Le fils de Pablo Escobar, Juan Pablo, a ouvert son coffre à souvenirs et montre dans le documentaire des images inédites.

Pablo Escobar, la vraie histoire

CHRONIQUE / Il y a exactement 24 ans aujourd’hui même, le célèbre trafiquant de drogues colombien Pablo Escobar était tué à Medellín. À ce jour, les causes de sa mort restent un mystère. Et qu’est-il advenu de sa fortune? Depuis, nombre de médias dans le monde ont voulu convaincre son fils, Juan Pablo, et son épouse, Maria Victoria, de raconter leur histoire à la télé. Mais c’est une équipe québécoise qui a eu ce privilège, ayant accès aux archives du personnage et aux confidences de ses proches.

Le résultat apparaît dans un documentaire en deux épisodes de 45 minutes, Pablo Escobar, raconté par son fils, disponible depuis jeudi au Club illico. Un premier documentaire original pour le service payant de vidéo en ligne, qui se regarde comme un film d’action, une histoire incroyable, digne des grands thrillers. Les amateurs de la série Narcos sur Netflix, fortement inspirée de la vie d’Escobar, s’en régaleront, mais les autres tout autant.

Un peu naïvement, le producteur Éric Hébert, de Télégramme média, a demandé un rendez-vous avec Sebastián Marroquín, le nouveau nom de Juan Pablo Escobar. Il est allé rencontrer l’homme en Colombie, a patienté là-bas plusieurs jours, pour le convaincre de se confier à son équipe pour un documentaire. «On ne voulait pas faire la promotion de violence et de la drogue, on voulait faire la promotion de la vérité», a-t-il dit pour y parvenir. L’idée a séduit le fils, qui a dit oui. Difficile d’expliquer précisément pourquoi, mais Sebastián Marroquín n’a pas du tout aimé Narcos, qui contient 28 erreurs, selon lui. L’occasion est belle de montrer l’envers de la médaille.

L’existence de cet homme, qui amorce la quarantaine, est complètement romanesque et mérite d’être racontée. Encore fallait-il que Sebastián Marroquín ouvre vraiment son coffre à souvenirs. Vous verrez là-dedans plusieurs images jamais vues, alors que Juan Pablo était bébé dans les bras de son père, ou lors d’une course de motos. Le réalisateur Olivier Aghaby fait une utilisation judicieuse de ces images, juxtaposées au récit du fils.

Pourquoi parler maintenant? En grande partie parce que ceux qui en voulaient à sa famille sont tous morts. Juan Pablo raconte l’histoire de son père en retournant sur les lieux de son enfance et de son adolescence. Certaines révélations sont troublantes, comme lorsqu’il explique que son père lui avait montré comment se suicider s’il était traqué en forêt. Il est convaincu que son père s’est donné la mort en se tirant une balle dans la tête, et qu’il ne s’est pas fait tuer par les autorités colombiennes, comme le dit la version officielle.

Son ascension politique, en pleine vague de nationalisme colombien, et la descente aux enfers qui s’en est suivie, sont bien explorées. Le témoignage de son ex-épouse, Maria Victoria, est révélateur. On regarde presque avec compassion cette femme brisée, longtemps prise au piège. Elle raconte comment elle a dû négocier, avec le clan ennemi de son mari, la distribution de sa fortune au lendemain de sa mort.

Et de l’argent, il en avait; les billets de banque lui sortaient par les oreilles. À un moment, il faisait de 50 à 70 millions $ par semaine, dissimulés dans les sous-sols de ses nombreuses propriétés. Il avait sa propre piste d’atterrissage pour faire passer la drogue, et on a même bourré un avion de billets, à un point tel qu’Escobar et son pilote pouvaient à peine bouger dans le cockpit. Un film, je vous dis.

Au premier épisode, on ne sait pas trop si Juan Pablo a encore du respect pour son père. On ne choisit pas d’être le fils d’un trafiquant de drogues. Je vous laisse découvrir ce qu’il pense vraiment de l’homme, qui a laissé 4000 morts sur son passage. Escobar était habile. D’un côté, il a fait construire des écoles et des maisons pour 5000 familles défavorisées sur un ancien dépotoir. De l’autre, il multipliait les attentats, en représailles aux actes du camp rival, les Los Pepes, et des autorités du pays.

Vous devinez que l’équipe a pris des risques pour tourner les deux épisodes en Colombie. Il n’y a encore pas si longtemps, la tête du fils d’Escobar était mise à prix pour 4 millions $. L’équipe a dû rebrousser chemin à certains moments, ou alors, prendre certaines précautions pour ne pas mettre leurs vies en danger.

Le genre documentaire plaît beaucoup aux habitués de Netflix, qui ont dévoré Making a Murderer et The Keepers, deux séries fascinantes et construites comme des fictions, incluant le suspense et un punch (cliffhanger) à la fin de chaque épisode. Il y en a un très bon au terme du premier de Pablo Escobar, raconté par son fils. Impossible de ne pas sauter tout de suite au deuxième.

Club illico, qui a maintenant 350 000 abonnés, n’a pas l’intention de lancer un nouveau créneau de documentaires originaux comme le fait Netflix, mais il y en aura certainement d’autres. On est d’ailleurs en discussion avec le producteur pour un autre projet impliquant le fils d’Escobar, qui compte bien venir au pays. Pablo Escobar, raconté par son fils, que les producteurs ont aussi en version anglaise et espagnole, a déjà été vendu dans 15 pays.