Voici une photographie précieuse en ce sens qu’elle montre Keith Kouna pendant le Festival de la chanson de Tadoussac, mais dans un contexte différent des grandes messes punk célébrées en solo ou avec les Goules. Sa prochaine visite, prévue pour le 30 juin, sera un peu plus électrique.

Soirée punk pour Keith Kouna à Tadoussac

La dernière fois que Keith Kouna a chanté en solo dans le cadre du Festival de la chanson de Tadoussac, c’était un samedi soir, aux alentours de minuit. Dressé dans le voisinage de l’église, le chapiteau où il se produisait affichait complet. De belles grandes jeunesses n’attendaient que l’occasion de se bousculer virilement au pied de la scène, certains poussant le zèle jusqu’à s’adonner au «bodysurfing» pendant que les haut-parleurs crachaient des hymnes punk.

«C’était un passage agréable», se souvient le chanteur, qui remettra ça le 30 juin à minuit, justement. Cette fois, c’est au sous-sol de l’église, là même où on a pu l’entendre il y a un an aux côtés des Goules, qu’il explorera la frange plus personnelle de son répertoire. Le ton sera similaire, abrasif, teinté d’humour noir. L’élément de nouveauté proviendra de son plus récent album, Bonsoir shérif.

«C’est mon enregistrement le plus punk en solo. Il n’y a pas trop de ballades et à Tadoussac, je serai accompagné par les mêmes musiciens», précise Keith Kouna, qui s’est fait plaisir en retrouvant l’esprit qui animait la scène française dans les années 1980. Si vous trouvez une parenté entre Vaches et le groupe Bérurier Noir, par exemple, il sera le premier à vous donner un morceau de robot.

«Je me suis gâté parce que c’est une époque que j’aime. Les mélodies. Les accords. La forme. Les Garçons Bouchers. La Souris Déglinguée. Ça me tentait de retrouver ça, fait observer l’artiste. La différence par rapport aux Goules est que dans un projet solo, je suis plus dans moi, dans le je. Le point de vue est plus personnel. En spectacle, par contre, j’aime que ça brasse et fais encore du “bodysurfing”. Ça va avec l’ambiance.»

Le punk a moins la cote que le hip-hop, mais demeure son mode d’expression favori. L’un de ses mérites est justement de ne pas exciter les médias de masse, la radio, la télé. Il revêt toujours les oripeaux de la marginalité. «Cette musique est importante, surtout que ce qu’on entend ces temps-ci est pas mal lisse. Je garde un bon fond rock. J’apporte ma contribution pour qu’il reste vivant», raconte Keith Kouna.

L’homme vieillit, comme tout le monde, et porte son lot de contradictions. «J’y pense quand je passe la tondeuse», admet-il. Les vieux réflexes remontent vite à la surface, toutefois, surtout lorsque l’actualité lui fournit de nouvelles raisons de désespérer de l’humanité. Les attentats en France. Les campagnes présidentielles dans ce pays, de même qu’aux États-Unis. Le carnage en Syrie. Même Québec a été le théâtre d’un attentat, cette ville qui est la sienne et qui le fait parfois damner.

«On n’apprend rien de l’Histoire et à un moment donné, je suis devenu intoxiqué à force de lire les commentaires sur les réseaux sociaux. En ajoutant les radios et le Journal de Québec, le climat était propice à un certain pétage de coche. Moi-même, il m’arrive de péter ma coche, mais cette colère, je la tourne parfois vers moi-même», énonce l’invité du Festival de la chanson.