Le chef Jean-Philippe Tremblay se réjouit de l’entente conclue avec l’étiquette Chandos, laquelle mènera à l’enregistrement d’une symphonie composée par Airat Ichmuratov, l’été prochain.

Retour au disque pour l'Orchestre de la Francophonie

L’Orchestre de la Francophonie (OF) reviendra au disque par la grande porte, annonce l’un de ses fondateurs, le chef d’orchestre Jean-Philippe Tremblay. Après quelques années tranquilles de ce côté, hormis une poignée d’enregistrements maison, la formation réunissant de jeunes musiciens provenant du Canada et de différents pays amorce une collaboration avec la prestigieuse étiquette Chandos.

Établie en Angleterre, elle compte parmi ses têtes d’affiche le pianiste Louis Lortie. Or, même si celui-ci connaît bien l’OF, avec lequel il a donné des formations et des concerts, dont un qui a été présenté à Chicoutimi, c’est par le truchement d’une autre personne, le propriétaire lui-même, que la porte s’est ouverte. Un premier projet se matérialisera l’été prochain, à la faveur de séances tenues à l’église Saint-Eustache, un lieu qu’affectionnait l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) au temps de Charles Dutoit.

«Nous enregistrerons une symphonie écrite par Airat Ichmouratov, en vue d’un album qui sortira en 2020. Ce sera super de faire ça dans cette église, dont l’acoustique est remarquable, surtout que nous avons obtenu des documents qui ont été gentiment prêtés par l’OSM. Ils mentionnent à quel endroit on doit s’installer pour obtenir un son optimal», a raconté Jean-Philippe Tremblay au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Il est heureux pour l’OF, et aussi pour son camarade, également connu pour son travail au sein de Kleztory, qui fait dans le klezmer. Pour le 15e anniversaire de l’orchestre, il avait soumis une pièce intitulée Ouverture Jeunesse, étrennée au Domaine Forget. «Même si nous venions de présenter Le Boléro de Ravel, le public s’était levé d’un coup à la fin de sa composition», se souvient le maestro originaire du Saguenay.

Un bonheur n’arrivant jamais seul, le propriétaire de Chandos caresse d’autres projets pour l’OF. «Il a aimé l’album Trahisons, que nous avions fait pour Analekta, et veut que nous abordions l’oeuvre de compositeurs français méconnus, révèle Jean-Philippe Tremblay. Il y a des choses extraordinaires qui gagnent à être diffusées, des pièces écrites par Florent Schmitt et Albéric Magnard, entre autres.»

Un été chargé

Enregistrer des disques, c’est bien, mais le coeur des activités de l’OF tient à ses activités de formation, de même qu’aux concerts. Ce sera toujours le cas en 2019, alors que les musiciens sélectionnés dans les prochaines semaines vivront des expériences qui les aideront à négocier la transition entre la période consacrée aux apprentissages et à la vie professionnelle.

Sur scène, ils retrouveront des lieux familiers, notamment le Centre national des arts d’Ottawa, ainsi que le Domaine Forget, dans la région de Charlevoix. S’y ajouteront des escales à Sainte-Agathe-des-Monts – ce qui constituera une première – de même qu’à la Maison symphonique de Montréal. Les membres de la formation, dont la moitié sont Canadiens, en profiteront pour interpréter la version concert de West Side Story, le chef-d’oeuvre de Leonard Bernstein, en plus de la 8e Symphonie de Bruckner.

En août, par ailleurs, on pourra les entendre à la SAT, toujours à Montréal. Des concertos créés par quatre jeunes compositeurs figureront au programme. «Nous retournerons également au Garage à musique. Nos musiciens parrainent des jeunes qui assistent à nos répétitions. Ils ont aussi été coachés par des travailleurs sociaux, puisque c’est une dimension du métier avec laquelle ils doivent être familiers», affirme Jean-Philippe Tremblay.

La cuvée 2019 n’ira pas jouer en Corée du Sud, cependant, contrairement à celle de l’an dernier. Ses membres avaient participé au Festival international de Busan, une expérience qui a tellement plu au comité organisateur qu’il accueillera de nouveau l’OF à l’automne 2020.

«Moi-même, je n’avais jamais travaillé dans ce pays. C’était super le fun, et j’ai été invité à diriger l’Orchestre symphonique de Séoul pendant la saison 2020-2021», se réjouit le maestro.

+

LES CONTES D'HOFFMAN À L'AFFICHE EN 2020

À l’avant-dernière page du programme de La Traviata, la Société d’art lyrique du Royaume a confirmé que le prochain opéra monté au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi serait Les contes d’Hoffmann. L’oeuvre signée Jacques Offenbach sera présentée du 6 au 9 février 2020, une perspective qui sourit au chef d’orchestre Jean-Philippe Tremblay.

C’est celui qui lui a succédé au poste de directeur artistique, Dominic Boulianne, qui lui a annoncé la nouvelle, il y a deux ou trois semaines. «J’étais content, puisque c’était l’un de mes désirs les plus chers. Il y a toujours un grain de génie dans les opérettes d’Offenbach, à travers leur côté frivole. Dans cet opéra, la musique est magnifique. C’est touchant. Du grand lyrisme», décrit le maestro.

La version livrée à Chicoutimi mettra en vedette le ténor Steeve Michaud dans le rôle d’Hoffmann, tandis que la soprano Caroline Bleau prêtera sa voix aux personnages de Guilietta, d’Antonia et d’Olympia. Jean-Philippe Tremblay l’abordera avec un surcroît d’enthousiasme résultant du succès artistique et commercial de La Traviata. Comme tous les mélomanes, lui aussi a été soufflé par l’interprétation de la soprano Stéphanie Lessard, qui a offert une Violetta d’anthologie.

L’un des moments qui l’ont touché est survenu dans le dernier acte, alors que la jeune femme s’apprête à rendre l’âme dans un appartement parisien. «Pendant de longues minutes, il n’y avait que Violetta et l’orchestre que je dirigeais. C’était notre fun à deux, un événement rare, où le chef est seul avec l’héroïne. Ça m’a ému», reconnaît le maestro.

Il rappelle que Stéphanie Lessard avait déjà chanté à Chicoutimi, assumant le rôle de Micaëla dans Carmen. Elle a également travaillé aux côtés de l’Orchestre de la Francophonie, à l’été 2018. Violetta constituait pour elle une prise de rôle, ce qui était aussi le cas du chef d’orchestre. «Il s’agissait de mon premier opéra de Verdi, une oeuvre dont j’apprécie le caractère intimiste», fait-il observer.

Les semaines passées à Chicoutimi, au cours de la mise en place de La Traviata, lui ont permis de mesurer l’intérêt que suscite l’opéra dans la région, ainsi que la bonne santé de la Société d’art lyrique du Royaume. Dans son esprit, l’heure approche où on pourra mettre deux oeuvres au programme, une à l’automne et l’autre au coeur de l’hiver. «Il suffirait d’ajouter un gala pour récolter des fonds. La demande est là», estime Jean-Philippe Tremblay.