Wyclef Jean sur le toit de l’Hôtel Chicoutimi.

Saguenay sous un jour différent

BILLET / C’est fou comme l’oeil d’un cinéaste permet de voir sa ville différemment. J’ai beau vivre à Chicoutimi depuis 1980, le documentaire de Philippe Belley, Aux rythmes du monde: couleur sur fond blanc, m’a étonné par les images de Chicoutimi captées au fil du tournage. Plus important encore, j’ai découvert plein d’histoires inédites, souvent jolies, mais qui ne sont pas du genre à faire la une des journaux.

À cet égard, il faut mentionner celles qui ont pour ancrage le restaurant Rodi. Qui aurait cru que cet établissement de la rue Racine offrait autant d’exemples d’intégrations réussies? Le propriétaire Pierre Allard ne se présente pas comme un héros, pourtant. Aller vers l’autre lui semble aussi naturel que la complicité qui s’est développée au sein d’un groupe réunissant des immigrantes et des Saguenéennes de longue date. Leurs rires produisent l’effet d’un baume.

Une autre pièce au dossier tient à la participation d’un homme qui, visière levée, affiche sa crainte de l’Islam. Même si on ne partage pas ses idées, le fait qu’il ait pu les articuler librement, sans que son interlocuteur ne lui fasse la morale, est louable. J’ai toutefois souri lorsque Philippe Belley a relevé le fait que cet homme manifestement cultivé aime la musique de Rachid Taha, alors que des membres de son groupe sont musulmans.

Quant aux images évoquées tantôt, plusieurs ont été captées à l’aide d’un drone et montrent Chicoutimi sous un jour presque méditerranéen. C’est aussi l’impression que produit la rencontre avec Wyclef Jean, sur le toit de l’Hôtel Chicoutimi. Une douce lumière enveloppe la ville pendant que le chanteur exprime une vision du monde empreinte d’humanité.

Créé par Ha! Ha! Productions, le documentaire a été diffusé à la télévision de Radio-Canada, le 7 août. On peut encore le voir par le truchement d’ICI TOU.TV, ne serait-ce que pour constater à quel point notre communauté, qui semble loin de tout, blanche comme les pains de l’ancien temps, voit son rapport au monde évoluer au diapason du reste de la planète.