Télé et radio

«5e rang» vaut-il le détour?

CHRONIQUE / La vie de Marie-Luce Goulet bascule à la mort suspecte de son mari. Plusieurs individus du village de Valmont sont alors soupçonnés. Mais pourquoi Guy Bérubé a-t-il quitté la maison pour se retrouver en si mauvaise posture? Cette question occupe les premiers épisodes de «5e rang», à partir du mardi 8 janvier à 21h sur ICI Radio-Canada Télé, contre «L’heure bleue» de TVA. La télé sort de plus en plus des villes, et ça fait du bien.

Il en fallait pourtant beaucoup pour ébranler Marie-Luce (Maude Guérin), pilier des Goulet, qui a hérité de la ferme familiale. Évolue autour d’elle toute une galerie de personnages, dont ses filles Kim et Julie (Catherine Brunet et Marie-Ève Milot) et son neveu Simon (Simon Pigeon), qui l’aide beaucoup sur la ferme. Ce n’est qu’au deuxième épisode que vous rencontrerez les quatre sœurs de Marie-Luce, et comprendrez qu’entre Marie-Jeanne (Catherine Renaud) et elle, rien ne va plus depuis longtemps.

Pour être honnête, 5e rang m’a laissé un peu tiède. La première série annuelle mettant en vedette Maude Guérin est signée Sylvie Lussier et Pierre Poirier, qui sortent heureusement des intrigues gentilles et parfois même burlesques de L’auberge. L’œuvre ne déborde pas non plus d’audace et d’innovation. En même temps, elle ne se prend pas pour une série lourde au propos original et mordant; on a affaire à un téléroman à l’aspect résolument plus moderne.

Là où 5e rang risque de garder mon attention, c’est avec ses personnages singuliers. Comme celui de Réginald (Maxime de Cotret), ancien militaire qui vit presque en ermite, n’hésitant à tirer en l’air avec son fusil quand un innocent joggeur s’aventure dans les parages, et qui s’alimente de ragoût de castor, d’écureuil et de mouffette. L’être ténébreux possède un chien d’assistance depuis qu’on lui a diagnostiqué un syndrome de choc post-traumatique.

On sourit en voyant Luc Senay, tout habillé cette fois, enfourchant son quatre-roues comme dans Faits divers. Voilà un personnage, le garagiste Paul Langlois, bourré de préjugés, qu’on ne risque pas d’aimer d’emblée. Pour l’instant, le policier de Valmont, Frédéric Longpré (Maxim Gaudette), ne transpire pas l’efficacité et la bravoure. L’importance du drame qui affecte les Bérubé nécessite la venue d’agents de la SQ, dont les méthodes sont sûrement plus musclées. Le couple gai de commères du village, Sam et Joe (Roger La Rue et Michel Laperrière), frise la caricature. Souvent attablés au casse-croûte de la place, ceux-ci commentent un peu grossièrement les allées et venues de leurs concitoyens, quitte à sortir quelques détails sordides sur la mort de Guy.

Les premiers épisodes ont quelque chose de glauque, une histoire de corps démembré dans le purin. Certaines scènes pourraient provoquer le même haut-le-cœur chez le public que chez les personnages. Certaines décisions des personnages principaux font sourciller; on se demande quelle mouche les a piqués pour perdre ainsi tout jugement. En même temps, leur découverte est si affreuse qu’on peut deviner leur panique. Disons que, dans les circonstances, la visite à la ferme d’un réputé chef montréalais, propriétaire d’un prestigieux restaurant qui pourrait éventuellement s’approvisionner à la ferme de Marie-Luce, passe soudainement au deuxième rang.

Comme toujours, Maude Guérin est formidable dans le rôle principal. La scène où Marie-Luce apprend le terrible drame arrache les larmes tant l’actrice est crédible. Comme il le faisait souvent dans L’auberge, le duo d’auteurs fait un clin d’œil aux fans de la première heure de 4 et demi... en ramenant le personnage de Jean-René (Martin Héroux), l’animalier de la clinique Dufour, qui entrait à l’école vétérinaire à la fin du téléroman. Il a maintenant sa propre clinique à Valmont, où travaille Kim Bérubé (Catherine Brunet), une des filles de Marie-Luce.

En plus d’avoir le titre de producteur associé, Francis Leclerc réalise les trois premiers épisodes, même si on ne sent pas sa signature. Christian Laurence s’est chargé des neuf suivants, et Myriam Verreault, des épisodes 13 à 18. Pour l’instant, 12 sont prévus à l’hiver, et 11 à l’automne, mais les auteurs souhaitent s’engager pour plusieurs saisons.

