Dumas a donné son premier spectacle dans la région depuis la sortie de l’album Nos idéaux, vendredi soir, au Côté-Cour de Jonquière. Il en a profité pour offrir de nouvelles compositions, tout en revisitant Le cours des jours, dont c’est le 15e anniversaire.

Seul comme un grand, Dumas envoûte le Côté-Cour

C’est tout seul qu’on est l’plus nombreux, disait Yvon Deschamps bien avant la naissance de Dumas. Preuve que cette formule a encore de beaux restes, le chanteur aurait pu l’utiliser vendredi soir, à la suite de l’accueil que lui ont réservé ses fans rassemblés au Côté-Cour de Jonquière. Chaque chaise, chaque repli de la vénérable salle, étaient occupés. Il faut dire que c’était le premier spectacle au Saguenay-Lac-Saint-Jean depuis la sortie de l’album Nos idéaux, qui laissait augurer de belles choses.

L’une de ses lignes de force tient à sa filiation avec Le cours des jours, dont l’artiste souligne le 15e anniversaire en reprenant quelques titres à la faveur de cette tournée. Il restait à voir comment ils seraient livrés, eux et les pièces plus récentes, eu égard à sa décision de jouer en solo. Dès son apparition, cependant, baignant dans une lumière bleue, se balançant doucement tout en égrenant des notes de guitare élégamment diffuses, on a compris que ça se passerait bien. C’était Dumas, tel qu’en lui-même.

Il a pris son temps pour créer une atmosphère empreinte de mélancolie, un écrin sur lequel se sont posées les paroles du Déserteur de Fort Alamo. Des sons sourds comme ceux provenant d’un sous-marin ont ajouté une touche d’étrangeté à l’affaire, mais ce qui a ressorti, outre l’interprétation, c’est la qualité d’écoute affichée par le public. Ça aussi, ça augurait bien.

Une intro nerveuse a ensuite planté le décor pour À l’est d’Éden, un autre extrait de Nos idéaux, dont l’une des curiosités fut le passage où le Dumas « live » a chanté avec le Dumas virtuel. Le moment était venu de revisiter Arizona, un morceau de patrimoine que des arrangements touffus, entrecoupés de passages acoustiques, ont rendu tantôt obsédant, tantôt lyrique. Il faisait déjà chaud, avec tout ce monde, mais on aurait dit que le jaune et le rouge des éclairages avaient haussé la température de quelques degrés.

Dumas n’a pas pris la parole à ce moment, comme il en a l’habitude, et il en fut ainsi jusqu’à la fin de la première partie. Si des gens l’ont regretté, ça n’a pas paru sur Nos idéaux, un hymne pop dont le charme a été rehaussé par les « ouh ouh » provenant des spectatrices. Cette chanson est toute jeune, mais pas de doute qu’elle fera bientôt partie de ses incontournables.

Le bloc suivant fut celui des raretés et des surprises. Tel qu’il l’avait annoncé lors d’une entrevue accordée à l’auteur de ces lignes, Dumas a déterré un titre provenant du mini-album qui avait suivi Le cours des cours, une chanson intitulée Ferme la radio. Guitare nerveuse en même temps que soyeuse. Voix juvénile, un brin fragile. Cette version proche de l’originale, dont les 1000 exemplaires sont épuisés depuis belle lurette, a été reçue cinq sur cinq.

L’invité du Côté-Cour avait pourtant donné un grand coup dans les minutes précédentes, grâce à une version française de Heroes, le classique de Bowie. Il en faut, du culot, pour reprendre ce qui constitue possiblement la meilleure chanson rock de tous les temps. Or, Dumas a bien exprimé la tension qui sous-tend cette histoire se déroulant à l’ombre du mur de Berlin, tout en tirant de sa guitare des inflexions rappelant celles de Carlos Alomar aux côtés du Thin White Duke.

Les gens étaient mûrs pour une autre plongée dans Le cours des jours, d’abord sur l’air de Linoleum, très enjoué, puis sur J’erre, où plusieurs personnes ont trouvé le moyen de danser, défiant ainsi les lois de la physique. Dumas, de plus en plus guilleret, a modifié le texte pour chanter « Ici à Jonquière, il neige, il neige », ce qui correspondait au spectacle offert à l’extérieur.

Ce fut un moment de communion totale et quand le chanteur a pris congé quelques minutes plus tard, après avoir étrenné Électrique, seul le représentant du Progrès a été déçu parce que son carrosse venait de se changer en citrouille en raison de l’heure de tombée. Une chose était claire, cependant. Ceux qui verront Dumas au Bistro Café Summum de Chicoutimi, le 7 avril, feront figure de privilégiés.