Dans En tout cas, Guylaine Tremblay et Anne-Élisabeth Bossé jouent une mère et sa fille dont les visions s’entrechoquent.

En tout cas: gentil mais pas plate

CHRONIQUE / Joanne Forgues, productrice de la nouvelle comédie En tout cas, la présente comme «une série gentille, joyeuse, qui rend de bonne humeur». L’humour gentil a pourtant une connotation un peu mièvre, voire carrément plate. Mais pas celui d’En tout cas, où le sarcasme ne prend jamais le dessus sur la drôlerie, et met vraiment de bonne humeur.

Présentée le lundi à 19h30 contre Lâcher prise dès le 8 janvier, la série ramène à TVA Guylaine Tremblay, vedette d’Annie et ses hommes à la même antenne durant sept ans. La comédienne fait aussi un retour à la comédie, un genre qu’elle connaît bien, mais qu’elle a délaissé ces dernières années avec Unité 9. La mère qu’elle incarne à l’écran vous rappellera la vôtre, ou encore une tante, une voisine. C’est l’une des grandes qualités de cette comédie signée Rafaële Germain : le réalisme.

Danielle quitte donc son Val-d’Or en Abitibi pour venir rejoindre sa fille et son fils en ville, la mère ayant clairement une préférence pour son fils Fred (Mickaël Gouin). Anne-Élisabeth Bossé, qui a eu l’idée originale de cette série avec la productrice Sophie Parizeau, incarne Chloé, gérante de resto, qui a abandonné la région à 18 ans, il y a 12 ans, pour la métropole. S’entrechoquent alors les visions de la mère et de la fille, mais aussi de la ville et de la région, un débat vieux comme le monde. Des produits bio aux «cafés à quatre piasses», rien n’échappe aux commentaires de Danielle.

Vous risquez d’entendre «en tout cas» au moins une fois dans chacun des 10 épisodes. Ce «en tout cas» qu’utilisent nos mères pour finir leurs phrases, avec un mélange d’ironie et de dépit. Remarquez, les mères ne sont pas les seules à l’utiliser, même que vous remarquerez y recourir souvent vous-mêmes en vous écoutant parler.

Les malaises sont moins intenses que dans la comédie de Martin Matte, mais tout de même bien sentis. «Ma fille a peur que j’y fasse honte», dit Danielle à un chauffeur de taxi d’origine marocaine. À raison, parce que Chloé ne songe qu’au moment d’arriver à destination, surtout quand sa mère s’engage sur le terrain glissant de la charte des valeurs. Si certaines situations relèvent parfois du cliché – l’initiation burlesque de Danielle au yoga chaud sent le déjà vu –, d’autres font forcément sourire et même rire. Notamment quand la mère est presque plus familière avec Tinder que sa fille, au point d’exaspérer Chloé. Connaissez-vous les «complimardes»? Des reproches déguisés en compliments, dont sont friandes plusieurs mères, et particulièrement Danielle.

Chloé est célibataire, mais sa mère aimerait donc qu’elle retourne avec son ex, un chiro, Simon (Yan England), qui bave encore pour elle. Vous ferez également la connaissance de Marie (Sophie Faucher), sa voisine et amie française, et son fils Nicolas (Mikhaïl Ahooja). Clémence Desrochers joue la mère très moderne de Danielle, partie au Cambodge et qui communique avec elle par Skype. Yves Jacques incarne pour sa part un prof de Danielle, qui retourne sur les bancs d’université pour étudier le théâtre. Mère et fille dans la vie, Diane Lavallée et Laurence Leboeuf le sont aussi dans la série, la première étant la sœur de Danielle. Apport très comique à la série, le duo un peu trop fusionnel a le don de taper sur les nerfs de toute la famille.

Pour Rafaële Germain, il s’agit d’une première comédie, elle qui travaille notamment sur Info, sexe et mensonges avec Marc Labrèche. À la réalisation, les productrices ont eu le flair de faire confiance à François Jaros, qui a notamment réalisé des courts métrages et la websérie L’âge adulte, et pour qui c’est une première série télé. Jaros donne une signature et une fraîcheur uniques à cette série, jusque dans l’ambiance musicale à l’italienne, symbole de familles aux liens tout aussi étroits que passionnés. Un ton beaucoup plus modéré que dans Boomerang, où certaines scènes tournent à la foire.

Produite chez Casablanca (Série noire) en collaboration avec Québecor Contenu, En tout cas est le genre de série qui fait du bien, où les chamailleries entre mère et fille sous-tendent toujours une profonde tendresse. Comme Chloé, il vous arrivera de lever les yeux au ciel en entendant les réflexions de Danielle, mais impossible de la détester ou de lui en vouloir longtemps. Une famille qu’on risque d’adopter.