Télé et radio

Des Olivier très ordinaires

CHRONIQUE / La qualité des derniers Galas Les Olivier m’a rendu exigeant. Quand la barre est mise haut, on s’attend à rien de moins l’année d’après. Et malgré quelques bons moments, j’avoue m’être ennuyé de François Morency dimanche soir lors de ce 20e gala, qui a décerné l’Olivier de l’année et celui du spectacle de l’année à François Bellefeuille.

Pourtant, j’aime Pierre Hébert et Philippe Laprise, duo sans prétention et généralement drôle. Après un montage de moments des 19 précédents galas, les deux amis ont ouvert la soirée avec une explosion de confettis. Ce à quoi le barbu des Denis Drolet a répliqué que si son propre duo avait animé la soirée, «ça aurait été des clous, pis tout le monde serait mort! J’vous haïs toutes!» Hébert et Laprise ont gardé le gag le plus drôle pour Maxim Martin. À l’humoriste qui a découvert qu’il était le père d’un garçon, le duo a dit avoir retrouvé tous ses enfants inconnus, ceux-ci portant des t-shirts avec les inscriptions «Amos», «Coaticook», «Val-d’Or», «Amos en supplémentaire», «Rivière-­au-Renard» et... «Dans un char».

François Bellefeuille avait aussi reçu le trophée de la mise en scène hors d’ondes, pour son spectacle Le plus fort au monde. Quant à Maude Landry, que j’adorais à Info, sexe et mensonges, elle a réussi un doublé avec les Olivier de la découverte et de la capsule ou sketch radio. Martin Petit, dont la comédie Les pêcheurs a enfin été récompensée, a décoché cette flèche à Martin Matte, dont Les beaux malaises a souvent tout raflé : «Merci d’avoir arrêté ton osti d’show. T’as gagné plus de trophées que t’as écrit d’épisodes.» Like-moi! est repartie avec l’Olivier de la comédie de l’année. Un trophée que Les Grandes Crues auraient plutôt voulu remettre à La vraie nature — «avec Mathieu Baron qui se retient de pleurer en râpant du cheddar doux, tout en remerciant la vie de lui avoir donné une chance après le Loft» —, ou encore aux gars de XOXO— «y sont comme les chocolats de Pâques; y’ont comme de quoi de louche dans le regard, pis sont vides en dedans».

Simon Gouache a fait semblant de remplacer Korine Côté, censée accoucher, avant que celle-ci surgisse sur scène. «Ça, c’est une douleur que tu connaîtras jamais Korine!» lui a dit l’humoriste, excédé de rester dans l’ombre. C’était sans savoir qu’il allait prendre sa revanche plus tard en remportant l’Olivier du numéro humoristique. 

Sans surprise, L’âge adulte a décroché l’Olivier de la série web humoristique. «Faites du web, croyez en vos rêves», a lancé Guillaume Lambert, qui accumule les honneurs avec ce bijou de série. «Moi, chu drôle en tab...», a affirmé Mike Ward à ceux qui répètent que les humoristes sont plates en dehors de la scène, récompensé pour son podcast.

Ovation pour le numéro chanté d’Arnaud Soly et d’Éric Desranleau, le plus original de la soirée, pour l’Olivier du meilleur vendeur, remis à Louis-José Houde. Le numéro burlesque de Réal Béland et Dominic Paquet personnifiant les comptables plus bruns que bruns Raymond Chabot et Grant Thornton aurait gagné à être un peu plus court. Mais les voir courir après leurs graphiques qui s’envolaient dans le décor faisait rire aux larmes. À défaut d’avoir le même effet, la remise du prix «Merci pour tout» pour l’engagement social à Yvon Deschamps aurait au moins pu nous émouvoir. En vain.

Dans la colonne des «moins» : le très ordinaire et trop long numéro des animateurs sur les influenceurs et leurs petites crèmes. Difficile d’adhérer au troisième ou quatrième degré d’humour des filles des Magnifiques, déchaînées, aux gags violents de coups de hache, mais qui a néanmoins fait rire la salle. Il faut d’ailleurs souligner que l’assistance était tout sauf blasée, et réagissait beaucoup, ce qui peut faire toute la différence dans un gala. Il en aurait quand même fallu plus pour me convaincre.

