Ludivine Reding dans Fugueuse, dont le dernier épisode de la première saison était diffusé lundi. À TVA, on est pleinement confiant que la deuxième saison saura «accoter» la première.

Une suite de Fugueuse: pourquoi?

CHRONIQUE / Depuis qu’une suite a été annoncée à Fugueuse, on me pose sans cesse la question : mais pourquoi? Plusieurs craignent qu’on étire la sauce, qu’on tente uniquement de surfer sur un succès phénoménal.

Alors que la finale de la première saison était diffusée lundi soir à 21h, la direction de TVA est certaine de son coup pour la suite. Pas question pour l’instant de dévoiler quoi que ce soit sur le cours de l’histoire de cette deuxième saison, mais on est pleinement confiant qu’elle saura «accoter» la première.

Après le succès de Pour Sarah, c’est la présidente et chef de la direction de Groupe TVA et chef du contenu de Québecor Contenu, France Lauzière, qui a eu le flash de Fugueuse, inspirée entre autres par le cas réel de Jade Maréchal, une adolescente portée disparue à deux reprises, avant d’être confiée à la Direction de la protection de la jeunesse. «J’étais capable de me transposer, je pensais à l’angoisse que ça pouvait créer chez la famille. Il y a toute une manne de dialogues qu’on pouvait amener à travers ça», dit-elle. La vice-présidente marques et contenus, Ginette Viens, a aussitôt contacté l’auteure Michelle Allen et confié le dossier à l’équipe de Pour Sarah.

L’impact de Fugueuse est énorme, frôlant le 1,6 million de téléspectateurs. Dans les cinq dernières années, la série est la deuxième fiction la plus regardée à TVA derrière Les beaux malaises (1 944 000), et devant Pour Sarah (1 544 000), Yamaska (1 421 000) et L’Échappée (1 323 000).

France Lauzière croit toujours que les scènes de nudité de la série étaient justifiées. Deux étudiantes de l’UQAM, qui l’ont rencontrée pour un travail de recherche, lui ont confié qu’elles ont apprécié le réalisme de la série. «Elles m’ont dit: ‘‘Vous avez su utiliser le divertissement pour nous permettre de mieux comprendre la société dans laquelle on vit, et ça, sans jugement.’’» Le fait qu’on ne dissimule pas les seins de l’actrice principale sous un drap ne les a pas choquées, bien au contraire. «Les jeunes veulent ça, et si ça n’avait pas été ça, ils auraient décroché. Bien sûr, tout est dans le dosage.»

Restait maintenant à anticiper les réactions du public, à répondre à son questionnement, à son inquiétude, surtout après la scène de viol collectif. «Les gens posaient des questions et on répondait tout de suite. On les accompagnait vraiment parce qu’on savait ce que ça allait générer. On a vraiment fait attention», insiste Ginette Viens. «Dans le cas de Pour Sarah, on nous disait: ‘‘C’est beaucoup plus efficace qu’une campagne de pub.’’ Une bonne histoire demeure une bonne histoire.»

TVA n’a pas l’intention de s’arrêter là. D’autres projets de séries abordant des sujets sociaux sont sur la table, initiés par le diffuseur. «On reste une télé de divertissement, mais si on peut faire de la télé utile, pourquoi pas? Le nombre de commentaires de parents et de jeunes filles qui nous disent qu’ils regardent la série ensemble, c’est notre récompense», affirme France Lauzière.

Par ailleurs, la décision de Jean-François Ruel, alias Yes Mccan des Dead Obies et interprète de Damien, de lancer la chanson du vidéoclip la semaine dernière, n’était pas celle de TVA. «Ça n’a jamais été prévu dans le plan de déploiement», confirme Ginette Viens, ajoutant qu’il n’y a pas pour autant de chicane avec l’acteur et musicien. Mais on sent que le diffuseur aurait préféré que le lancement de la chanson Désirée ait lieu à un autre moment. «L’artiste doit vivre de son art, il a choisi de le faire, les droits lui appartiennent, mais on n’est pas impliqué dans ça.»

La finale choc de lundi soir devrait satisfaire les fans de la série, qui devront patienter. Pour l’instant, aucune date n’a été fixée pour la suite de Fugueuse, en cours d’écriture.

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DÉPART DE MICHEL CORMIER
Michel Cormier quittera en juillet ses fonctions de directeur général information des Services français de Radio-Canada, qu’il occupait depuis six ans. Dans une note interne, il affirme vouloir se consacrer «à d’autres projets et à d’autres passions». M. Cormier, qui œuvre chez le diffuseur public depuis plus de 30 ans, avait succédé à Alain Saulnier, limogé en 2012 après six ans de service lui aussi.

Son règne a été marqué par la migration vers le numérique, mais aussi par d’importantes compressions en information et par un déclin des parts de marché d’ICI RDI, battu systématiquement par LCN. Dans la dernière année, il a eu à défendre un dossier hautement controversé, celui de l’enquête sur les allégations de harcèlement psychologique visant le comédien et professeur de théâtre Gilbert Sicotte, renvoyé depuis par le Conservatoire. Vice-président principal de Radio-Canada depuis janvier 2017, Michel Bissonnette voudra-t-il donner un nouvel élan au secteur de l’information?

Natif du Nouveau-Brunswick, Michel Cormier avait entrepris sa carrière à la station de Radio-Canada en Atlantique, avant d’occuper différents postes à Montréal, Québec et Ottawa, et de correspondant à l’étranger à Moscou, Paris et Pékin. Depuis son départ, Alain Saulnier a signé un essai incendiaire, intitulé Ici était Radio-Canada, dans lequel il brosse un portrait pessimiste du diffuseur public et interprète les raisons de son renvoi.