Hélène Bourgeois Leclerc joue la directrice d’une école qui accueille des adolescentes enceintes dans «Toute la vie».

«Toute la vie»: le défi d'arriver après «Unité 9»

CHRONIQUE / Arriver après «Unité 9» représente un défi de taille pour Danielle Trottier, l’une de nos meilleures autrices des dernières années à la télévision. «Toute la vie», sa nouvelle série qui arrivera sur ICI Télé mardi prochain à 20h, et qui marque le retour à la télé de Roy Dupuis, sera-t-elle à la hauteur des attentes?

L’histoire commence alors que l’école Marie-Labrecque, qui accueille des adolescentes enceintes de 12 à 17 ans, reçoit une nouvelle élève, Edwige (Naïla Victoria Louisdor-Biassou), encore refermée sur elle-même. Et pour cause : ses deux parents sont morts, et elle attend un enfant qu’elle n’a pas désiré. Edwige se rebelle, se frappe dans le ventre et considère l’enfant qui est en elle comme un corps étranger.

Attendez de connaître sa tante, qui s’occupait d’elle depuis la mort de sa sœur, et qui l’a mise à la porte après avoir appris qu’elle attendait un bébé. Marthe Desrosiers (Anie Pascale) n’en pouvait plus d’entendre sa nièce pleurer. «J’ai une carrière, j’ai un salon, j’ai des comptes à payer», dira-t-elle dans un élan de colère narcissique. Edwige ne peut faire autrement que de se sentir rejetée.

On suit en parallèle le destin d’Anaïs (Cassandra Latreille), enceinte à 13 ans, «presque 14» insiste-t-elle, d’un garçon de 17 ans, Tommy (Thomas Delorme, fils du couple Delorme-Perreault). Ses parents (Fanny Mallette et Emmanuel Bilodeau) et sa sœur (Jade Charbonneau) ont beau tenter de la convaincre de se faire avorter, la jeune fille ne veut rien entendre, et quitte sa campagne pour la ville, espérant être admise à Marie-Labrecque.

Dans les premiers épisodes, on ne fait qu’entrevoir les autres élèves de Marie-Labrecque : la lumineuse Flora (Tayna V. Lavoie), qui rêve de mariage, Jolène (Alison Carrier), précoce sexuellement au point d’en montrer un peu trop sur les réseaux sociaux, Camille (Ambre Jabrane), qui vit mal le divorce de ses parents, et Den (Evelyne Lafrenière), qui provient d’une famille vivant de l’aide sociale. L’école de Toute la vie abrite des pensionnaires aux destins plutôt sombres, pas mal plus que la maison de Louise dans Chambres en ville jadis. L’ambiance n’est pas à la fête, l’école paraît pratiquement vide. Disons qu’on est quelque part à mi-chemin entre L’Échappée et Unité 9, en terme de misère des personnages.

Après trois épisodes, je ne me suis pas encore attaché aux personnages de Toute la vie, alors que ceux d’Unité 9 avaient aussitôt obtenu mon affection. J’arrive difficilement à croire à leurs motivations. Certains aspects de la série me dérangent. Les deux seuls pères des adolescents qu’on a vus jusqu’à présent sont des brutes, des êtres compulsifs et colériques, alors que leurs épouses semblent plus compréhensives, l’une d’elles étant carrément soumise, l’autre presque muette. La directrice de l’établissement, jouée par Hélène Bourgeois Leclerc, est quant à elle dépassée par les événements, torturée par la volonté de sauver ses ouailles au risque d’y laisser sa peau. Un classique. Et il ne faut pas compter sur l’affable — mais un peu beige — psychoéducateur Christophe L’Allier (Roy Dupuis), qui arrive au deuxième épisode, pour mettre un peu de vie dans tout ça.

Restent de jeunes actrices convaincues et relativement convaincantes, pour la plupart inconnues, ce dont on ne se plaindra pas. Jean-Philippe Duval a su en tirer le meilleur d’elles-mêmes. Plus lumineuse qu’Unité 9, sa réalisation se veut aussi plus nerveuse. Soulignons l’effort réussi d’enrober le tout d’une trame musicale qui ne fait pas semblant d’être jeune, mais qui est résolument moderne et ancrée dans notre époque : les sons de Koriass, Queen Ka, Radio Radio et La Bronze s’intègrent parfaitement aux intrigues.

Dans l’ensemble, voilà un constat plutôt tiède après trois épisodes. Certaines séries démarrent lentement et nous surprennent par la suite; L’heure bleue, qui affrontera Toute la vie à TVA, en est le meilleur exemple. Disons seulement que je ne suis pas encore convaincu.

LA REVANCHE DE «RUPTURES»

Ignorée par l’Académie, l’excellente série Ruptures pourrait prendre sa revanche le soir du gala, le 15 septembre, puisqu’elle s’est classée parmi les cinq titres en nomination pour le prix du public. Les autres émissions sont Discussions avec mes parents, District 31, En direct de l’univers et La vraie nature, seul titre de TVA. En attendant, savourez la cinquième et dernière saison de Ruptures, à partir de lundi à 21h sur ICI Télé. Notre Ariane (Mélissa Désormeaux-Poulin) n’a jamais paru aussi fragile, au point d’en perdre la raison et de mettre sa carrière en péril. Moi, en autant que Jean-Luc De Vries (Normand D’Amour) paie pour ses vilains péchés d’ici la fin de la saison.