Télé et radio

Les Invisibles, c’est jouissif

CHRONIQUE / Si vous trouvez que les artistes s’autocongratulent un peu trop, vous risquez d’adorer «Les Invisibles». La série offre une vision cinglante du milieu artistique et tourne en dérision plusieurs de ses travers. Il n’y a pas d’autre mots : c’est jouissif.

J’attendais avec impatience l’adaptation québécoise de l’excellente comédie française Dix pour cent, diffusée sur ICI ARTV sous le titre d’Appelez mon agent. Pour être honnête, j’ai fini par oublier la série originale en regardant Les Invisibles. L’équipe d’ici a réellement su transposer cette histoire d’agence d’artistes à la réalité québécoise, et ça sent le succès. Diffusée à TVA dès le lundi 7 janvier à 21h, l’œuvre affrontera Les pays d’en haut, d’ICI Radio-Canada Télé.

Télé et radio

Testé sur 100 humains

CHRONIQUE / Sommes-nous racistes sans le savoir? Les vieux sentent-ils le vieux? Est-ce que ça rapporte de faire pleurer le monde avec les malheurs des candidats de concours de chansons télévisés? Le moins que l’on puisse dire de la nouvelle série «Le gros laboratoire», portée par Jean-René Dufort et la journaliste scientifique Marie-Pier Élie, c’est qu’elle ose aborder des thèmes délicats et ne craint pas le malaise. Sous le couvert de la légèreté et de l’humour, on peut parfois se permettre d’aller loin.

Cette adaptation québécoise d’un format des Pays-Bas en 10 épisodes d’une demi-heure, diffusée sur ICI Explora à partir du mercredi 19 décembre à 21h, n’a pas la prétention de tirer des conclusions véritablement scientifiques de ses expériences. Quoique l’échantillon de 100 cobayes dont elle disposait est un minimum pour analyser les comportements humains. Le but est de s’amuser, vous le comprendrez assez vite, mais certains tests vous surprendront.

Le tournage, qui s’est étalé sur huit jours l’été dernier à l’Université Bishop de Sherbrooke, a pris l’allure d’une colonie de vacances, alors que l’équipe de production dormait dans les mêmes dortoirs que les cobayes. Âgés de 20 à 77 ans, ceux-ci représentent toutes les couches de la société. On compte quelques évanouissements lors des épreuves plus physiques, mais pas d’abandons parmi les cobayes.

Certains tests sont plus gênants que d’autres. Comme par exemple lorsqu’on demande aux cobayes de sentir trois jeunes personnes et trois aînés, les yeux bandés, pour savoir s’il est vrai que les personnes âgées dégagent une odeur particulière. Les conclusions : en prenant de l’âge, les acides gras s’oxydent et libèrent un composé qui modifie l’odeur corporelle, qui pourrait alors se comparer à celle du carton mouillé. Rien à voir avec l’odeur de paparmane et d’encre à bingo décelée par certains cobayes. Je vous laisse découvrir les résultats de l’expérience.

J’ai moi-même souvent pesté contre ces présentations vidéos de candidats de La voix, qui exposent leurs malheurs avant leur prestation. Le gros laboratoire a demandé à une jeune chanteuse, Émilie, de se produire devant les cobayes; la première moitié sans presque rien lui dire; la seconde, en lui précisant qu’elle avait composé sa chanson pour son jeune frère décédé du cancer. Après quoi, on leur demandait de noter la prestation sur 10, et combien d’argent les cobayes mettraient sur un disque de la chanteuse. Les résultats risquent de vous surprendre autant que moi.

On s’est inspiré d’un jeu vidéo pour tester le niveau de racisme des cobayes. En décortiquant les résultats par régions, on fait des découvertes pas mal décevantes. Vous risquez de ne pas les aimer. Consolons-nous : les Québécois paraissent mieux que les Hollandais en matière d’intolérance. À l’inverse, certains tests sont d’une grande inutilité même s’ils divertissent. Comme lorsqu’on veut savoir si on lance un dé plus loin pour obtenir un 6. Ou si on risque moins de se faire piquer si on ne se lave pas. Pour celle-ci, 600 maringouins ont été mis à contribution.

Pas besoin d’être abonné à ICI Explora pour voir les premières émissions, puisque la chaîne est débrouillée du 18 décembre au 15 janvier. L’émission est produite par Richard Gohier chez Zone3, le même qui produit Infoman. Mention à Marie-Pier Élie, excellente à l’écran et insistante sur le protocole, pour donner un peu de crédibilité à ces expériences, aussi folles soient-elles. Les cobayes ont aussi été très bien choisis, parmi 1600 demandes. Les femmes prennent-elles plus de mots pour expliquer les règles d’un jeu? Les jurons ont-ils un effet analgésique sur la douleur? Les hommes mentent-ils plus que les femmes? Les questions sont infinies, même qu’on pense déjà à une deuxième saison.

