L’écrivaine Louise Chevrier était de passage à Saguenay pour la promotion de son dernier roman historique.

Retour aux sources pour Louise Chevrier

Il y a toujours un fond de vérité dans une fiction. Pour l’auteure et historienne Louise Chevrier, le passé est une grande source d’inspiration. Mais pour sa plus récente série historique, La quête d’Alice Gagnon, c’est dans sa généalogie que la romancière a puisé. Et son héroïne, qui évolue entre l’Anse-aux-Foins et Chicoutimi au 20e siècle, n’est nul autre que sa grand-mère. Le Progrès a reçu l’auteure dans ses locaux le temps d’un entretien.

C’est accompagnée d’une photo d’époque à la main, représentant quatre générations de femmes (de son arrière grand-mère à elle-même), que Louise Chevrier vient présenter sa dernière publication. Le cliché fut immortalisé à l’hôtel Champlain de la rue Labrecque à Chicoutimi. De l’aveu de celle qui a grandi au Saguenay, sa grand-mère Alice-Lauretta Gagnon était un bon filon avec ses traits forts: une femme déterminée et entêtée, évoluant dans un monde d’hommes. Sous la suggestion de sa maison d’édition (Hurtubise), la dramaturge derrière la populaire série Les chroniques de Chambly, écoulée à 15 000 exemplaires, a exploité le filon de sa descendance, ouvrant une véritable boîte de Pandore.

À travers des photos retrouvées dans un fonds de la Société d’histoire régionale et de fiches portant sur sa famille de la Société de généalogie du Saguenay, Louise Chevrier a constaté qu’une intrigue était à construire. 

« Je suis une passionnée de la recherche, et ma formation d’historienne m’a un peu obligée à dresser ma généalogie. Je suis tombée sur un contenu étonnamment riche, qui confirmait les récits que m’ont livrés les oncles et tantes que j’ai rencontrés. Ces témoignages, parfois surréalistes, car ils racontent des histoires d’un autre temps, se vérifient cependant avec les archives que j’ai consultées. À cet égard, l’histoire est très bien conservée au Saguenay-Lac-Saint-Jean, probablement parce qu’il y a beaucoup d’historiens au kilomètre carré » affirme celle qui compte justement dans son cercle familial l’historien et muséologue Gaston Gagnon. 

C’est justement chez les Gagnon de l’Anse-aux-Foins que s’ouvre le roman, dans une ferme typiquement saguenéenne, avec sa hiérarchie familiale, ses besognes à accomplir et les inévitables commérages. À une exception près: l‘aînée de la famille, Alice-Lauretta, ne s’en laisse pas imposer. À débuter par ce deuxième prénom qu’elle trouve ridicule et qu’elle n’endosse pas; ce sera d’ailleurs l’occasion pour la demoiselle née en 1901 de fouiller son passé et de comprendre que son premier prénom provient de sa tante décédée, Alicia Gagnon. La filiation s’imposait pourtant d’elle-même: deux filles que les années ont séparées, mais que les traits de caractère rassemblent. Car l’héroïne du roman de Chevrier sait ce qu’elle veut: fréquenter l’école et demeurer en ville, dans la belle capitale du Royaume de Saguenay. Mais la réalité est tout autre, et ses parents ont vite fait de lui rappeler. 

Les rebondissements, narrés dans une langue bien maîtrisée et remplie de régionalismes, se succèdent au cours de ce premier tome et les thématiques de l’époque (l’omniprésence du clergé, l’industrie naissante de la pulpe, puis de l’aluminium) sont rendues avec une vraisemblance qui propulse le lecteur dans le Saguenay d’antan. 

« Le roman historique permet de la liberté dans l’histoire, sans trahir cette dernière. C’est avec les bribes du passé et le contexte historique que je construis mes romans », renchérit celle qui a réalisé à l’époque l’ensemble de ses travaux collégiaux sur l’histoire de la région. 

La suite de La quête d’Alice Gagnon est déjà en cours de rédaction et devrait vraisemblablement paraître en 2019. L’auteure laisse entendre que ce deuxième tome, qui mise une fois de plus sur le destin de la jeune Gagnon de Saint-Fulgence, se déroulera dans le Chicoutimi de l’époque, de l’entre-deux-guerres jusqu’en 1945. Le rôle de la femme en général, particulièrement dans le paraître, sera encore ciblé à travers le personnage d’Alice Gagnon. 

Le premier tome Une fille de Chicoutimi de la série La quête d’Alice Gagnon.

Des femmes peu ordinaires

Ce n’est pas pour rien que La quête d’Alice Gagnon s’ouvre sur une citation en exergue du roman Maria Chapdelaine. Si l’héroïne de Louis Hémon est tentée par la grande ville, mais fait le choix de rester en campagne, la protagoniste de Louise Chevrier, elle, met le cap sur la « reine du Royaume » de Saguenay, Chicoutimi. Et elle a de plus grandes ambitions d’urbanité, lorgnant la métropole québécoise. Questionnée sur la place qu’occupe la femme dans son oeuvre, Louise Chevrier met l’accent sur le caractère de bâtisseuses de ces femmes ordinaires. 

« Elles ont aussi construit la région, dans l’ombre. C’est un peu ce que je raconte dans mon récit; la modernité qui libère la femme. Ce sont des porteuses de flambeau, discrètes, qui néanmoins marquent leur époque. Souvent, le mariage scellait leur destinée, justement ce que tente d’influencer Alice Gagnon en s’entremettant avec un homme appelé à voyager », souligne l’auteure. Elle avait aussi placé sous les projecteurs nombre de mariages dans sa trilogie Les chroniques de Chambly.