Dans ce tableau, les membres de la troupe Québec Issime recréent un numéro de la famille Carter, l’une des figures marquantes de l’histoire de la musique country.

Retour réussi pour Cowboys de la troupe Québec Issime

Créée dans le plaisir ou la douleur, trouvant sa source dans la tradition populaire, le folk et le rock, voire l’univers de la pop, la musique country est sortie depuis longtemps du garde-robe. Même au Québec, on ne boude plus ses têtes d’affiche, considérées comme des artistes à part entière. Le chemin vers la reconnaissance fut cependant long et pour en prendre la pleine mesure, il suffit d’assister au spectacle Cowboys, de Willie à Dolly, produit par la troupe Québec Issime.

Présenté au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi jusqu’au 3 août, avec la complicité de Diffusion Saguenay, il étend ses ailes sur le Québec et les États-Unis, raconte une histoire dont l’origine remonte à 1926. Après un numéro dynamique où le new country est à l’honneur, en effet, les interprètes ramènent le public au temps de la famille Carter. Trois femmes personnifiées par Catherine Martin, de même que les soeurs Karine et Caroline Riverin, chantent Can The Circle Be Unbroken.

Les costumes sont aussi réalistes que les coiffures et surtout, les voix possèdent cet accent rétro qu’on s’attend à retrouver à l’écoute d’un 78 tours. Il manque juste les craquements. Un homme enchaîne avec You Are My Sunshine et mercredi, soir de la première, 550 paires de mains ont spontanément battu la mesure pour l’accompagner. Tel est le pouvoir d’un classique du country.

Pendant un peu plus de deux heures, il en sera ainsi. Les tableaux, consacrés à un genre ou à une époque significatifs, se succéderont, souvent très différents dans leur facture, mais la réaction demeurera la même. Les extraits ont beau être courts, parfois moins d’une minute, ça ne change rien à l’affaire. Une pincée de Jambalaya offerte par Philippe Berghella, Dominique Godin réveillant le fantôme de Johnny Cash sur Ring Of Fire, et le sentiment de gratification est immédiat.

Pendant le numéro d’ouverture, les artisans de Cowboys, de Willie à Dolly proclament leur amour de la musique country.

La formule consistant à présenter des extraits, jamais la pièce au complet, permet d’explorer un thème sous toutes ses coutures. Le prix à payer réside dans les innombrables changements de costumes imposés aux chanteurs, sans parler des interprétations elles-mêmes. Comment font-ils pour entrer dans l’univers d’un artiste, évoquer sa manière de chanter, autant que sa gestuelle, et répéter l’exercice à un rythme aussi étourdissant ? En athlétisme, on soupçonnerait le recours à des substances illicites.

Or, le public aussi doit se montrer alerte. Il y a tant à voir, tellement de détails à savourer, comme dans le tableau consacré aux jumelages. D’un côté, la version originale, en anglais. De l’autre, l’adaptation par des artistes québécois. Si vous levez les yeux au-dessus de la scène, examinez les 45 tours correspondant aux compositions exécutées en tandem. Vous verrez tourner quelques antiquités : un disque de l’étiquette Canusa, un autre arborant le sigle de la compagnie K-Tel.

Ce qui est bien, aussi, c’est l’ouverture d’esprit affichée par les gens de Québec Issime. S’agissant du country québécois, par exemple, ils ont intégré le Soldat Lebrun, Paul Brunelle et Roger Miron, sans toutefois oublier que des artistes provenant du champ gauche ont également apporté une contribution. Parmi eux, notons le ténébreux Steve Faulkner, représenté avec des verres fumés pendant l’interprétation de Si j’avais un char, en plus de Richard Desjardins avec Quand j’aime une fois, j’aime pour toujours.

Une autre bonne idée fut de regrouper des voix des Maritimes, y compris celle de Cayouche, dont Philippe Berghella a repris quelques lignes à côté d’une caisse d’Alpine, la marque de bière préférée du joyeux barbu. Ajoutons que Berghella et Dominique Godin, ainsi que le troisième larron, Yanick Lanthier, affichent un réel talent pour la danse. Malgré la nervosité propre à un soir de première, leur plaisir est manifeste, surtout dans le dernier tableau, où des éléments comiques ont égayé leurs chorégraphies.

Caroline Riverin et Philippe Berghella offrent des interprétations allumées dans Cowboys, de Willie à Dolly.

Un mot, enfin, à propos du lieu où Cowboys vient d’emménager. On aurait pu craindre que cette production se sente gênée aux entournures, puisque le Théâtre Banque Nationale ne dégage pas la même chaleur que le Théâtre Palace Arvida. Or, il suffit de quelques minutes pour dissiper toute équivoque. Le décor suggérant une grange, de même que les costumes et les chansons, font oublier la facture moderne de la salle. Ces jours-ci, elle est habitée par l’esprit du Ranch à Willie, autant que par l’Esprit du Fjord.