Les récentes tentatives de gonfler les parts de marché de MusiquePlus n’ont pas été à la hauteur des attentes de Groupe V Média, qui a choisi de mettre la hache dans le nom et la vocation de plus en plus floue de cette chaîne.

MusiquePlus: c’est vraiment la fin

CHRONIQUE / Il y avait bien longtemps que MusiquePlus n’était plus une chaîne musicale. Combien de fois tous ses propriétaires ont annoncé un virage pour cette chaîne jadis chérie des amateurs de musique, qui a révolutionné la façon de faire de la télévision et créé des vedettes comme Sonia Benezra, Claude Rajotte et Véronique Cloutier?

Créée par Moses Znaimer et Pierre Marchand en 1986, MusiquePlus s’éteindra officiellement à la fin du mois d’août pour laisser place à une nouvelle chaîne de séries et de films s’adressant principalement à un public féminin. Groupe V Média, qui en a fait l’acquisition avec MusiMax en 2014, considère que «le statu quo n’était plus possible» en ce qui concerne MusiquePlus. Les récentes tentatives de gonfler les parts de marché n’ont pas été à la hauteur des attentes de l’entreprise, qui a choisi de mettre la hache dans le nom et la vocation de plus en plus floue de cette chaîne.

V est conscient qu’il tourne une page importante de l’histoire de la télé en abandonnant la marque de MusiquePlus, pourtant encore forte. «C’est une des marques média les plus connues au Québec, qui est ancrée dans l’inconscient collectif. Mais on a constaté que cet attachement relève de la nostalgie et ne s’inscrit plus dans la réalité d’aujourd’hui», explique Dimitri Gourdin, vice-président exécutif et chef de la stratégie corporative du Groupe V Média. Les parts de marché de MusiquePlus vivotaient à 1 %.

L’entreprise souhaite ainsi reproduire le succès de Max, l’ancien MusiMax, qui a augmenté ses parts de marché de 75 % l’automne dernier. Elle se vante même d’avoir dépassé Séries+ durant les Fêtes avec une programmation spéciale. N’empêche, quand on sait que Séries+ et AddikTV jouent dans les mêmes talles, Max réussit bien à tirer son épingle du jeu, notamment grâce à une entente avec FX, la chaîne spécialisée de Fox aux États-Unis.

En quoi la nouvelle chaîne qui prendra la place de MusiquePlus se démarquera-t-elle de Max, aussi consacrée aux séries de fiction? «On est en discussions avec de grands joueurs à l’international, tant pour l’identité de la nouvelle chaîne que pour les contenus», affirme Dimitri Gourdin. On peut penser par exemple qu’elle pourrait porter le nom d’une marque, comme c’est le cas pour Hallmark Channel ou Disney Channel. Cet ajout d’une nouvelle chaîne de fictions ne risque-t-il pas de faire monter les enchères pour l’acquisition de séries internationales?

Cette décision n’est pas une bonne nouvelle pour la production de séries originales québécoises, puisque ni Max ni la future chaîne n’en diffuseront pour l’instant. Avec la fin de MusiquePlus, on largue aussi le talk-show OD+ en direct, qui visait à faire migrer une partie de l’auditoire d’Occupation double vers cette chaîne. L’entreprise n’ayant plus de productions originales à ces antennes, Groupe V Média se départira cet été d’un de ses deux studios, le «A», dans son immeuble situé à l’angle des rues Sainte-Catherine et de Bleury. Seul le studio «B», où est actuellement tournée L’Open Mic de..., sera conservé.

Il y a bien longtemps que MusiquePlus s’était départie de ses VJ pour les remplacer par des téléréalités souvent de qualité douteuse. On a ensuite fait l’acquisition de séries de superhéros comme Marvel : les agents du S.H.I.E.L.D. et Supergirl, qui déménageront à Max. «La musique d’aujourd’hui est consommée sur les plateformes numériques et absolument plus à la télévision», rappelle Dimitri Gourdin. L’abolition des genres imposés aux chaînes spécialisées par le CRTC permet à Groupe V Média de faire ce qu’elle veut de MusiquePlus. Sa seule contrainte est de contribuer à un fonds spécial pour soutenir la production de vidéoclips.

M. Gourdin assure que cette décision n’entraînera aucune mise à pied puisqu’une nouvelle chaîne sera lancée, mais il évite de mentionner que plusieurs pigistes œuvraient sur les émissions originales diffusées à MusiquePlus, que ce soit Buzz ou OD+ en direct.