Télé et radio

Team White savoure sa victoire

CHRONIQUE / Team White a créé la surprise dimanche soir en remportant la finale de «Révolution» à TVA. À tous les points de vue. Que ce soit en allant toujours là où on ne les attend pas. Et en faisant mentir les pronostics, qui donnaient Yoherlandy gagnant. Parlez-moi d’une fin imprévisible comme on les aime.

Pour sa dernière, enregistrée il y a deux semaines, l’émission de variétés la plus regardée de l’automne a rallié pas moins de 1267000 téléspectateurs, dont plusieurs qui ne se soupçonnaient pas amateurs de danse avant le début de l’automne. La formule a fait ses preuves, assez pour que l’émission soit de retour pour une deuxième saison en 2019. Avis aux intéressés: on annonce déjà les auditions, dont à Québec du 15 au 17 février.

Alexandre et Katerine Leblanc, frère et sœur qui forment Team White, auront donc ébloui l’auditoire jusqu’au bout, avec leur style propre à eux. Cette victoire, ils ne l’ont pas volée. Le duo n’a pas l’intention de consacrer sa bourse de 100000$ à autre chose qu’à sa passion, la danse. Ils ne devraient pas avoir de mal à recruter de nouveaux élèves, qui commencent aussi jeunes qu’à trois ans, au Studio Shake à Blainville, dont ils sont les propriétaires. «On veut investir là-dedans pour partager notre passion pour la danse avec le plus de gens possible», explique Alex, aussi coach et chorégraphe avec Katerine du groupe Seem So Far, connu des fans de Révolution.

La victoire a été inespérée, mais gagner contre Yoherlandy reste déchirant pour eux. «Ça m’a vraiment beaucoup attristée, parce que je le trouve exceptionnel. Je m’en voulais quasiment», confie Katerine. Alex, qui se console avec le fait que Yohe est tout de même reparti avec 10000$, promet que le duo retravaillera avec ce précieux camarade, sa découverte de Révolution.

Le frère et la sœur confirment que cette synergie entre tous les danseurs était bien réelle. Jamais les styles ne se sont aussi bien mêlés. «Le hip-hop, c’est un monde. Le contemporain, c’en est un autre. Voir tous ces styles se mêler autant nous faisait réaliser qu’on fait tous la même affaire. On a tellement appris de tout le monde.» Habitués aux critiques, l’un et l’autre ont reçu avec beaucoup d’humilité les commentaires des maîtres, Lydia Bouchard, Les Twins et Jean-Marc Généreux, leur donnant raison sur toute la ligne. «Ils étaient très éloquents, extrêmement clairs, mettaient le doigt sur des points précis. Chaque fois, on appliquait leurs correctifs pour nous dépasser», explique Alexandre.

Team White baigne dans la danse depuis toujours. Originaires de Saint-Sauveur, ils ont été inspirés très jeunes par leur mère, qui évolue également dans ce domaine. Pendant que Katerine fréquentait l’École supérieure de ballet du Québec, Alex dansait seul dans son sous-sol. Tout naturellement, ils ont uni leurs forces pour former Team White. Alexandre se réjouit de voir autant de garçons pratiquer la danse aujourd’hui. «À mon époque, j’étais le seul gars de toute mon école secondaire qui dansait. C’était mon surnom, ‘‘le gars qui danse’’. Maintenant, il y en a tout plein», confirme le danseur de 25 ans. De son côté, Katerine, 24 ans, considère que la danse est moins hypersexualisée qu’avant, et que les jeunes filles ont d’autres modèles que ceux qu’elles voient dans les vidéoclips. «Je n’ai jamais embarqué là-dedans. Quand la danse devient genrée, on perd un peu au niveau artistique.» Un des Twins a dit être persuadé qu’elle était un gars à la première participation de Team White, le plus beau compliment qu’on pouvait lui faire, dit-elle.

Le duo est lui-même surpris que le public se soit montré aussi ouvert à son style délibérément étrange. Le choix de camper des araignées à la finale en est un bon exemple, et a donné le moment Révolution le plus démentiel de la saison. «Ça nous a beaucoup donné confiance en notre travail. On ne savait pas comment les gens allaient réagir. Ça nous pousse à être encore plus weird et bizarres!» lance Katerine. Comme quoi le public est moins frileux qu’on le croit.

