L’artiste Jean-Philippe Cayouette a fait une résidence de deux mois à New York, «l’expérience d’une vie», dit-il.

Résidence à New York: une expérience marquante pour Jean-Philippe Cayouette

Le grave accident de la route qui a privé l’artiste Jean-Philippe Cayouette de l’usage de ses jambes n’est pas, selon ses dires, l’événement le plus marquant de sa vie. Le tournant, dans son existence, a été la résidence de deux mois qu’il a effectuée cet automne dans une galerie new-yorkaise.

Jean-Philippe Cayouette est le premier de ceux que l’on nomme les street artists à recevoir une bourse pour un projet international du Conseil des arts du Canada. L’artiste saguenéen a été sélectionné pour développer son expertise dans les imprimantes en trois dimensions et sur les oeuvres en réalité augmentée.

Il lui aura cependant fallu être persévérant pour y arriver. L’histoire a commencé quand l’artiste qui se spécialise dans le graffiti sur toile a répondu à un appel de projets, lancé par la galerie Con Artist Collective, il y a bientôt deux ans.

« Sur mon compte Instagram, je suis des galeries et d’autres graffiteurs. J’avais vu une publication pour des résidences. Je me suis inscrit sans avoir d’attentes », résume Jean-Philippe Cayouette, qui possède déjà un bon curriculum vitae.

Sa proposition a été acceptée à l’automne 2017, à sa plus grande surprise. « Ma première réaction a été de dire : ‘‘Je capote. Je vais à New York.’’ »

Mais il s’est rapidement aperçu que cette aventure risquait de lui coûter les yeux de la tête, d’autant plus que son handicap compliquait la situation pour un logement. Un appartement peut facilement coûter jusqu’à 4000 $ par mois. À ce moment, Jean-Philippe Cayouette a cru devoir décliner cette offre qui n’arrive qu’une fois dans une vie.

Mais, finalement, le directeur de la galerie new-yorkaise a tellement été impressionné par le travail de Cayouette qu’il a prolongé l’invitation.

« Il m’a dit : ‘‘Prends ton temps’’. Tu viendras quand tu auras trouvé l’argent », se rappelle le graffiteur.

Projet novateur

C’est le Conseil des arts du Canada qui est venu à son secours. Il a reçu une subvention de 16 000 $ pour mettre son projet en branle et aller rayonner à l’international.

En septembre, Jean-Philippe Cayouette a fait ses bagages et s’est donc rendu aux États-Unis pour faire sa résidence. Il a développé son expertise dans ce qu’il croit être un des plus grands courants à venir dans le monde de l’art, la réalité augmentée.

« Je peux te vendre une toile et la mettre en réalité augmentée. Il y a une application qui est sortie. Il y a une job à faire, mais tu prends ton oeuvre en photo et, après, tu peux l’animer » dit-il, en comparant ce principe au jeu Pokemon GO qu’on retrouve sur les téléphones intelligents.

S’il n’a pas encore acquis toutes les connaissances pour faire de la réalité augmentée, il est revenu de New York complètement enthousiasmé d’avoir travaillé sur une oeuvre interactive.

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DE BONNES AFFAIRES À VENIR

Si Jean-Philippe Cayouette vend ses toiles par l’intermédiaire d’Internet, qu’il peint avec ses bonbonnes de peinture dans sa maison de Rivière-du-Moulin, l’artiste graffiteur a compris l’importance de se faire voir en allant montrer son travail dans la Grosse Pomme.

« L’endroit où tu te trouves, c’est primordial, surtout dans l’aspect de la vente directe. Je peux vendre sur Internet, mais à New York, quelqu’un peut entrer et repartir avec 3000 $ de toiles », lance-t-il.

Ce premier voyage à New York n’a pas nécessairement été rentable monétairement. Jean-Philippe Cayouette n’avait pas le visa adéquat pour vendre ses oeuvres lors de sa résidence. Les contacts professionnels qu’il a établis laissent cependant présager le meilleur pour le futur.

« Les toiles que j’ai créées là-bas sont encore à New York. Elles ont été vendues à la galerie, qui me représente commercialement maintenant », explique-t-il, avant d’ajouter que le prix qu’il peut demander dans la ville qui ne dort jamais est de plusieurs fois supérieur à celui qu’il exige au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Remarqué

À la fin, si les retombées monétaires viendront certainement, Jean-Philippe Cayouette s’est fait un nom dans un des marchés les plus compétitifs du monde. « J’ai été remarqué. Je travaille présentement sur un projet pour aller dans une galerie à SoHo (quartier new-yorkais), à la suite de ma résidence. »

« New York, c’est la place, termine-t-il. Quand tu t’exportes, tu affrontes le monde et tu vas jouer dans les ligues majeures. »