Servitude humaine, de W. Somerset Maugham
Servitude humaine, de W. Somerset Maugham

Servitude humaine, l'ambitieuse oeuvre de W. Somerset Maugham

Servitude humaine, version française du roman Of Human Bondage, est l’ouvrage le plus important de l’Anglais W. Somerset Maugham. Ce fut le cas au plan personnel, puisque l’histoire du personnage principal, Philip Carey, se moule étroitement – cruellement – à la sienne. Il s’agit également de son oeuvre la plus ambitieuse, tant par le nombre de pages – pas loin de 700, dépendant des éditions – que des ressorts psychologiques qui la sous-tendent.

Dès les premières phrases, le thème de l’amour jumelé à la douleur occupe la place centrale. C’est qu’un beau matin, à l’âge de 9 ans, Philip embrasse sa mère adorée sans se douter qu’elle mourra dans les heures suivantes, emportée par la maladie. Son père l’ayant suivie dans la tombe, le petit est confié à la garde d’un vieil oncle exerçant la fonction de vicaire en province.

Déjà traumatisé, Philip découvrira un monde encore plus froid, hostile même, lorsqu’il amorcera ses études. Son pied-bot attire l’attention, en fait un objet de ridicule, comme ce fut le cas pour l’écrivain avec son bégaiement. Dès lors, ce garçon qui aurait dû aimer l’école, tant sa curiosité est grande, s’enferme en lui-même comme dans une forteresse assiégée.

Il y aurait là tous les ingrédients d’un mélodrame, si ce n’était de l’écriture de Maugham, d’autant plus émouvante qu’elle se montre économe de ses effets. Ainsi voit-on Philip changer d’école à l’adolescence. La tête va un peu mieux, des ambitions se cristallisent, mais c’est aussi le temps de la première amitié, maillée à la première trahison. Un pattern qui le hantera pendant le plus clair de sa vie.

Devenu médecin, cette fois, c’est de son propre chef qu’il s’engage dans une relation toxique avec une femme qui ne l’a jamais aimé. À travers elle se profile l’Angleterre des sous-prolétaires, qui subissent l’envers du rêve victorien. Dans cet univers darwinien, la perfidie de cette Mildred constitue un outil de survie, au même titre que le vol ou la prostitution. Philip en est conscient, mais ça ne change rien à l’affaire. Tant qu’il ne pourra transcender les blessures de l’enfance, la servitude évoquée dans le titre demeurera son lot.