Une jeune fille lit un poème de Joséphine Bacon.

Six artistes à la rencontre des jeunes autochtones

Dans le cadre d’une initiative de réconciliation entre les peuples, six artistes autochtones sont allés à la rencontre de jeunes élèves du primaire, au cours de l’automne. En plus de rencontrer les élèves de Saint-Félicien, La poète et autrice native de Mashteuiatsh Marie-Andrée Gill tenait à aller rencontrer les étudiants de l’école Kassinu Mamu, où elle a elle-même étudié, il y a une vingtaine d’années.

Entourée de 24 élèves de 4e année de l’école Kassinu Mamu, Marie-Andrée Gill distribue des petits bouts de papier, sur lesquels on retrouve des noms d’animaux. Lorsque tous les jeunes ont reçu un papier, ils doivent ensuite mimer le son de l’animal qu’ils ont reçu. C’est alors que des cris d’oies, d’orignaux, d’écureuils et de différents animaux de la forêt boréale retentissent de toutes parts.

Pour l’autrice innue de 33 ans, cet exercice était un moyen de parler des grands esprits des animaux, question de plonger dans l’imaginaire des jeunes d’une manière ludique. Au cours de la rencontre, elle lance des discussions avec les jeunes, abordant l’histoire de la colonisation, des pensionnats, de la toponymie autochtone que l’on retrouve partout au pays, du mode de vie des Innus et du mode de pensée des Premières Nations. Elle présente la différence entre la vision égalitaire du mode de vie autochtone, basé sur le cercle, qui est entré en conflit avec la pensée hiérarchique du modèle européen, représenté par la forme du triangle.

Marie-Claude Gill a aussi profité de l’occasion pour faire connaître les poèmes de Joséphine Bacon, que plusieurs jeunes ont lus, à tour de rôle, en français et en nehlueun.

L’autrice native de Mashteuiatsh fait partie d’un groupe de six artistes autochtones qui participent au projet À la rencontre des Premières Nations, piloté par l’organisme Communication jeunesse, explique Isabelle Chartrand Delorme. Le but : sensibiliser les jeunes aux questions autochtones et favoriser la réflexion et l’échange.

« On m’a proposé de parler des premiers peuples dans les écoles des communautés voisines de Mashteuiatsh, mais je voulais aussi offrir ces ateliers dans ma communauté, parce que ce n’est pas parce qu’on est autochtone que l’on connaît bien l’histoire et la culture », explique Marie-Andrée Gill, qui admet elle-même avoir beaucoup de choses à apprendre.

Au-delà d’ouvrir la porte à un dialogue sur la culture autochtone, les ateliers de l’autrice vise aussi à développer l’esprit créatif des jeunes, remarque l’enseignante Nathalie Cauchon. « En les poussant à se servir de leur imagination, elle fait comprendre aux élèves que leur imaginaire est illimité », soutient la femme qui a elle-même enseigné à Marie-André Gill.

Par exemple, lors de la première rencontre survenue en octobre dernier, Marie-Andrée Gill a demandé aux jeunes de se décrire en utilisant des images, comme celle de la marmotte pour ceux qui aiment beaucoup dormir. Dans un autre exercice, les élèves devaient faire une suite de mots qui avaient un lien avec le mot précédent, une activité d’improvisation créative fort appréciée des élèves, ajoute Nathalie Cauchon.

Marie-Andrée Gill avec les élèves de 4e années de l’école Kassinu Mamu.

« Tes poèmes, ça parle de ta communauté, ta nation, tes valeurs, je trouve ça vraiment inspirant », a pour sa part souligné Dominique Bégin, l’autre enseignante de 4e année qui a participé aux ateliers. Cette inspiration a permis de stimuler les élèves à écrire des poèmes dans un livre qu’ils avaient reçu lors de la première rencontre, ajoute cette dernière.

Ayanah Petiquay, une élève de 4e année, a particulièrement aimé l’expérience, découvrant un nouveau métier. « J’aime beaucoup les histoires sur les animaux de la forêt », a-t-elle mentionné. Pour son amie, Mya Morissette, Marie-Andrée Gill est carrément une source d’inspiration. « J’aime ça faire des poèmes et j’aimerais ça devenir poète », a-t-elle lancé tout sourire.

Bien humblement, Marie-Andrée Gill ne sait pas à quel point elle marque les jeunes, mais elle se rappelle très bien d’un moment marquant à l’école primaire, lorsque Moïse Dominique l’a aspergée de fumée de sauge, en expliquant la culture innue. Un moment fort, qui a semé une graine dans son esprit. Tout comme elle tente de le faire à son tour.

En plus de rencontrer les jeunes de Mashteuiatsh, elle ira à la rencontre des élèves de 6e année de Saint-Félicien.