Le commissaire de l’exposition Correspondances, Robert Bernier, présente une rétrospective de l’oeuvre de Jordi Bonet et d’Huguette Bouchard-Bonet.

Rétrospective de Jordi Bonet: plus que l’homme d’une murale

Le couple formé de Jordi Bonet et d’Huguette Bouchard-Bonet a marqué l’art moderne au Québec. Avec Correspondances, le Centre national d’exposition (CNE) de Jonquière revient sur l’histoire de ces deux artistes qui se sont influencés l’un l’autre et dont on retrouve plusieurs oeuvres dans la région.

Imaginée par le commissaire Robert Bernier, un galeriste établi à Montréal, cette exposition se présente à la fois comme une initiation à l’oeuvre de ces deux créateurs et comme un approfondissement de leur parcours artistique. On y voit des oeuvres de toutes les périodes de leur carrière, de leur rencontre dans les années 50, à la mort de Jordi Bonet en 1979.

Jordi Bonet était un sculpteur qui a réalisé beaucoup d’oeuvres d’art publiques.

Jordi Bonet, faut-il le rappeler, est connu auprès du grand public québécois pour la création de la murale du Grand Théâtre de Québec. L’oeuvre colossale de plus de 1000 mètres carrés, dévoilée en 1971, avait fait scandale en raison d’une phrase empruntée au poète Claude Péloquin, et qui disait « Vous êtes pas écoeurés de mourir, bande de caves ! ».

Mais de résumer cette oeuvre phare à ces quelques mots est réducteur, pense M. Bernier. « Une phrase ne fait pas l’oeuvre. Dans cette murale-là, vous avez toutes les préoccupations de Jordi Bonet. Ça survient aux deux tiers de sa vie et de sa carrière. »

Huguette Bouchard-Bonet s’inspirait de ses rêves pour créer ses oeuvres.

« L’exposition qui est présentée [au CNE] aurait pu s’appeler Autour de la murale, poursuit M. Bernier. Dans l’oeuvre de Jordi Bonet, vous avez la mort, vous avez la vie, vous avez la sexualité, vous avez la politique. On est dans la période du Québec qui est la plus importante dans sa revendication identitaire, et ça transparait ».

En parallèle

Dans la salle du CNE, les oeuvres des deux artistes sont mises en parallèle. On entre d’abord dans l’espace consacré à Jordi Bonet, qui était d’origine catalane. On y montre ses sculptures et ses peintures. Au fond de la salle, les créations d’Huguette Bouchard-Bonet sont tout en contraste avec celles de son partenaire.

La sexualité était un des thèmes de prédilection de Jordi Bonet.

Le style souvent géométrique de Jordi Bonet n’a rien à voir avec les personnages et les histoires d’Huguette Bouchard-Bonet. Leur point de rencontre était dans l’utilisation des matériaux.

« Jordi était le plus technicien des deux. C’est lui qui connaissait le mieux les matériaux. Jordi a poussé Huguette à faire des prouesses techniques », résume le commissaire.

Jordi Bonet est surtout connu pour la murale du Grand Théâtre de Québec, qu’il a conçue entre 1969 et 1971.

« L’histoire d’amour entre Jordi et Huguette ce n’est pas une histoire d’amour comme on en voit dans la rumeur populaire, ajoute Robert Bernier. [...] Huguette fait de la céramique d’une façon très très différente de celle de Jordi, plus narrativement. Huguette raconte une histoire. Elle m’a dit avant sa mort que toutes ses oeuvres étaient issues d’un rêve. »

Robert Bernier a choisi le titre Correspondances pour ses multiples significations. Le commissaire voit des liens significatifs entre l’oeuvre des Bonet-Bouchard et notre époque, notre identité. Le terme fait aussi référence à la relation entre les deux sculpteurs.

Correspondances est présenté jusqu’au 12 avril prochain.