Sur ICI Radio-Canada Télé, la dernière avant les Fêtes de Tout le monde en parle a attiré 897000 fidèles, alors qu’à V, Occupation double Grèce en a retenu 599000. Il y avait aussi un match entre le Canadien et les Sharks de San Jose, vu par 485000 amateurs à RDS.

Télé et radio

Un «Bye Bye» avec Dodo

CHRONIQUE / Elle a beau avoir dit 100 fois que ce serait son dernier, Dominique Michel sera bel et bien du «Bye Bye 2018», pour une courte apparition, à l'occasion du 50e anniversaire de cette revue humoristique de l'année. Dimanche, Simon Olivier Fecteau a profité de la présence de toute son équipe d'acteurs à «Tout le monde en parle» pour annoncer la bonne nouvelle, en plus de révéler que Marc Labrèche, Véronique Cloutier, Louis Morissette, RBO, Michel Côté, Marc Messier, Pauline Martin, Yves Jacques et René Simard, qui ont tous participé au «Bye Bye» au fil des années, seraient aussi de la partie, le 31 décembre prochain.

Claude Legault, qui participe à son premier Bye Bye, avoue avoir eu peur en s'embarquant dans ce projet. «J'espère qu'ils ne penseront pas qu'ils se sont trompés», s'est-il demandé durant la lecture des textes. Il est conscient qu'il sera forcément comparé à Marc Labrèche, à qui il succède, et qui fera seulement une apparition cette année. «Ben t'es formidable», s'est empressée de dire Anne Dorval à son collègue Claude. On a revu des images du Bye Bye 1988, le premier de L'Écuyer, qui y jouait un policier haïtien avec un accent créole exagéré, en plus de Dodo en Asiatique et Pauline Martin en Arabe, un sketch impossible aujourd'hui. Doit-on absolument aimer la personne qu'on imite? «Si ça a l'air d'un règlement de comptes, ce n'est plus drôle», croit Patrice L'Écuyer. Le Bye Bye est un peu notre Super Bowl de la publicité; le public pourra cette année voter pour sa pub préférée sur le site du Bye Bye de Radio-Canada.

Réjouissant de revoir Jim Corcoran, le plus franco des anglos, à sa première visite sur ce plateau, et à qui je donne mon étoile du match. On a réentendu des bouts de Perdus dans le même décor, Ton amour est trop lourd, C'est pour ça que je t'aime, qui se retrouvent toutes sur un album-compilation – il déteste ce terme –, un élan pour lui donner envie d'écrire de nouvelles chansons. Son père, qui lui reprochait de ne jamais chanter en anglais, lui a servi de modèle quand il a joué le père de Nelligan dans l'opéra du même nom. Celui qui a aussi été moine semi-clôitré de 17 à 20 ans a tout de même fini par écrire une chanson dans sa langue maternelle, Let Me Fall, interprétée par Josh Groban, pour un spectacle du Cirque du Soleil, qui lui a permis de payer son hypothèque. Ce n'est pas par rébellion mais par entêtement qu'il a quitté la maison familiale à 13 ans, son père étant convaincu qu'il reviendrait après deux semaines, ce qui n'est pas arrivé. La carte du fou du roi: «Afin de promouvoir la culture française, je propose que Doug Ford passe une semaine chez Jim Corcoran.»

Débat intéressant et pas complaisant entre deux enseignantes de confession musulmane, l'une voilée, l'autre pas, deux visions diamétralement opposées. Pour Leila Bensalem, enseignante au secondaire, le voile n'est pas qu'un signe religieux, mais un symbole de la montée de l'intégrisme. «Il est temps qu'on légifère», croit cette militante, au sujet de la volonté du gouvernement d'interdire aux employés de l'État en position d'autorité le port de signes religieux. «Une école n'est pas un lieu de culte, c'est un lieu de savoir», ajoute-t-elle, soulignant que le voile est «un  symbole d'asservissement de la femme». Bouchera Chelbi, qui œuvre au primaire, porte le voile depuis trois décennies. «En 10 ans [d'enseignement], je n'ai jamais eu de problèmes», plaide-t-elle. «Ça va donner l'occasion aux personnes qui n'attendent que ça, de pouvoir se montrer hostiles», croit-elle au sujet de la nouvelle loi. Elle se demande comment le premier ministre expliquera aux élèves pourquoi leur enseignante a perdu son emploi.

