Voici une partie de la fresque du Théâtre Palace Arvida, l’un de ses éléments décoratifs les plus intéressants.

Restaurer, mais pas à moitié

CHRONIQUE / L’annonce effectuée mercredi, voulant que le Théâtre Palace Arvida serait rénové au coût de 1,6 million $, constitue une excellente nouvelle. En plus de posséder un charme unique, cette salle gérée par Diffusion Saguenay permet d’accueillir des spectacles dont le pouvoir d’attraction se situe à mi-chemin entre les espaces intimistes comme le Côté-Cour de Jonquière et une salle intermédiaire comme le Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi.

Les 400 sièges que renfermait le Théâtre Palace Arvida au moment de sa fermeture inopinée, il y a quatre ans, le situent dans la même fourchette que la salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière. Celle-ci ayant pour vocation première d’accueillir des spectacles de théâtre, il est impossible d’y présenter toutes les productions qui s’y sentiraient à leur aise. C’est pour cette raison que plusieurs ont abouti au Théâtre Banque Nationale, où certaines peinaient à remplir ne serait-ce que le parterre.

Il est aussi normal qu’une part des spectacles proposés par des diffuseurs reconnus prennent l’affiche à Arvida, une communauté populeuse qui a l’avantage de se trouver au coeur du Saguenay. Il aurait été dommage qu’à l’approche du centenaire de sa fondation – c’est dans huit ans à peine –, elle soit privée du rayonnement que génère la venue d’artistes de renom.

Préserver la fresque
Rien n’est parfait, cependant. Quelques lignes à la fin d’un article publié jeudi dans Le Quotidien, sous la plume de la consoeur Mélyssa Gagnon, suscitent une réelle inquiétude. Elle cite le nouveau président de Diffusion Saguenay, Phil Desgagné, à propos de la fresque peinte à même le plafond de bois lors de la construction de la salle en 1927. «Tous les efforts seront déployés pour la conserver. Sinon, il pourrait être question de la reproduire», a écrit la journaliste.

Il y a juste au Québec qu’on peut envisager une telle chose en 2018, ce Québec dont la devise est «Je me souviens». Après avoir détruit de précieux bâtiments comme le Théâtre Capitole de Chicoutimi, laissé faire les vandales qui, en toute légalité, ont dépouillé maintes églises de leurs attributs pour faire moderne, on devrait avoir compris deux ou trois choses au sujet du patrimoine.

Quand on préserve un trésor comme le Théâtre Palace, on ne le fait pas à moitié. On ne choisit pas entre le plafond, la façade ou le guichet, juste pour rentrer dans le budget. C’est aussi bête que si on nettoyait seulement la moitié des pierres du parlement de Québec en espérant que personne ne s’en aperçoive. Agir ainsi relève d’une culture de l’à-peu-près qui n’est pas digne du coeur historique d’Arvida.

Rappelons qu’en Europe, après la Deuxième Guerre mondiale, ils ont restauré des bâtiments autrement plus endommagés, à une époque où la technologie était moins avancée, et ils l’ont fait comme du monde. C’est pour cette raison que les touristes affluent à Dresde et à Varsovie, qu’on peut admirer la cathédrale de Berlin comme si le 20e siècle avait été un long fleuve tranquille.

Pourquoi serions-nous trop bêtes – ou trop «cheap» – pour accorder le même traitement au Théâtre Palace?