Simon Boudreau

Simon Boudreau a su se renouveler

La question est aussi vieille que les 33 tours. Comment composer avec le succès remporté par un disque, au moment où il faut réaliser de nouveaux enregistrements ? Faire la même chose en espérant que les fans aient la mémoire courte ? Aller dans la direction opposée, quitte à se perdre en chemin ? Tel est le dilemme auquel fut confronté Simon Boudreau lorsqu'il a créé Les aléas de l'ailleurs.
Le sujet était délicat, eu égard à l'impact qu'avait eu Devant les possibles, sorti il y a deux ans. Des pièces comme Fleur bleue et La trotteuse lui avaient permis de s'incruster dans le palmarès des radios commerciales, suscitant la tenue de nombreux spectacles, particulièrement en région. L'impact fut si grand que l'artiste établi à Saint-Norbert, dans Lanaudière, a pu faire de la chanson son unique priorité, exception faite de sa blonde et de leurs trois enfants.
Une partie de la réponse est venue d'elle-même, plus spécifiquement des conditions qui ont mené à la naissance de l'album lancé en février. « C'est le premier sur lequel j'ai pu travailler à temps plein. Il est donc plus poli, plus achevé, et correspond à mon désir de ne pas refaire des chansons semblables à celles qui ont joué à la radio », a souligné Simon Boudreau mercredi, à l'occasion d'une entrevue réalisée dans les locaux du Quotidien.
Ce qui l'a aidé, d'une certaine manière, c'est son choix de bouder la guitare électrique sur Devant les possibles. Lui-même doute de la sagesse de cette orientation, aujourd'hui. « Je me suis privé de textures qui auraient bien servi les arrangements », admet-il. Le fait de replacer cet instrument au coeur des arrangements du nouvel opus, même de manière subtile, a toutefois eu le mérite d'ajouter une touche de nouveauté aux compositions.
« Le paysage musical est mieux habité », estime Simon Boudreau. Dans la même foulée, il aime l'idée de l'ailleurs qui sous-tend la plupart des textes. Ceux-ci évoquent les pièges de la routine, quand ce n'est pas celui de la maladie, tel que dépeint sur Dans ta tête. De son côté, le premier extrait destiné à la radio, Se déchiffrer, soulève la problématique posée par la nuée de statistiques, d'études aux conclusions divergentes, avec lesquelles le citoyen normal doit se démêler.
L'art sous contrainte s'est aussi manifesté dans Parti de rien, conséquence d'un défi relevé à l'été 2015. « J'ai pris un article de journal pour écrire une chanson, l'enregistrer et la mettre sur YouTube dans la même journée. Le texte est tiré par les cheveux, mais ce n'est pas grave. Je n'aime pas ça quand les rimes sont prévisibles », affirme Simon Boudreau, qui a également rendu hommage à Jean-Pierre Ferland, un concitoyen de Saint-Norbert, dans Un monument d'homme.
Il semble que ses efforts aient été payés de retour, puisque 50 stations de radio le supportent et que plusieurs diffuseurs ont retenu ses services en vue de la tournée qui se mettra en branle vendredi, à Montréal. « Les dates seront annoncées sous peu et il y en aura au Saguenay-Lac-Saint-Jean, où je n'ai chanté qu'une fois jusqu'à maintenant. Je reviendrai chez vous en 2018 », assure l'artiste.