SLAV, mis en scène par Robert Lepage, a été présenté récemment à Chicoutimi.

Robert Lepage à Chicoutimi

CHRONIQUE / Pendant que je couvrais SLĀV au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, le 15 février, un souvenir lointain, mais qui demeure très vif, m’est revenu en mémoire. En voyant la mise en scène de Robert Lepage, si inventive, faisant de chaque tableau une oeuvre en soi, mon esprit a fait un bond dans le temps. Il est revenu au 15 janvier 1988, dans ce qu’on appelait alors l’Auditorium Dufour.

C’était un vendredi frisquet et pour la première fois, l’homme de théâtre foulait une scène de la région. Il était venu présenter une création toute simple, sans autres artifices que les objets que lui-même manipulait. La technologie à laquelle on l’associe aujourd’hui se résumait aux équipements de son et d’éclairage que tout un chacun utilise, même le plus modeste des humoristes.

Dans la programmation du Théâtre du Saguenay, on en parlait comme de « l’artiste de l’heure » en précisant que depuis deux ans, cette production accumulait les prix et les critiques favorables, notamment en Europe. Il n’y a eu qu’une demi-salle, pourtant, même si le prix des billets s’élevait à 15 $. C’était 3 $ de moins que Céline Dion, attendue le 8 avril, et quatre de moins que Paolo Conte, qui devait chanter deux semaines après la diva.

À ma connaissance, c’est la seule fois que Robert Lepage a joué dans la région. Sept ans plus tard, le Théâtre du Saguenay a présenté une autre de ses productions, Les aiguilles et l’opium, mais c’est Marc Labrèche qui la portait sur ses épaules. Même chose quand une relecture de Vinci est apparue en 2015, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière. Une version plus techno, brillante, défendue par deux interprètes.

Pendant son séjour, j’ai réalisé une entrevue avec Robert Lepage. Elle avait eu lieu dans le lobby de l’Hôtel Chicoutimi et malgré sa renommée, il m’avait frappé par sa simplicité. Racontant qu’il était le fils d’un chauffeur de taxi, cet homme qui avait mon âge affichait un réel attachement envers la ville de Québec, lequel ne s’est pas démenti. Un échange à propos de Berlin, ville que je fréquentais assidûment, l’avait amené à parler des Plaques tectoniques, une pièce qui n’avait pas encore été présentée au Québec.

Déjà, le choc des cultures l’interpellait avec insistance.