Voici l’un des premiers tableaux de SLAV, dont la version remaniée a été présentée vendredi soir, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. Ce spectacle qui a soulevé une polémique l’été dernier, à Montréal, a été accueilli avec chaleur par le public de la région.

SLAV fait consensus à Chicoutimi

C’était quoi le problème? Cette question flottait dans l’air, vendredi soir, au moment où les spectateurs quittaient le Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi après avoir assisté au spectacle SLAV. Une salle comble, faut-il préciser, dont les sentiments réels vis-à-vis cette production ont été exprimés à la toute fin, une fois complétée l’interprétation de la chanson Old Hannah.

Pendant 1h 30, le public avait vu défiler des scènes d’hier et d’aujourd’hui, certaines très dures, d’autres émouvantes ou, plus rarement, drôles. Le problème est que les tableaux concoctés par le metteur en scène Robert Lepage se succédaient si rapidement qu’il restait une poignée de secondes pour applaudir. Les gens étaient-ils polis, satisfaits, enthousiastes? La réponse est venue sous la forme d’une ovation debout qui, pour une fois, n’avait rien d’automatique.

«Merci d’être ce que vous êtes, Québec. Ça fait 22 ans que vous m’avez accueillie et je ne le regrette pas», a lancé l’autre figure de proue de ce projet, la chanteuse Betty Bonifassi. Lorsque les cris et les sifflets de contentement ont cessé de résonner, elle et ses partenaires Sharon James, Tracy Marcelin, Estelle Richard, Élisabeth Sirois, Audrée Southière et Kattia Thony ont entonné un dernier chant, un chant d’espoir intitulé No More My Lawrd.

«Vous êtes beaux», a décrété Betty Bonifassi pendant que la foule, qui occupait pratiquement tous les sièges, lui accordait de nouveau ses faveurs. Elle était loin, la controverse estivale autour de cette production qu’on croyait maudite. La version révisée à laquelle les spectateurs venaient d’assister, avec la complicité de Diffusion Saguenay, avait ramené les choses dans leur juste perspective.

Au coeur de SLAV, il y a les chansons, en effet, d’autant plus évocatrices que plusieurs ont été créées par ceux qui, à différentes époques, ont subi le joug de l’esclavage. Même quand les arrangements étaient bien troussés, ce sont les voix, puissantes, riches, qui captaient l’attention. Elles ont exprimé de la lassitude, de la tristesse, le caractère abrutissant d’un travail effectué sous contrainte ou, dans la scène consacrée aux Quakers abritant des esclaves en fuite, une infinie douceur.

L’un des mérites de cette production est de montrer le visage moderne de l’esclavage. Quand une Québécoise à la peau noire aboutit dans un poste de police de la Nouvelle-Orléans, au seul motif qu’elle faisait du jogging sans ses papiers d’identité, on voit à quoi ressemble le profilage racial. Et les prisonniers condamnés aux travaux forcés, une pratique courante dans certains États américains, est illustrée par un film tourné par le chanteur folk Pete Seeger en 1960, au Texas.

Pendant que Betty Bonifassi chante Grizzly Bear, le surnom donné aux geôliers, des silhouettes fantomatiques habitent la scène, celles des prisonniers vêtus de blanc qui travaillent une terre qui ne sera jamais la leur. Leur présence est obsédante, autant que le beat lourd, genre blues moderne, qui rythme leurs gestes. La suite est plus légère, notamment le tableau où les interprètes, qui jouent leur propre rôle, apprennent deux chansons haïtiennes, ainsi qu’une danse africaine. 

Après le voyage au pays de l’horreur vient  la leçon d’humanité, l’espoir, encore, qui pointe le bout de son nez. Dans la salle, la tension retombe et le plaisir prend ses aises. Pendant qu’à l’extérieur, de gros flocons enveloppaient le stationnement, plus personne ne se demandait si SLAV méritait d’exister. La réponse est aussi évidente que le nez au milieu du visage.