C'est entre autres pour apprivoiser sa propre colère que Magalie Lépine-Blondeau a voulu jouer Électre de Sophocle, montée à l'Espace Go. «On nous préfère dociles», dit-elle au sujet de la colère féminine, souvent associée à l'hystérie ou à la folie, un fait qu'elle associe à «la façon dont on élève les jeunes filles». Plutôt que d'aller en thérapie, elle a préféré appeler le metteur en scène Serge Denoncourt. Son Électre sera voilée, un choix historique «qui n'a pas de connotation religieuse», précise-t-elle. À l'opposé, elle incarne une danseuse cocaïnomane dans Appelle-moi si tu meurs, la série de Claude Legault pour le Club illico, un rôle qui la sort de sa zone de confort. Grande voyageuse, elle a visité environ 45 pays, mais c'est en Papouasie Nouvelle-Guinée qu'elle s'est sentie le plus dépaysée. Elle n'a pas aimé Manille mais adoré les Philippins.

Le chroniqueur économique Francis Vailles et le professeur de l'Université Laval, Richard Ouellet, ont remis en contexte la nouvelle tuile qui vient de tomber sur Bombardier, avec l'octroi de renouvellement des wagons de Via Rail à Siemens en Californie. Parmi les explications, Siemens fabrique déjà le même type de train et dispose des équipements nécessaires, ce qui réduit forcément les coûts. Sur la C Series, dont la moitié a été cédée à Airbus, Richard Ouellet affirme qu'«il fallait le faire si on voulait sauver la C Series». Même raisonnement pour le nouvel accord de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique, qui n'est «pas un aussi bon accord que l'ALENA», précise M. Ouellet. «On n'a pas le choix d'être en libre-échange avec les États-Unis», conclut-il néanmoins. Francis Vailles ne partage pas l'indignation populaire au sujet des importantes compressions chez Bombardier, malgré l'aide gouvernementale, rappelant que ces subventions ne servent pas à maintenir un plancher d'emplois, mais plutôt à la survie de l'entreprise. «Et en affaires, pour survivre, il faut faire des profits», plaide-t-il.

Toujours émouvant de constater les effets bien réels suscités par le docu-réalité Face à la rue à Moi et cie sur notre regard envers l'itinérance. Dans Face à la rue : que sont-ils devenus?, Jean-Marie Lapointe retrouve quelques personnes rencontrées au fil des tournages, dont Lisette Perron et Roger Perreault, qui l'accompagnaient hier. Quand elle vivait dans la rue, Lisette se prostituait, consommait beaucoup de drogues dures. «Mon seau d'amour était complètement percé, j'ai pas beaucoup connu ça dans mon enfance», dit-elle. Aujourd'hui, elle est parvenue à se rebâtir et à sortir de l'itinérance. «C'est l'amour inconditionnel qu'on m'a donné qui a fait que j'ai fini par croire en moi et que j'ai réussi à sortir de cette chnoute-là.» La série a aussi été un baume sur l'existence de Jean-Marie Lapointe, qui a confié avoir dû demander de l'aide financière il y a quelques années, «proche du BS». «C'est ironique de dire qu'un show sur l'itinérance m'a peut-être empêché d'y glisser moi-même», a affirmé l'animateur, dans cette entrevue qui concluait de belle façon la dernière émission de l'automne de Tout le monde en parle, et qui mérite aussi son gros morceau d'étoile.

Pour commenter, rendez-vous sur ma page Facebook.

Suivez-moi sur Twitter.

Consultez QuiJoueQui.com.

Télévision

Un dernier moment «Révolution»

CHRONIQUE / «Révolution» s’est taillée une place de choix dans le cœur du public, devenant numéro un le dimanche soir avec une moyenne de 1261000 téléspectateurs cet automne à TVA. Bien sûr, c’est moins que «La voix junior», qui en retenait 1889000 l’automne dernier dans la même case horaire, mais c’est tout de même fort louable pour une émission de danse, portée par des maîtres qui ne sont pas forcément connus du grand public.

Aux côtés de l’égérie Sarah-Jeanne Labrosse, des Twins et de Jean-Marc Généreux, la chorégraphe et metteure en scène Lydia Bouchard a constitué, par sa fraîcheur et sa passion contagieuse, une véritable découverte pour bien des téléspectateurs. Dès le départ, on l’a sentie dans son élément, elle qui avait fait somme toute peu de télé par le passé, notamment comme comédienne ou en prenant part à des galas. Lydia Bouchard sort très enthousiaste de l’expérience, qui a permis, selon elle, de démocratiser la danse. «Les gens m’écrivent pour me dire qu’ils ne sont pas d’accord avec telle opinion. Eh bien ça, ça me plaît. Ça veut dire que vous parlez de danse dans votre salon, que vous avez une idée critique par rapport à la danse. On est tous gagnants dans la communauté de la danse de voir cet engouement-là.»

