Vous détesterez d’emblée Mary Louise (Meryl Streep), qui ne croit pas que son fils Perry, le défunt mari de Celeste (Nicole Kidman), puisse être aussi odieux qu’on le décrit.

Inutile de mentir, ça se saura

CHRONIQUE / La question : valait-il le coup de donner une suite à Petits secrets, grands mensonges, version française de Big Little Lies? Nous étions plusieurs à ne pas en être convaincus. Après avoir été récompensé pour la première saison, Jean-Marc Vallée n’a pas voulu réaliser la deuxième, avant de finalement se voir confier une partie du montage final. Si ce n’est déjà fait, empressez-vous d’aller voir la première saison avant d’entreprendre la lecture de cette chronique.

J’anticipais donc avec un brin de scepticisme cette suite de l’histoire, qui commencera le dimanche 9 juin à 21h, sur HBO. Comme pour Le trône de fer, les téléspectateurs francophones n’auront pas à attendre des mois puisque Super Écran présente la version sous-titrée simultanément à 21h, puis la version doublée le lendemain à 22h. Une initiative que devraient imiter les autres chaînes, et ça presse.

Ces secrets malsains continuent donc de gangrener les relations entre tout ce beau monde de Monterey. Et tout un : celui de dissimuler le meurtre du violeur et batteur de femme Perry Wright, le mari de Celeste, qui fermait la première saison. Arrive dans le décor la mère du défunt, Mary Louise, jouée par l’exceptionnelle Meryl Streep. Ça commence à faire pas mal d’actrices numéro un au pied carré dans cette série primée aux Golden Globe et aux Emmy. On ne s’en plaindra pas.

Vous détesterez d’emblée Mary Louise, qui ne croit pas que son fils puisse être aussi odieux qu’on le décrit. Quand on a vu Celeste (stupéfiante Nicole Kidman) se faire violenter et manipuler aussi sournoisement dans la première saison, on ne peut d’aucune façon concéder un pouce de pardon à Perry, père aussi aimant soit-il avec ses jumeaux. Oh que non.

Par contre, on ne peut nier la force de ce nouveau personnage de mère lionne, qui a beaucoup d’esprit, et ébranle passablement l’amitié inconditionnelle de ces quatre femmes. Remplis de malaises, ses échanges avec Madeline (Reese Witherspoon) valent à eux seuls leur détour, et mettent un peu d’humour autour du propos lourd de l’histoire. Celeste n’a jamais été aussi fragile, trouve encore le moyen de magnifier l’image paternelle de son défunt mari, et se sent coupable de sa disparition. De là sa tolérance un peu excessive à la présence de belle-maman. On ne sort pas comme ça du syndrome de la femme battue, et plusieurs visites chez la psy ne seront pas de trop. Sa décision de déménager, planifiée avant la mort de son mari, alimentera certainement les soupçons de Mary Louise.

Mais ce secret majeur n’est pas le seul de cette deuxième série. Rappelons que Perry avait violé Jane (Shailene Woodley), et qu’un enfant est né de cette triste nuit, une donnée qu’ignore toujours le jeune Ziggy (Iain Armitage, la vedette de Young Sheldon). Comment parler aux enfants sans les traumatiser? Et comment entreprendre une nouvelle histoire d’amour quand on a été violée? Voilà de grandes questions abordées avec intelligence dans ce début de saison. Le passé infidèle de Madeline pourrait aussi refaire surface et plomber son ménage, déjà ébranlé par la rébellion d’Abigail, fille de sa précédente union avec Nathan. Renata (Laura Dern) est plus caractérielle que jamais. Et vous la comprendrez quand vous saurez ce qui se trame dans sa somptueuse demeure de bord de mer.

Après trois épisodes, encore trop tôt pour dire avec certitude que cette suite était nécessaire. Ce qui est sûr, c’est qu’on assiste encore une fois à de grandes performances d’actrices. Et on retrouve l’ambiance de la première saison, mélange de suspicion et de non-dits, ajoutée aux prises de vue toujours aussi spectaculaires. La musique, si chère à Jean-Marc Vallée et si présente dans toute son œuvre, l’est un peu moins cette fois. En parallèle, on continue par bribes à nous envoyer des flashbacks et des bouts d’interrogatoires, de quoi nourrir notre désir d’en savoir plus.

Bien curieux de savoir comment les femmes de Monterey s’en sortiront au bout de ces sept nouveaux épisodes. Parce que tout finit toujours par se savoir, même les pires vérités. Et ça risque de faire mal.