Bianca Gervais et François Morency sur le plateau d’«Ouvrez les guillemets».

L’humour efficace d’«Ouvrez les guillemets»

CHRONIQUE / Le concept m’apparaissait un peu abstrait. Mais il suffit de voir les premières minutes d’«Ouvrez les guillemets» pour comprendre où on s’en va. La nouveauté de François Morency, diffusée à partir du vendredi 12 janvier à 21h sur ICI Radio-Canada Télé, constitue certainement une des belles surprises de l’hiver. Même que la demi-heure passe très vite.

Je craignais la redite, avec Rétroviseur, l’émission de Véronique Cloutier qui confronte des vedettes à d’anciennes citations d’entrevues. Mais on est ailleurs avec Ouvrez les guillemets, où tout est prétexte à l’humour. Pas question de faire brailler les artistes, promet François Morency. On sort des paroles, des titres, des citations, existantes ou qu’on crée de toutes pièces, et on en rit.

Produite chez Attraction Images, Ouvrez les guillemets réunit tout ce que François Morency aime le plus : le stand-up, l’impro et l’entrevue. L’émission en est une de performance, où chaque personne, y compris l’invité, doit se surpasser pour faire rire. Ça ne réussit pas toujours, mais bien souvent. Au final, un seul segment est consacré aux citations passées de la personnalité invitée, les autres étant des manchettes de journaux, des titres de livres, des répliques de cinéma, des perles des réseaux sociaux.

Chaque émission suit un thème précis. Morency est assisté de deux comédiens-humoristes et d’une personnalité invitée. L’émission est divisée en trois segments, le second étant toujours consacré à l’invité de la semaine. Celui-ci doit compléter des citations d’entrevues accordées à des journaux et des magazines, mais aussi des paroles de chansons de son répertoire, s’il s’agit d’un chanteur. Morency propose des choix de réponses loufoques. André Robitaille, Mélissa Désormeaux-­Poulin, Patrice L’Écuyer ne sont que quelques-uns des 12 artistes à s’être prêtés à l’exercice.

Dans la première, sur l’information, Pierre Hébert et Anaïs Favron sont les collaborateurs et Jean-François Breau, l’invité. La seconde émission, sur l’enfance, est encore meilleure, avec un duo Pier-Luc Funk et Rémi-Pierre Paquin fort efficace. François Morency commence avec des titres de livres jeunesse plus que douteux, mais bien réels, dont Noune, l’enfant de la Préhistoire et Mettre son doigt dans le derrière du chat. Certains jeux peuvent faire penser à Piment fort. La pire chose à dire dans une pub de jouets? «La poupée Occupation double : quand on tire sur la corde, elle dit : “Si j’aurais!”»

Comme il l’avait fait du temps du Poing J et de Merci bonsoir, Morency donne la parole aux enfants, leur demandant de donner leur signification de proverbes ou encore d’identifier des hommes politiques. L’invitée, Bianca Gervais, admet ne pas avoir de filtre et regretter certaines de ses paroles. Elle reconnaît avoir menti à quelques reprises, soit pour décrocher un rôle ou tout simplement pour se rendre intéressante.

J’ai ri beaucoup plus en une émission d’Ouvrez les guillemets qu’en trois demi-heures de l’émission Les magnifiques, qui la suivra dans la grille le vendredi soir. 

Mais je n’ai jamais autant ri que les spectateurs en studio, qui se bidonnent presque trop. Beaucoup aimé le segment intitulé «la conférence de presse», où l’animateur et ses deux collaborateurs de la semaine doivent deviner des noms de personnalités. Pier-Luc Funk n’a qu’à parler de ses cheveux de façon un peu hautaine pour que les deux autres devinent qu’il parle de Xavier Dolan. Pour compléter le groupe de collaborateurs : Mehdi Bousaidan, Édith Cochrane, Tammy Verge, Philippe Laprise, Joëlle Paré-Beaulieu et Antoine Vézina. Une 13e émission réunira des moments inédits de la saison.

À peu près tout est scripté, comme à Piment fort, même si la livraison des gags paraît improvisée. Et on tourne deux fois plus pour garder le meilleur. Chaque émission se conclut par l’intronisation au Temple de la renommée d’une citation mémorable. Éric Duhaime est le premier «honoré» pour son fameux «mieux vaut de la mauvaise information que pas d’information pantoute», cité à volonté par la bande de La soirée est (encore) jeune.

Alors que d’autres de sa génération ont du mal à adapter leur humour aux nouvelles réalités, François Morency reste dans le coup. À preuve, son dernier Gala Les Olivier, sur la coche du début à la fin, vu par 1,5 million de téléspectateurs, et conçu par la même équipe, avec qui il travaille sur Ouvrez les guillemets et avant, pour ses galas hommage Juste pour rire. Malgré tout, Morency a décidé de passer son tour pour l’animation des Olivier l’an prochain. Assez les controverses! Il prend une pause des galas pour quelques années, préférant se consacrer à cette nouvelle émission et à une série créée à partir de son livre, Discussions avec mes parents, qu’il développe avec Radio-Canada.