Télé et radio

La fin pour Info, sexe et mensonges

EXCLUSIF / Info, sexe et mensonges, qui devait reprendre l’antenne au printemps sur ICI Radio-Canada Télé, n’aura finalement pas de suite, a appris Le Soleil. Le diffuseur a informé Marc Labrèche que son émission d’éditorial satirique ne serait pas de retour comme prévu, après seulement deux saisons.

Radio-Canada avait été pris un peu de court au printemps en apprenant que Labrèche avait signé un contrat à Télé-Québec pour la nouvelle émission Cette année-là, étant donné qu’Info, sexe et mensonges, produite chez Fair-Play, devait revenir pour 17 nouvelles émissions dès janvier 2019 sur ICI Radio-Canada Télé. Dans les circonstances, on a alors projeté de ramener ISM pour une saison réduite de 10 semaines, mais au printemps, éventualité qui a été abandonnée.

Télé et radio

Véronique Cloutier de retour aux Gémeaux

CHRONIQUE / On se doutait que Jean-Philippe Wauthier ne pouvait pas tout faire. Pour animer son nouveau talk-show quotidien à partir du printemps sur ICI Radio-Canada Télé, il devra laisser tomber des contrats, comme celui de l’animation des Gémeaux. Le diffuseur a donc décidé de ramener Véronique Cloutier, qui avait déjà animé le gala en solo à quatre reprises, de 2008 à 2011, et une fois en coanimation avec Éric Salvail, en 2015.

Le ton de la soirée sera-t-il aussi grinçant qu’au cours des derniers galas? «Le but n’est pas d’installer un malaise à 20h05 et de rester pris avec toute la soirée», répond Véronique Cloutier, qui n’a pas encore commencé à travailler sur le concept. Le prochain gala se déplacera au Théâtre Saint-Denis, pour permettre à un plus grand public d’y assister, une volonté de l’animatrice.

Entre-temps, l’animatrice prépare la spéciale de 90 minutes de La fureur, diffusée le 5 janvier prochain, et qui fera une grande place à la compétition, davantage qu’à des numéros spéciaux. L’émission de variétés 1res fois sera aussi de retour pour une deuxième saison le 17 janvier prochain, sur ICI Radio-Canada Télé.

Z ET L’HUMOUR CORROSIF

RICHARD THERRIEN

TLMEP: un récit prenant et bouleversant

CHRONIQUE / L’information internationale n’a plus l’espace qu’elle mériterait sur notre chaîne publique. Mais dimanche à «Tout le monde en parle», tout le plateau était accroché au récit prenant, bouleversant et essentiel d’Émilie Dubreuil sur les espoirs terriblement déçus des migrants, principalement en provenance du Honduras et du Salvador. De retour du Mexique, la journaliste de Radio-Canada, à qui je décerne l'étoile du match, y a suivi leur caravane en route vers les États-Unis, et son témoignage déchire le coeur.

Ces milliers de migrants en quête d’un monde meilleur se sont unis pour se déplacer en groupe, sachant que ce sont des routes excessivement dangereuses; plusieurs y sont enlevés ou carrément assassinés chaque année. Leur voyage vers les États-Unis n’a rien à voir avec le rêve américain : «ils fuient le désespoir, les menaces de mort, une mafia extrêmement violente», rappelle la journaliste. Le réveil a été brutal une fois rendu à Tijuana, à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, marquée par cet immense mur de métal et ces gardes armés. Dans cet enfer sur terre qu’est Tijuana, Émilie Dubreuil craint que ces migrants, particulièrement les femmes seules et les enfants, soient victimes de la traite des personnes et à la prostitution juvénile. Un bandeau rappelait hier que les Américains ont fermé complètement leur frontière à cet endroit.

