Cette photographie panoramique captée samedi soir, à Chicoutimi, montre ce qu’a vu Shantel lorsqu’il est apparu sur la scène voisine de la cathédrale. C’est lui qui a eu l’honneur de clore la 17e édition du Festival international des Rythmes du Monde.

Shantel aux Rythmes du Monde : une histoire d’amour instantanée

Le Festival international des Rythmes du Monde ne pouvait finir sur une meilleure note. Le dernier artiste à se produire sur la rue Racine cette année, Shantel, a montré à quel point sa musique où s’entremêlent le folklore de l’Europe de l’Est et des Balkans, ainsi qu’un beat dansant proche du disco, a une portée universelle.

Avant même son arrivée sur la scène voisine de la cathédrale de Chicoutimi, à 21h 35, un enregistrement dans lequel se fondaient toutes ces influences a amené le public à danser. Les gens s’attendaient à le voir bondir des coulisses en cours de route, mais c’est seulement à la fin de la pièce que l’Allemand s’est pointé en compagnie des membres du Bucovina Club Orkestar. Dès lors, on a compris pourquoi ce diable d’homme est devenu une star internationale.

Chantant en anglais sur un beat enlevé pendant que sa section de cuivres, formée d’une saxophoniste et d’un tromboniste, tissait une trame serrée dans laquelle on décelait de jolis emprunts au folklore des Balkans, Shantel s’est vite transformé en monteur de foule. «Je ne vous entend pas», a-t-il indiqué après une première vague de «la la la» jugée insatisfaisante. La réaction fut immédiate et bien sûr, le groupe est reparti sur les chapeaux de roues, en route vers une finale tonitruante.

D’autres compositions ont suivi, jamais pareilles, mais porteuses du même ADN. Sur papier, cet assemblage hétéroclite fait penser à une curiosité, comme de la crème glacée aux champignons. Sur scène, en revanche, cette musique hyper-métissée fonctionne si bien qu’on ne soucie guère des paroles, même quand on les comprend, pour se laisser porter par le beat.

À ce propos, il est étonnant de voir à quel point ces musiciens jouent vite, y compris Shantel à la guitare. C’est comme s’ils craignaient de manquer de temps pour présenter toutes leurs pièces, alors que rien ne pressait et que les nuages, présents toute soirée, se sont gardés une petite gêne. En réalité, les conditions étaient parfaites pour ceux qui souhaitaient faire la fête, ce qu’on a constaté lorsqu’une nuée de ballons est apparue, gracieuseté d’un commanditaire. L’âge mental des spectateurs est tombé à sept ans.

Shantel aussi possède un côté givré, ainsi que l’a illustré ce message livré en anglais: «Nous sommes des immigrants venus de l’Europe. Pourrions-nous avoir un visa?» Les gens ont ri, puis ils ont relevé le défi posé par l’artiste. «On nous a dit que c’était ici que se trouvait la foule la plus fêtarde», a-t-il lancé. Ce fut le point de départ d’un échange entre les deux parties se résumant au mot yeah.

Chanteur et musicien, Shantel est aussi un redoutable monteur de foule, comme l’illustre cette photographie réalisée samedi soir, au centre-ville de Chicoutimi.

Malgré la barrière de la langue, on a senti se développer une réelle complicité entre l’artiste et ses nouveaux fans. Ceux-ci étaient chauffés à blanc lorsqu’il a interprété son plus grand succès, Disko Partizani. En plus de battre la mesure, ils ont chanté avec tant de conviction que leurs voix réunies produisaient un effet semblable à celui d’un vague. On aurait dit qu’elles partaient de l’arrière pour aboutir sur la scène et inversement, pendant que les cuivres propulsaient la chanson dans la stratosphère.

Alaclair Ensemble

Plus tôt dans la soirée, le groupe hip-hop Alaclair Ensemble a montré une nouvelle fois les limites de la petite scène aménagée devant le commerce Maya Inca. Comme la veille, lors du passage de Rick Pagano, la foule débordait de chaque côté, en plus de réduire à presque rien l’espace où devaient circuler ceux qui souhaitaient remonter la rue Racine à partir de la côte Bossé.

Malgré tout, le groupe a offert une performance impressionnante, tant par sa façon de bouger que par sa verve. Les mots déboulaient si vite qu’une poignée seulement ressortaient, mais ce n’était pas grave. On comprenait à quoi rimaient ces phrases que les cinq rappeurs s’échangeaient, tout en exécutant des chorégraphies qui, justement, n’avaient pas l’air chorégraphiées.

Le public, qui était relativement jeune, a souvent ressenti le besoin de sauter sur place, les bras en l’air, au cours du spectacle. Comme celui de Shantel un peu plus tard, il était allumé et prêt à toutes sortes de fantaisies, notamment la fois où des centaines de voix ont scandé «Des toasts. Des toasts» comme si leur vie en dépendait. Il n’y a rien comme une dose d’absurdité pour se réchauffer le choeur.

Le groupe Alaclair Ensemble a joué devant un public allumé, très au fait de sa musique, à l’occasion d’un spectacle présenté samedi soir, dans le cadre du Festival international des Rythmes du Monde.