Serge Fiori, sonné, ému, après l'hommage à Harmonium.

Harmonium, Hubert et Louis-José

CHRONIQUE / De quoi jase-t-on ce matin autour de la machine à café? D'Hubert Lenoir, bien sûr. De l'hommage à Harmonium, si beau et si vibrant. Et de Louis-José, qui a encore été parfait à l'animation de l'ADISQ.

Il régnait un bel esprit de diversité et de genres dans ce 40e gala, réussi en tous points, dimanche soir sur ICI Radio-Canada Télé. Et au-delà des réactions toujours inattendues d'Hubert Lenoir, récompensé à trois reprises, il y avait cette chanson, Fille de personne II, qui résonnait chaque fois dans la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, comme un hymne à la différence.

On sentait les frissons traverser la salle durant l'hommage à Harmonium, l'un des plus beaux que ce gala nous ait offert depuis 40 ans. L'ADISQ n'avait pas lésiné sur les moyens, avec un véritable orchestre classique sur scène. Tout, tout était parfait dans cet hommage, tant les reprises de chansons que les témoignages sentis des Rivard, Séguin, Piché et compagnie. Et cette finale sur Un musicien parmi tant d'autres, avec Céline et une mosaïque de visages reprenant ces paroles en choeur. «Quessé que vous venez de faire là, estie?» a demandé Serge Fiori, sonné, ému après cet hommage vibrant. «On voulait vous envelopper dans nos bras, et finalement, ce qui est arrivé, c'est que c'est vous autres qui nous avez enveloppés», a-t-il réussi à balbutier, trop touché par tant d'admiration condensée.

En ouverture, Mario Pelchat, Martine St-Clair, Maxime Landry et Guylaine Tanguay ont uni leurs voix pour interpréter des petits bouts des chansons de l'année des 40 galas. Un medley franchement réjouissant, on l'on entendait défiler quatre décennies de succès québécois, et qui nous rappelait que, oui, La légende Oochigeas a déjà été chanson de l'année.

Comme toujours, Louis-José Houde a été formidable. «J'viens de fumer un batte avec 2Frères. Sont vraiment drôles finalement!» a-t-il envoyé pour ouvrir son 13e gala, parfaitement dans son élément. Déchaîné, il allait ensuite résumer les 40 ans de cette soirée en soulignant ses travers, comme ces gagnants qui ne savent pas de quel côté sortir, ou «qui ne s'y attendaient pas». «Arrive pas en avant avec une face de dégât d'eau dans ton sous-sol», a-t-il suggéré aux nommés. Peu d'animateurs peuvent se permettre d'engueuler, même gentiment, nos artistes adorés.

Il a parlé d'Hubert Lenoir, qu'il a résumé pour sa sœur aux États-Unis comme «un jeune artiste original et talentueux», avant d'ajouter : «Prends Iggy Pop, Francis Reddy, Joe Bocan, brasse très fort». Plus tard, l'animateur a offert un résumé désopilant du gala de 1992, cette année où Gilles Gagné est monté sur scène et que l'enveloppe de la chanson de l'année était vide. Sérieusement, on en prendrait un comme ça pour chacun des 40 galas.

Évidemment, on ne fera pas nos surpris : vêtu d'une tunique blanche et maquillé de rouge et de jaune, l'unique Hubert Lenoir n'allait rien faire comme les autres en montant sur la scène, lui qui avait prédit sur le tapis rouge ne rien gagner du tout. Chaque fois acclamé par la foule, il avait un message pour ceux qui le trouvent weird : «c'est toujours une question de perception. Au nom de la jeunesse québécoise, je trouve que vous êtes wack en estie.» Puis, il a considéré son deuxième Félix comme une victoire «pour toute une nouvelle génération de musiciens qui en ont plus rien à crisser. […] J'veux juste dire qu'y'é trop tard, on est là, on s'en vient vous chercher tout le monde. That's it!» Pour son troisième, il a feint d'avaler son Félix pour mieux le recracher. «J'ai juste d'l'amour à vous donner, merci beaucoup!»

Pour la plupart disciplinés et brefs, les gagnants semblaient préparés dans leurs remerciements. Même la moustachue Klô Pelgag s'est montrée plus loquace en recevant le Félix de l'interprète féminine. «La musique c'est pas un concours, c'est juste de la musique, ça devrait toujours suffire», a-t-elle lancé, avant qu'un Patrice Michaud médusé monte chercher celui de l'interprète masculin.

Quelques-uns en ont aussi profité pour interpeller les politiciens. Privé de télésouffleur — «on se croirait dans un mauvais rêve!» —, Émile Bilodeau a prié François Legault d'abandonner l'idée de forer l'île d'Anticosti; la CAQ avait cependant envoyé la ministre Nathalie Roy. Le premier ministre Justin Trudeau, qui était dans la salle, a pour sa part reçu les récriminations de Yann Perreau, qui, citant Gilles Vigneault, lui a envoyé : «J'ai plus l'impression que mon pays, ce n'est pas un pays, c'est une pétrolière.»

Plusieurs bons numéros musicaux, dont celui de Pierre Lapointe et de Galaxie, qui a tout arraché. On a choisi de jumeler d'autres artistes en duo, comme Andréanne A. Malette et 2Frères. Les cinq nommés dans la catégorie de la révélation se sont succédés sur la scène, Hubert Lenoir offrant la prestation la plus énergique. Guy A. Lepage n'a pas voulu toucher au Félix, après celui qu'il avait lancé à son cinquième et dernier gala. «T'as gagné 21 Félix en carrière et le seul dont on se souvient, c'est celui que t'as garroché! C'est le fun hein?» lui a fait remarquer Louis-José. De la visite belle et rare : Yvon Deschamps, qui ne donnait pas sa place à l'animation de l'ADISQ.

Et alors, ce gala vous a-t-il donné envie, comme moi, d'écouter du Hubert Lenoir, du Klô Pelgag, du Philippe Brach, du Harmonium?

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