Le public des Rythmes du Monde n'est pas fait en chocolat, comme l'a constaté Boogat vendredi soir, alors que plusieurs personnes ont bravé la pluie pour l'entendre.

Soirée étonnante sur fond mouilleux

Deux découvertes et un petit miracle. Ainsi peut-on décrire la soirée de vendredi au centre-ville de Chicoutimi, alors que le Festival international des Rythmes du Monde a renoué avec le temps maussade sans y laisser trop de plumes. Même s'il a plu très fort et qu'on a craint pour la tenue du premier spectacle, celui de Boogat, la technique a tenu le coup, le public a affiché une résilience impressionnante et ce fut suffisant pour ramener tout le monde à l'essentiel: le plaisir d'écouter de la musique.
Les choses auraient pu tourner autrement, toutefois, lorsqu'une sévère ondée s'est abattue sur la rue Racine à partir de 19h 30. Manque de chance, ça correspondait au moment où l'artiste montréalais est apparu sur la scène voisine de la cathédrale, accompagné par ses musiciens. «C'est pas la pluie qui va nous faire peur à soir», a-t-il lancé avant d'interpréter une  première pièce en espagnol, sa langue de prédilection, en y injectant une forte dose d'énergie.
Quelques dizaines de braves se tenaient devant lui, parapluies ouverts, une foule modeste, mais précieuse en ce sens qu'elle a constitué une sorte d'ancrage sur lequel s'est appuyé le chanteur. Après avoir protégé le devant de la scène avec du plastique, lui et ses camarades ont livré une performance remarquable, à un point tel que personne n'a fait défection, au contraire.
Ce qui fut apprécié, entre autres, c'est la touche moderne que laissent voir les compositions de Boogat, laquelle tient aux arrangements où le hip-hop - et parfois même le rock - font bon ménage avec l'esthétique latino. Ce ne sont pas des pièces de musée, comme l'a démontré Los Presidentes où tous ces ingrédients ont généré un beat entraînant, l'antidote parfait pour des cieux incléments.
«Si ça peut vous consoler, c'est le pire temps qu'on a eu, mais le meilleur public», a souligné le chanteur avant d'offrir une autre perle, la swingante Me Muero Por Ti. Comme ce fut le cas tout au long du spectacle, le trombone y a occupé une place de choix aux côtés des percussions, produisant un effet enveloppant qui se distinguait par son originalité.
Preuve qu'il y a une justice sur la Terre, Boogat a été récompensé pour sa persistance lorsque la pluie a cessé de tomber. Les parapluies se sont refermés, le nombre de spectateurs a doublé instantanément et quand les dernières notes se sont évanouies, un peu avant 21h, la plupart ont migré vers l'autre scène, celle qui se trouve au coin de Labrecque et Racine, pour faire connaissance avec La Chiva Gantiva.
Une fois de plus, on a eu droit à de la musique latine joyeusement dépoussiérée, la différence étant que cette formation regroupant des artistes du Vietnam, de la Colombie, de la France et de la Belgique affiche un sérieux penchant pour le rock. Elle compte d'ailleurs sur un guitariste de premier ordre, dont les riffs ont réchauffé le coeur des spectateurs.
C'est souvent lui qui a mis les chansons en orbite, notamment en tricotant des trames touffues, évocatrices du jungle beat popularisé par le regretté Bo Diddley. À chaque fois, quand même, le groupe a fini par le rattraper, comme sur Vivo où le mariage des sonorités associées au rock et de la musique latine s'est révélé irrésistible.
Même vêtus de leurs habits de pluie, des gens se sont mis à danser pendant qu'à l'autre extrémité de la rue, Kaïn provoquait le miracle évoqué tantôt. Que sa renommée attire plus de spectateurs que Boogat et La Chiva Gantiva n'avait rien d'étonnant, mais à ce point? Les gars de Drummondville venaient à peine de sortir des coulisses que déjà, bien loin devant la scène, on se déplaçait à grand-peine.
Juste à voir l'accueil que les fans ont réservé à Deux planètes, l'un des premiers titres livrés par le groupe, il était manifeste que l'importance attachée à ce rendez-vous, le premier de Kaïn dans le cadre du festival, transcendait les caprices de la météo.