance physique, un peu timide en début de soirée, mais qui finit par se libérer et permet d’entrer pleinement dans l’histoire.

De ce scénario futuriste écrit il y a 40 ans, on n’a pratiquement rien changé : le désir de Zéro Janvier (Pierre Doré) de devenir président de l’Occident, la révolte des Zonards dirigée par Johnny Rockfort (Redgee) et la traîtresse Sadia (Rosa Laricchiuta), le coup de foudre entre Johnny et Cristal (Krystel Mongeau), la mélancolie de Marie-Jeanne (Marie-Ève Riverin), la déchéance de Stella Spotlight (Caroline Riverin), l’ambition innocente de Ziggy (Michael)…

Surprise : tous les interprètes restent presque toujours sur scène, agissant ainsi comme choristes pour les solos des autres. Des chœurs souvent à donner le frisson, surtout le trio Cristal-Johnny-Sadia dans Les uns contre les autres.

Quelques coups de fouet

Comme on pouvait s’y attendre un peu dans ce spectacle où tous les interprètes sont d’abord chanteurs avant d’être comédiens, c’est avec le jeu d’acteur que l’on note certaines limites. Par exemple, Sadia, la véritable méchante de l’histoire, pourrait dégager beaucoup plus de hargne, surtout dans Quand on arrive en ville, la chanson qui lance véritablement le bal, mais qui aurait eu besoin d’un bon coup de fouet hier soir.

Avec Marie-Jeanne, on a essayé du nouveau, en arrangeant ses chansons dans un jazz lounge plus léger, Marie-Ève Riverin interprétant sa Complainte de la serveuse automate avec un sourire aux lèvres. Mais Marie-Jeanne est originellement la douleur incarnée! Audacieux… mais on perd quelque chose.

Celui qui excelle le plus sur les deux plans est Michaël, qui livre la désinvolture et la naïveté du jeune Ziggy autant dans le corps que dans la voix. Dans la peau de Johnny Rockfort et de Sadia, Redgee et Rosa Laricchiuta possèdent les dégaines naturelles et toute l’âme vocale nécessaire à ces personnages plus noirs. Une petite dose d’assurance de plus et ce sera parfait.

La Sherbrookoise Krystel Mongeau se déploie aussi de plus en plus à mesure que la soirée avance. Presque inaudible dans la chanson Starmania, la chanteuse explose littéralement dans Besoin d’amour et Quand on n’a plus rien à perdre. Il faudrait toutefois trouver une autre façon de symboliser sa mort.

Chapeau à Caroline Riverin, qui incarne une lascive Stella, réussissant merveilleusement la dernière note des Adieux d’une sex-symbol. Mais c’est sans contredit Le blues du businessman par Pierre Doré qui a le plus sidéré l’assistance, suscitant presque l’ovation.

Même si la place Nikitotek n’est pas un haut lieu acoustique, plus proche de l’aréna que de la salle de concert, l’équipe de sonorisation s’est quand même très bien débrouillée, compte tenu que la technique a flanché quelques reprises. Le grand défi est de permettre à chacune de ces sept magnifiques voix ainsi qu’à la douzaine de musiciens d’avoir toute la brillance qu’ils méritent. Un défi qui mérite d’être relevé.