Juste à temps pour les Fêtes, Judi Richards et ses filles Sarah et Karine Deschamps proposent Héritage, un album bilingue de reprises, dont Aimons-nous d’Yvon Deschamps, qu’elles ont incluses dans leur spectacle Noël chez les Deschamps. «Un Toulouse 2.0», a lancé Dany Turcotte, rappelant l’ancien trio pop de Judi Richards, récipiendaire du tout premier Félix en 1980. L’expérience de Karine Deschamps à La voix en 2013 lui a laissé un goût plutôt amer. «J’ai reçu beaucoup de messages méchants, et même ma famille en a reçu», a raconté la chanteuse. Ariane Moffatt, qu’elle avait choisie, a aussi été insultée pour s’être retournée. Sarah-Émilie, elle, est directrice de programme pour la fondation Evenko. Seule Annie, qui fait aussi de l’humour, n’était pas sur le plateau.

À la retraite depuis presque 10 ans, Yvon Deschamps se garde occupé, entre ses grilles de Sudoku et ses cours d’espagnol et de piano. Il donne aussi de son temps à une fondation qui porte son nom dans le Centre-Sud, pour venir en aide aux jeunes de ce quartier défavorisé de la métropole. Certains lui ont reproché de s’être associé au Pacte pour la transition, alors qu’il avait acquis la vieille Bentley de Charlie Chaplin. «J’ai 83 ans, j’me pitcherai pas dans l’trafic en bicycle!» a blagué le père des humoristes.

Seul de sa classe à ne pas avoir été approché par un agent après sa sortie du Conservatoire d’art dramatique, Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques a trouvé «la lumière» en humour. L’amoureux de littérature, tiré à quatre épingles et découvert dans Like-moi!, ouvre et ferme son one-man-show, Hélas, ce n’est qu’un spectacle d’humour, en lisant Émile Nelligan. Avant de donner son spectacle en France, il l’a testé auprès des Français de Montréal, «qui sont vraiment gentils». Mais «ceux de Paris ne sont pas si gentils que ça», a-t-il constaté une fois là-bas, où on lui a reproché son accent. Dès l’enfance, il jurait parmi la masse; un enfant qui pouvait parler du Molière d’Ariane Mnouchkine n’était pas forcément accepté des autres. «J’étais pas le caïd, j’ai eu des petits problèmes d’inclusion dans la cour d’école», admet-il. «Si tu me reçois avec de la fondue ou de la raclette, [ça signifie que] je ne suis pas assez important pour une cuisson», dit-il au sujet de ses efforts pour bien paraître.

Rayonnante, Ginette Reno a sauté de joie en recevant un disque d’or pour la vente de 40 000 copies de son 40e album, À jamais, son premier en sept ans. «Je ne suis plus sur la garantie», affirme la chanteuse, qui voit cet album comme son testament. Elle égrène ses problèmes de santé, «diabète, troubles cardiaques, surdité, apnée du sommeil, polypes intestinaux», avec l’énergie d’une battante, sans jamais se plaindre. D’ailleurs, elle reproche aux chanteuses, celles qui «préfèrent jouer au golf», de ne pas chanter à la mesure de leur talent. Un plateau avec Ginette Reno est toujours un plateau plein de vie.

«Votre fierté linguistique est une belle leçon pour nous, les Québécois francophones», a lancé Guy A. au quatuor invité à commenter les récentes décisions de Doug Ford touchant les Franco-Ontariens. La députée conservatrice Amanda Simard a pris position contre son propre parti, «un geste politique courageux», a souligné l’animateur. Elle a rappelé qu’«il n’y a pas d’épargne» dans la décision d’abolir le Commissariat des services en français, pour laquelle le premier ministre ontarien a reculé depuis, du moins en partie. Des quatre, l’avocat en droits linguistiques Ronald Caza était le plus vigoureux, considérant que le choix de Doug Ford envoyait un bien mauvais message, celui qu’il ne vaudrait plus la peine de faire des efforts pour protéger la langue et la culture, un combat de tous les jours pour les Franco-Ontariens. En réaction aux propos de Denise Bombardier sur la quasi disparition des francophones à l’extérieur du Québec, il a affirmé qu’il y avait plus de francophones en Ontario que dans la ville de Québec.

Fort sympathique ce Snails, producteur et DJ, dont la musique électronique fait danser les foules, et qui rêvait d’être invité à Tout le monde en parle. Issu du monde métal, il a créé son propre style, le «vomitstep», un «sous-genre musical». De par son succès international, certains le croient Américain, mais Snails s’appelle Frédéric Durand et vient de Ste-Émélie-de-l’Énergie. Membre votant de l’Académie des Grammy depuis que le duo Skrillex et Diplo l’a  remercié sur scène, il entreprend une longue tournée américaine.

Pour commenter, rendez-vous sur ma page Facebook.

Suivez-moi sur Twitter.

Consultez QuiJoueQui.com.