Jean-René Dufort et Marie-Pier Élie sont aux commandes de la série «Le gros laboratoire».

Testé sur 100 humains

CHRONIQUE / Sommes-nous racistes sans le savoir? Les vieux sentent-ils le vieux? Est-ce que ça rapporte de faire pleurer le monde avec les malheurs des candidats de concours de chansons télévisés? Le moins que l’on puisse dire de la nouvelle série «Le gros laboratoire», portée par Jean-René Dufort et la journaliste scientifique Marie-Pier Élie, c’est qu’elle ose aborder des thèmes délicats et ne craint pas le malaise. Sous le couvert de la légèreté et de l’humour, on peut parfois se permettre d’aller loin.

Cette adaptation québécoise d’un format des Pays-Bas en 10 épisodes d’une demi-heure, diffusée sur ICI Explora à partir du mercredi 19 décembre à 21h, n’a pas la prétention de tirer des conclusions véritablement scientifiques de ses expériences. Quoique l’échantillon de 100 cobayes dont elle disposait est un minimum pour analyser les comportements humains. Le but est de s’amuser, vous le comprendrez assez vite, mais certains tests vous surprendront.

Le tournage, qui s’est étalé sur huit jours l’été dernier à l’Université Bishop de Sherbrooke, a pris l’allure d’une colonie de vacances, alors que l’équipe de production dormait dans les mêmes dortoirs que les cobayes. Âgés de 20 à 77 ans, ceux-ci représentent toutes les couches de la société. On compte quelques évanouissements lors des épreuves plus physiques, mais pas d’abandons parmi les cobayes.

Certains tests sont plus gênants que d’autres. Comme par exemple lorsqu’on demande aux cobayes de sentir trois jeunes personnes et trois aînés, les yeux bandés, pour savoir s’il est vrai que les personnes âgées dégagent une odeur particulière. Les conclusions : en prenant de l’âge, les acides gras s’oxydent et libèrent un composé qui modifie l’odeur corporelle, qui pourrait alors se comparer à celle du carton mouillé. Rien à voir avec l’odeur de paparmane et d’encre à bingo décelée par certains cobayes. Je vous laisse découvrir les résultats de l’expérience.

J’ai moi-même souvent pesté contre ces présentations vidéos de candidats de La voix, qui exposent leurs malheurs avant leur prestation. Le gros laboratoire a demandé à une jeune chanteuse, Émilie, de se produire devant les cobayes; la première moitié sans presque rien lui dire; la seconde, en lui précisant qu’elle avait composé sa chanson pour son jeune frère décédé du cancer. Après quoi, on leur demandait de noter la prestation sur 10, et combien d’argent les cobayes mettraient sur un disque de la chanteuse. Les résultats risquent de vous surprendre autant que moi.

On s’est inspiré d’un jeu vidéo pour tester le niveau de racisme des cobayes. En décortiquant les résultats par régions, on fait des découvertes pas mal décevantes. Vous risquez de ne pas les aimer. Consolons-nous : les Québécois paraissent mieux que les Hollandais en matière d’intolérance. À l’inverse, certains tests sont d’une grande inutilité même s’ils divertissent. Comme lorsqu’on veut savoir si on lance un dé plus loin pour obtenir un 6. Ou si on risque moins de se faire piquer si on ne se lave pas. Pour celle-ci, 600 maringouins ont été mis à contribution.

Pas besoin d’être abonné à ICI Explora pour voir les premières émissions, puisque la chaîne est débrouillée du 18 décembre au 15 janvier. L’émission est produite par Richard Gohier chez Zone3, le même qui produit Infoman. Mention à Marie-Pier Élie, excellente à l’écran et insistante sur le protocole, pour donner un peu de crédibilité à ces expériences, aussi folles soient-elles. Les cobayes ont aussi été très bien choisis, parmi 1600 demandes. Les femmes prennent-elles plus de mots pour expliquer les règles d’un jeu? Les jurons ont-ils un effet analgésique sur la douleur? Les hommes mentent-ils plus que les femmes? Les questions sont infinies, même qu’on pense déjà à une deuxième saison.