Mélissa Bédard, Florence Longpré et Ève Landry, les trois personnages principaux de «M’entends-tu?», sont des anti-­héroïnes, trois grandes amies unies par la musique, qui vivent dans la pauvreté.

«M’entends-tu?», la série qui grafigne

CHRONIQUE / «Une crisse de drôle d’affaire!» s’exclame Florence Longpré en parlant de sa nouvelle série, «M’entends-tu?», entre le tournage de deux scènes. Une sorte d’OVNI télévisuel qui devrait nous faire rire autant que nous déstabiliser, l’hiver prochain à Télé-Québec. On nous prévient : c’est un monde dur, un langage extrêmement cru, des parcours explosifs. Ça va grafigner.

Les trois personnages principaux de la série sont des anti-­héroïnes, trois grandes amies unies par la musique, qui vivent dans la pauvreté. Pas seulement la pécuniaire, mais aussi la pauvreté intellectuelle et émotive, celle qui empêche de faire les bons choix, de bien s’entourer. Ada (Florence Longpré) a un grand cœur, mais de gros problèmes d’agressivité. Telle une tigresse, elle défend ses amies farouchement. En conflit perpétuel avec sa mère, jouée par Isabelle Brouillette, sa principale façon d’entrer en contact avec les autres est la sexualité. «Ça frise la prostitution», explique son interprète.

Ève Landry risque de nous surprendre avec son personnage de femme timide et silencieuse, Carolanne, qui a très peu de répliques. On est très loin de Jeanne d’Unité 9. Plus isolée et alcoolique que jamais, cette assistée sociale passe le plus clair de son temps à lire chez elle. Tout le contraire, le personnage de Mélissa Bédard, Fabiola, employée d’un casse-croûte, est exubérante et colle beaucoup à la personnalité de son interprète. «C’est la maman du trio», très protectrice, illustre Mélissa Bédard.

Télé-Québec effectue un retour à la fiction pour adultes avec cette série qui devrait plaire aux 18-34 ans. Une œuvre singulière, du jamais vu au Québec, d’après ce qu’en dit le directeur général de la programmation, Denis Dubois, en admiration devant l’écriture de Florence Longpré, toujours sur la frontière entre le drame et la comédie. «85 % des rôles-clés de la production sont confiés à des femmes, des personnages principaux jusqu’à la réalisation et à la production», dit-il avec fierté. Racisme, solidarité, résilience et amour sont autant de thèmes abordés dans les 10 épisodes d’une demi-heure, réalisés par Miryam Bouchard (L’Échappée) et produits chez Trio Orange.

Il est rare au Québec qu’une série porte autant la signature de son auteure que de l’une de ses interprètes principales, comme c’était le cas pour Lena Dunham avec Girls. Florence Longpré s’est beaucoup fait connaître par le personnage de Gaby Gravel dans Like-moi! sur la même antenne, mais écrit déjà pour le théâtre, notamment la pièce Sylvie aime Maurice. Elle trouvait notre télé trop propre et en avait assez des beaux condos modernes. Issue de la classe moyenne, elle a néanmoins frayé avec le monde qu’elle décrit dans M’entends-tu?, comme préposée aux bénéficiaires. Elle a rencontré des gens de milieu défavorisé et volé de petits bouts de leurs histoires.

Mélissa Bédard, de la cuvée 2012 de Star Académie, ne se destinait pas au jeu, mais s’est laissée tentée en passant une audition pour M’entends-tu? Florence Longpré avait quelqu’un d’autre en tête pour jouer le rôle de Fabiola, mais Mélissa a changé ses plans à l’audition. La chanteuse admet que le rôle lui rappelle des événements qu’elle a elle-même vécus avec sa propre fille. La pauvreté, elle connaît; elle s’est déjà confiée sur cet épisode de sa vie, alors qu’elle n’avait même pas assez d’argent pour manger, et qu’elle devait se sustenter chez les religieuses, près du Patro Roc-Amadour, dans Limoilou. «Cette série va ouvrir le regard des gens sur les autres. On a envie d’aider ces filles-là», dit-elle.

La musique, qui permet aux trois filles de s’épanouir, occupe une place importante dans la série, qui se situe quelque part «entre Minuit le soir et Rock’n nonne, affirme Florence Longpré. «Et un peu de Michel Tremblay», complète Denis Dubois. Le trio chantera de vraies chansons dans le métro, des reprises, mais aussi des titres originaux, signés Florence Longpré et son complice de Sylvie aime Maurice, Nicolas Michon, qui contribue aussi aux textes de la série avec Pascale Renaud-Hébert. «Pour les trois filles, la musique devient une arme pour exprimer ce qu’elles vivent», explique l’auteure.

Florence Longpré n’avait pas l’intention de jouer dans sa propre série au départ, pas plus qu’elle croyait un jour avoir à chanter, mais la chose s’est imposée assez rapidement. Guy Jodoin, Sophie Desmarais, Christian Bégin, Patrick Goyette, Mehdi Bousaidan, Fayolle Jean Jr et Marie-France Marcotte font aussi partie de la distribution, de même que plusieurs nouveaux visages.

LES CHEFS! EN BAISSE

Difficile d’expliquer pourquoi Les chefs! attire si peu d’auditoire cette saison sur ICI Radio-Canada Télé. Lundi, à peine 470 000 téléspectateurs ont regardé l’émission, dans laquelle les aspirants-chefs devaient préparer un repas pour 25 convives, en équipes de deux. À la même heure, Ma maison bien-aimée, une rediffusion de CASA, en a attiré 473 000 à TVA. Est-ce le choix de devancer la diffusion au printemps qui a déstabilisé l’auditoire? Ou alors l’usure de la formule? Dommage, parce que cette saison est particulièrement relevée.