Kim Rusk, qui voulait démontrer que l’école ne s’était pas adaptée aux TDAH, a été surprise de ce qu’elle a vu.

Le TDAH et l’école du futur

CHRONIQUE / Je n’ai pas de TDAH, du moins je ne crois pas, mais j’aurais certainement été plus heureux à l’école si j’avais fréquenté une des classes qu’on voit dans le documentaire TDAH : réussir autrement, présenté à Canal Vie lundi à 20h.

Elles ont un nom : les classes flexibles. Si je compare mes locaux beiges aux pupitres cordés avec ces nouvelles classes repensées, où on peut s’asseoir de toutes les façons, s’étendre, pédaler, bouger, passer d’une zone à l’autre en prenant une pause, j’envie ces élèves qui peuvent apprendre dans un cadre aussi stimulant.

C’est ce qui est merveilleux de ce documentaire de David Gauthier, initié par Kim Rusk, à qui on disait sans cesse quand elle était enfant : «Arrête de bouger!» Oui, on peut faire de l’apprentissage une période agréable pour les élèves atteints d’un trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, sans pénaliser la majorité des élèves, qui y trouvent leur compte. Parce que c’est là un des enjeux : pourquoi impliquer tous les élèves dans ce changement radical pour en privilégier une minorité? Précisément parce que ça peut être bon pour tout le monde. Dans une classe flexible, les enfants TDAH disposent de toutes sortes d’objets pour évacuer leur stress, comme des pédaliers silencieux sous les pupitres, ou même des coussins malléables, qui les aident à mieux se concentrer.

Kim Rusk, qui voulait démontrer que l’école ne s’était pas adaptée aux TDAH, a été surprise de ce qu’elle a vu. Notamment à l’école Alexander-Wolff de Shannon, qui a mis en place un tel cadre pour améliorer le sort des TDAH et ranimer leur estime de soi. Vous comprendrez en voyant Éric Tremblay, «Monsieur Éric» comme l’appellent les élèves, expliquer comment se déroulera l’année scolaire dans sa classe hors normes. «Ici, aucun élève TDAH ou non n’a jamais été expulsé pour avoir dérangé le reste du groupe», explique Kim Rusk, persuadée qu’elle aurait été beaucoup plus heureuse dans un tel cadre.

Quand Éric Tremblay reçoit ses élèves, il agit comme s’ils étaient tous TDAH. «Est-ce qu’un enfant qui n’est pas TDAH a besoin qu’on capte son attention? Ben oui!» croit le prof, qui considère que personne n’est perdant, bien au contraire. La motivation est un stimulant, et une classe statique et morne éteint toute braise de motivation pour un élève TDAH.

Elle-même touchée par ce trouble de déficit d’attention — elle a lancé un livre sur le sujet l’année dernière, J’M les TDAH —, Kim Rusk se demande s’il y a des chances que son bébé en hérite. La réponse : une chance sur deux. L’animatrice du Retour des fantastiques à Rouge rencontre notamment des parents d’enfants TDAH, qui sont parvenus pour la plupart à trouver des solutions, non sans être passés par les pires angoisses. Quand ta fille de six ans fait des crises intenses, te crie : «J’veux mourir, aidez-moi!» et qu’elle reçoit une prescription de contention, on peut parler de profonde détresse.

Vous craquerez pour ces enfants qui s’adressent à la caméra et expliquent en quoi ils sont différents des autres. Le défi des parents : tenter de leur retirer cette étiquette qu’on leur appose sur le front dès leur jeune enfance, et qu’ils portent comme un boulet jusqu’à l’âge adulte. En somme, faire de leur différence une banalité, voire un atout. On se rend compte que l’estime de soi est à la base de tout, qu’un enfant qui considère sa différence comme une infériorité restera bloqué dans son évolution. Personne ne veut ça.

L’idée n’est pas de transformer l’école en camp de vacances, mais de la rendre attrayante, agréable, du moins en bonne partie. On apprend autant, mais pas dans l’austérité. Le portrait semble paradisiaque, résumé de cette façon, mais il ne charme pas tous les enseignants. Plusieurs résistent, préfèrent l’encadrement d’une classe normale, et ont peur du changement.

C’est bien beau apprendre dans le plaisir, mais ces élèves auront-ils la couenne assez solide pour affronter la vraie vie plus tard? «Oui mais la vie, c’est dur! Un jour, cet enfant-là doit faire face!» se fait dire Éric Tremblay. Sa réponse aux adultes réfractaires est tranchée : «Eille, calme-toi. Pour générer des réussites, faut vivre des réussites».

Bien que ces expériences soient concluantes, elles sont encore trop rares et nécessitent un accès plus facile à des ressources. Parce qu’un élève qui se retrouve en classe flexible peut devoir retourner en classe traditionnelle l’année suivante, faute de moyens dans les écoles. Il n’est pas rare de voir des enseignants payer de leur poche pour améliorer leurs classes. Kim Rusk, qui n’est pas médecin, n’en pense pas moins que de rendre un tel enseignement accessible à tous, permettrait de réduire la médication.

Dans un autre segment, on invite le chanteur Jean-François Breau à passer le test du TDAH, lui qui a toujours cru en être atteint. L’expérience sera pour lui déterminante. Chose inusitée : ce documentaire a été produit par Bell Média, qui avait aussi produite l’éphémère quotidienne La belle gang. Les productions internes sont de plus en plus rares en télévision, particulièrement chez les chaînes spécialisées.