La Société d’art lyrique du Royaume avait eu le temps de présenter Les Contes d’Hoffmann, le spectacle le plus ambitieux de sa programmation, lorsque la crise sanitaire a obligé tout un chacun à se repositionner.
La Société d’art lyrique du Royaume avait eu le temps de présenter Les Contes d’Hoffmann, le spectacle le plus ambitieux de sa programmation, lorsque la crise sanitaire a obligé tout un chacun à se repositionner.

Reporter La Bohème pour préserver l’avenir

Ce n’est pas de gaieté de coeur que la Société d’art lyrique du Royaume (SALR) a fermé les livres sur la plupart de ses activités prévues d’ici l’été 2021. Justifiée par la pandémie, cette décision annoncée récemment fut d’autant plus déchirante que cet organisme allait célébrer le 50e anniversaire de sa première production.

Un opéra mettant en vedette Marie-Josée Lord et Marc Hervieux, rien de moins que La Bohème, devait être présenté du 28 au 31 janvier 2021. Du bonbon pour les mélomanes, qui avaient bien réagi à cette annonce. On anticipait de belles salles au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, hôte de ce spectacle.

«Ça crée une déception. Le public attendait ça», a reconnu la directrice générale Nadia Rochefort, au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Elle ajoute que la mise en scène devait être assurée par Étienne Cousineau. Celui-ci avait accepté de reprendre du service pour une deuxième année consécutive, après avoir été aux commandes des Contes d’Hoffmann.

Lui et d’autres membres de l’équipe s’apprêtaient à dessiner les contours de la nouvelle production lorsque le conseil d’administration a pris la décision que l’on connaît. Le moment était venu de cogiter à propos des décors et des costumes, de recruter les personnes ayant pour mission de les concevoir. Il fallait également trouver les partitions que les membres du choeur allaient apprivoiser pendant la belle saison, en attendant de se revoir à la rentrée.

Nadia Rochefort, directrice générale de la Société d’art lyrique du Royaume

«Nous étions à la veille d’engager des frais. La situation était délicate, mais il fallait préserver l’avenir afin d’être encore là quand viendra le temps de préparer la relance. Nous n’avions pas le choix d’être stratégiques, rationnels, et ça passait par le report de cette activité, de même qu’une réduction de la main-d’oeuvre. Grâce à ces mesures, on va être corrects», assure Nadia Rochefort.

Le seul point d’interrogation porte sur la distribution, notamment les têtes d’affiche. On a demandé à Marc Hervieux et Marie-Josée Lord s’ils allaient être disponibles en 2022, mais il était trop tôt pour que ceux-ci puissent s’engager formellement. La même situation prévaut en ce qui touche Étienne Cousineau.

Calendrier favorable

Pour revenir aux finances, le calendrier a joué en faveur de la SALR. Elle avait eu le temps de présenter Les Contes d’Hoffmann, le spectacle le plus ambitieux de sa programmation, lorsque la crise sanitaire a obligé tout un chacun à se repositionner. Avantage supplémentaire: une bonne partie du déficit généré par cet opéra sera éliminée en raison de la fin prématurée des activités.

Deux concerts devaient être présentés cet été, en effet, à La Pulperie de Chicoutimi. Offerts gratuitement dans le cadre de la série Les Destinations lyriques, ils auraient permis de découvrir Les Belles-Soeurs, une formation de Québec, ainsi que le trio Libertango. Outre le violoncelliste Dominique Painchaud, celui-ci comprend deux personnages familiers, soit le pianiste Dominic Boulianne, directeur artistique de la SALR, et la chanteuse Caroline Bleau, qui a brillé dans Les Contes d’Hoffmann.

Les frais entraînés par ces activités dépassant les dons qui auraient été recueillis dans la salle, leur annulation donnera un peu d’oxygène à l’organisme sans but lucratif. C’est d’autant plus vrai que cette année, il ne pouvait compter sur l’appui de la Ville de Saguenay pour présenter Les Destinations lyriques. Néanmoins, la possibilité d’un retour en 2021, avec les mêmes artistes, n’est pas écartée.

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DEUX PROJETS SUR LES RAILS

Deux projets de la Société d’art lyrique du Royaume (SALR) pourraient se concrétiser au moment prévu par la direction, en débit de la pandémie. Il s’agit du gala destiné à souligner les 50 ans de cette organisation, ainsi que du spectacle pour enfants L’Aventure gourmande de Hansel et Gretel.

Cette production chapeautée par les Jeunesses musicales du Canada a attiré 1200 jeunes, l’an dernier, lors de représentations scolaires tenues à l’École secondaire Charles-Gravel de Chicoutimi-Nord. Compte tenu de la réponse qu’elle a suscitée, une deuxième visite a été planifiée. Cette fois, c’est au Théâtre Banque Nationale que seront conviés les étudiants du primaire, les 10, 11 et 12 novembre.

«C’est du bonbon, cette production. Elle est adaptée aux jeunes et nous croyons encore que ça pourrait marcher cet automne. Si, en septembre, nous avons le O.K. du gouvernement en ce qui touche la tenue de spectacles dans les salles, nous allons foncer. Nous effectuerons alors une tournée des écoles pour en faire la promotion», mentionne la directrice générale de la SALR, Nadia Rochefort.

Ce projet lui tient tant à coeur qu’elle est prête à le déplacer en janvier ou février, si nécessaire. Il reste à voir dans quel contexte évoluera le réseau scolaire dans les prochains mois. Si le passé nous a enseigné quelque chose, c’est de ne rien tenir pour acquis.

En ce qui touche le gala, il est toujours prévu pour le 19 août 2021, au Théâtre Banque Nationale. On a maintenu cette date en espérant qu’il sera alors possible de se rassembler. Le cas échéant, des artistes de haut vol feront un détour à Chicoutimi pour rendre hommage à la maison d’opéra la plus réputée de la province, après celles de Montréal et de Québec.

«Les contacts sont établis par notre directeur artistique, Dominic Boulianne. L’idée, c’est de réunir les gens de la région qui ont de grandes carrières. Nous en profiterons également pour accorder une place de choix à notre choeur. Ses membres l’apprécieront, compte tenu du fait que nous ne présenterons pas un opéra cette année-là», fait observer Nadia Rochefort.