Voici Guillaume Côté tel que les Moscovites l’ont découvert samedi dernier, sur la scène du Bolchoï.

Soirée magique au Bolchoï de Moscou pour Guillaume Côté

Premier Québécois à danser au Bolchoï, Guillaume Côté revient de Moscou avec le sentiment d’avoir tiré le meilleur parti de cette expérience. L’artiste originaire de Lac-à-la-Croix, au Lac-Saint-Jean, est d’autant plus satisfait qu’il n’espérait pas fouler la célèbre scène. « Ça ne faisait pas partie de mes rêves parce qu’ils ont 290 danseurs, dont les plus grandes stars du monde. Or, les astres étaient alignés pour que ça marche », a-t-il confié mardi, à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Quotidien.

C’est une invitation lancée par le chorégraphe du ballet Roméo et Juliette qui l’a ramené en Russie, où le danseur principal du Ballet national du Canada avait effectué une tournée en octobre. « Quelques jours plus tard, la direction du Bolchoï a autorisé mon embauche, mais c’est seulement quatre jours avant le départ pour Moscou que j’ai obtenu mon permis de travail. C’est pour cette raison que la nouvelle a été annoncée relativement tard », fait-il observer.

Accueil chaleureux

La version créée par le chorégraphe Alexei Ratmansky lui était familière, puisque le Ballet national du Canada l’a fait sienne depuis 2011. Néanmoins, c’est une manière d’exploit que le Jeannois a accompli à son arrivée en Russie. En l’espace de trois ou quatre jours, en effet, il est parvenu à s’intégrer à la troupe du Bolchoï, dont plusieurs membres ne maîtrisent pas l’anglais. Ils lui ont réservé un accueil chaleureux et le langage de la danse a fait le reste.

« Ils ont été tellement gentils. J’ai été reçu à bras ouverts et ce qui est le fun avec la danse, c’est que même si on ne parle pas la même langue, on arrive à communiquer en voyant ce que l’autre fait. C’est ce qui s’est produit avec ma partenaire Evguenia Obrazstova (Juliette), dont l’anglais est limité. C’est une très grande danseuse et sur la scène, ce fut parfaitement organique », raconte Guillaume Côté.

Une surface particulière

Un détail avec lequel peu de profanes sont familiers, à propos du Bolchoï, tient à la surface sur laquelle les interprètes évoluent. C’est l’un des rares endroits où elle est penchée vers l’avant, ce qui permettait aux spectateurs, tous assis au même niveau, de bien voir le spectacle. « Juste pour s’habituer à cette situation qu’on retrouve également à la Scala de Milan, ça aurait dû prendre quelques semaines », précise le danseur.

Néanmoins, c’est un homme en pleine possession de ses moyens, bien qu’un peu stressé avant l’ouverture du rideau, qui a bondi des coulisses pour aller à la rencontre du public moscovite.

Le danseur pourrait se retrouver à nouveau sur les planches du Bolchoï.

« Même si c’est dur de ne pas penser aux légendes qui ont dansé au Bolchoï, j’ai fait mon affaire comme je le fais d’habitude. J’ai tout donné en étant conscient du fait que ce serait la seule fois que je me produirais à cet endroit », affirme le Jeannois.

Il croit que l’expérience qui vient avec ses 37 ans, dont 20 années au sein du Ballet national du Canada, l’a aidé à entrer dans la peau de Roméo. « Le temps aidant, je réalise que ce que nous faisons, au-delà de la technique, des qualités athlétiques que requiert le ballet, c’est communiquer. L’important, c’est de se concentrer sur le personnage et de rester dans le moment », énonce Guillaume Côté, qui estime que le fait d’avoir des enfants l’a aidé à ressentir la magie découlant de ce rendez-vous qui, récemment encore, lui semblait bien improbable.

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LA DIRECTION SOUHAITE LE REVOIR

Déjà surpris d’avoir dansé une première fois au Bolchoï, Guillaume Côté a eu le bonheur de recevoir une proposition de la direction à la suite de sa performance dans le ballet Roméo et Juliette. Elle souhaite le recevoir à nouveau, que ce soit pour assumer le même rôle, celui de Roméo, ou dans une œuvre différente, a révélé le Jeannois au Quotidien.

« Ils ont aimé ce que j’ai fait et présentement, nous négocions en vue de mon retour. Ce qui leur a plu, c’est la nature de mon interprétation, très réelle, très dynamique. Dans la mesure du possible, je tente de ressentir la chorégraphie. Je veux que chaque pas, chaque geste, ait une signification. J’ai une approche plus émotionnelle qui vient du fait que j’ai tellement analysé ce rôle », explique Guillaume Côté.

Bons commentaires

Sa partenaire, la danseuse étoile Evguenia Obraztsova, lui a dit que sa performance avait eu un écho favorable, autre signe que Guillaume Côté a été à la hauteur du défi qu’on lui a présenté. Il était donc heureux, satisfait, au moment de quitter Moscou. Or, c’est à ce moment que le stress si bien maîtrisé quand c’était nécessaire, le poids du décalage horaire, des 25 heures de voyage à l’aller, lui est tombé dessus comme une chape de plomb.

« En reprenant l’avion, j’ai eu un petit crash. Aujourd’hui, par contre, ça va bien. Je vais donner un dernier spectacle mercredi (il sera de la distribution de Casse-Noisette à Toronto), puis je serai en vacances, ce qui fera du bien », reconnaît-il. La pause sera d’autant plus salutaire que 2019 s’annonce chargée. En janvier, la création d’un spectacle de danse contemporaine le retiendra à Banff en compagnie de quatre collègues.

Suivra la reprise du spectacle Nijinsky à Hambourg, en février, puis le retour à Toronto, à temps pour célébrer ses 20 ans au sein du Ballet national du Canada au cours d’une représentation du ballet Apollo. Plein d’autres rendez-vous noircissent son agenda, bien sûr, mais le Jeannois réalise que dans un horizon plus ou moins éloigné, il sera confronté à une échéance à laquelle même les plus grands ne peuvent se soustraire.

« Je sais qu’en ce qui touche le ballet classique, il me reste deux ou trois années où je serai au maximum de mes capacités. Après, ce sera agréable d’aller vers le contemporain, puisque j’aime essayer de nouvelles choses », anticipe Guillaume Côté qui, en plus de danser, exerce les fonctions de chorégraphe et de compositeur.