Antoine Baillargeon (à gauche), sous-chef chez Maison Boulud, à Montréal, est le grand gagnant des «Chefs!» 2018. Laurent Matte-Boily, du restaurant Chez Saint-Pierre, au Bic, a fini tout juste derrière.

«Les Chefs!»: Antoine gagnant, Laurent deuxième

CHRONIQUE / «Ça va être chaud», avait prédit Laurent. Et ce fut le cas. Après la seule femme, Ann-Rika Martin, à l’avoir emporté l’an dernier, Antoine Baillargeon, de Montréal, devient le septième homme vainqueur des «Chefs!» Laurent Matte-Boily, du restaurant Chez Saint-Pierre, au Bic, a terminé deuxième, alors qu’Andrée-Ann Lachance, du Ciel Bistro Bar à Québec, a été éliminée après les entrées.

C’est avec du pigeonneau, un de ses produits préférés, et un pouding chômeur réinventé qu’Antoine, sous-chef chez Maison Boulud, a séduit les trois juges. Preuve qu’il ne faut jamais se décourager, Antoine s’était déjà inscrit aux auditions des Chefs! il y a quatre ans, sans être choisi. «C’était l’année de Jérôme Rouault, avec qui je travaillais, qui a gagné, et j’étais très content pour lui», se souvient Antoine, joint au téléphone après sa victoire. C’est son patron, le chef exécutif Riccardo Bertolino, qui l’a convaincu de se réessayer, et le voilà gagnant.

Pour cette finale, qui se tenait pour la première fois à la fin du printemps plutôt qu’en septembre, les trois finalistes disposaient de cinq heures pour préparer un menu gastronomique de quatre services, inspiré des saveurs de leur enfance ou de moments marquants de leur vie. Tous les plats donnaient l’eau à la bouche.

Je dois dire que, jusqu’au dernier instant, je n’aurais pu prédire la victoire d’Antoine. Parce que le menu de Laurent, portant la signature du Bas-du-Fleuve, récoltait davantage d’éloges des juges. Le concurrent lui-même était pleinement confiant, donnant un bon spectacle durant toute l’heure. Son entrée de cerf au poivre sauvage avec son espuma d’oignons et soya «frisait la perfection», au dire de Jean-Luc Boulay. Ça s’est donc joué sur le plat principal. «Le niveau technique d’Antoine était supérieur», a souligné le juge, préférant le pigonneau à la morue noire vapeur de Laurent. «Ça prend du croustillant, ça prend une tuile!» a lancé M. Boulay, au sujet du parfait à l’érable de Laurent, sûrement très bon, mais trop peu garni. Une tuile pour l’aspirant-chef, qui s’était dit dès le départ : «Do your best, forget the rest» («Fais de ton mieux, oublie le reste»).

Par contre, l’élimination d’Andrée-Ann après les deux entrées n’a pas été une surprise. Pas que ses assiettes ne semblaient pas appétissantes, mais les juges s’entendaient pour dire qu’elle avait choisi des plats plus faciles à cuisiner que ses deux compétiteurs. Sa deuxième entrée, les champignons en trois façons, «manquait de finesse et de raffinement», a commenté Normand Laprise.

Laurent, qui aime le risque, on le sait, semblait prendre plaisir à augmenter le niveau de stress, en garnissant au tout dernier instant, et en laissant brûler sa cuillère de bois. «Il aime ça jouer avec le feu», a blagué Normand Laprise. Même un champion commet des erreurs; Antoine a oublié d’ajouter ses chips de peau de poulet à son entrée, et a servi un pouding chômeur qui ressemblait à un dessert aux fraises. «C’était un clin d’œil à ce dessert rustique, que je voulais alléger», explique le gagnant. On a craint un moment que l’oubli des chips lui coûte la victoire, mais ça n’a pas été le cas. «C’est vraiment une erreur de stress. Elles étaient juste à côté de moi en plus! Je les ai quand même servies aux juges après l’émission.»

Antoine, qui a remporté 20 000 $ en bourse, ignore encore ce qu’il en fera. «Je vais juste le placer pour l’instant, peut-être voyager.» Il se réjouit du voyage à Londres qui complète le prix, une destination qu’il n’a jamais visitée. À plus long terme, comme la plupart des gagnants des Chefs!, Antoine souhaite ouvrir son propre restaurant. «J’attends la bonne opportunité. Je suis chez Maison Boulud depuis six ans, je suis prêt à passer à la prochaine étape.»

«L’EFFET WOW» DE SÉBASTIEN DIAZ

Après cinq ans de Voir et quatre ans de Formule Diaz à Télé-Québec, Sébastien Diaz animera un nouveau magazine culturel, l’hiver prochain sur ICI ARTV et ICI Radio-Canada Télé. Ne vous attendez pas à entendre de la critique à L’effet wow, qui se nourrira des coups de cœur artistiques de l’animateur. L’émission d’une heure sera tournée dans différents endroits chaque semaine. Sébastien Diaz y mènera des entrevues, mais permettra aussi au public de poser des questions aux artistes invités. On donnera même la parole à des aînés dans un segment intitulé «La ligue du vieux poêle». L’animateur parle d’«un gros paquet de gomme balloune qui va plaire à tout le monde». Diaz n’est pas en froid avec Télé-Québec, où il poursuivra la coanimation de Format familial avec sa femme, Bianca Gervais. L’effet wow ne compromet en rien Esprit critique, autre magazine culturel d’ICI ARTV, de retour à l’automne.