La designer Camille Charland Perez s’en tire fort bien pour sa première émission télévisée, «Rénover pour louer».

Rénos express pour Airbnb

CHRONIQUE / La location à court terme, dont le symbole le plus fort reste Airbnb, a ses bons et ses mauvais côtés. Mais c’est une activité en plein essor partout sur la planète, au grand dam des chaînes hôtelières, forcées de baisser leurs prix. Statistiques Canada chiffrait cette industrie à des revenus de 635 millions $ pour la seule année de 2018. C’est énorme.

Le filon n’allait certainement pas échapper aux chaînes déco-réno. Bien qu’il y ait des exemples sur HGTV et sur Netflix, Rénover pour louer est la première émission québécoise entièrement consacrée à la rénovation destinée à la location à court terme. Dès lundi à 20h sur la chaîne CASA, on suit donc la designer Camille Charland Perez, qui s’en tire fort bien pour quelqu’un qui n’a jamais fait de télévision. Au cours des 13 demi-heures, elle proposera des plans pour procéder à huit rénovations d’unités de location à court terme, d’après un budget et un échéancier déterminés par les propriétaires eux-mêmes. On parle autant de chalets que de condos, de maisons, de studios et d’appartements. Dans certains cas, croyez-moi, on part de loin.

Dès la première, on fait la connaissance des deux Patrick, qui ont de grandes ambitions pour leur nouvelle acquisition, un chalet au lac Supérieur dans les Laurentides qui nécessite de bonnes rénovations. Ils se donnent un mois et un budget de 30 000 $ pour y parvenir. Les résultats sont spectaculaires, notamment par l’installation d’un immense filet de catamaran utilisé comme hamac, au-dessus du grand salon vitré. Vous voudrez sans doute y passer un week-end... avant de voir le prix. D’autres projets plus modestes sont aussi au programme, comme la rénovation d’une terrasse dans Charlevoix ou d’un petit studio, aussi dans les Laurentides. La terrasse m’a moins impressionné. Et j’ignorais qu’on pouvait appliquer du papier peint dans une salle de bain.

Évidemment, certaines contraintes viendront compliquer le travail de la designer et des entrepreneurs, de la livraison des matériaux et meubles jusqu’à la découverte de moisissure, un classique. Les coûts dépassent les prévisions la plupart du temps, les délais aussi, mais le contraire arrive aussi, sans doute un cadeau du ciel. Le but ultime de la designer : permettre aux propriétaires de tirer des revenus intéressants de leurs habitations rafraîchies. Les prochaines émissions viendront aussi en ville, à Montréal comme à Québec, où les règlements sont beaucoup plus stricts à propos de la location à court terme. À travers l’évolution des travaux, Camille Charland Perez consulte sous nos yeux des experts, du conseiller hypothécaire à l’entrepreneur.

La série arrive au moment où le gouvernement légifère de plus en plus sévèrement en cette matière, surtout dans les grands centres, où les zones permises se rétrécissent, au plus grand bonheur de résidents excédés. «Si on se revoit dans un an, la carte va avoir beaucoup changé», reconnaît le réalisateur et producteur chez Datsit Sphère, Michel Johnson.

La série ne le dira peut-être pas, mais nombre de syndicats de copropriétés interdisent la location à court terme, un règlement que plusieurs copropriétaires transgressent allègrement, plusieurs d’entre eux vivant à l’étranger. Les recours contre eux sont possibles, mais complexes et laborieux, et les fautifs le savent trop bien. Autant la location à court terme peut être bénéfique et profitable de part et d’autre, autant elle peut faire de la vie des voisins un cauchemar, profitant bien souvent aux revendeurs de drogues, aux tournages de films pornos et à des beuveries jusqu’aux petites heures du matin.