Rentrée réussie pour Orloge Simard

Vendredi soir à La Baie. Un Vieux Théâtre où, Dieu sait comment, 650 personnes sont parvenues à trouver leur espace vital. Ajoutez Orloge Simard qui lançait un album digne de son prédécesseur, bien que différent, et vous aviez tous les ingrédients pour enrichir votre banque de souvenirs. À condition, bien sûr, de ne pas avoir abusé des shooters, ces grands faiseurs de trous de mémoire.

Trois années s’étaient écoulées depuis qu’au même endroit, le groupe saguenéen avait étrenné le répertoire de Beuvez Tousjours Ne mourez jamais. Depuis ce temps, il a beaucoup tourné, de plus en plus loin et devant des foules de plus en plus imposantes. Le défi, désormais, consistait à assurer la suite des choses et ça commençait par les retrouvailles avec les premiers fans, les plus fidèles, les plus ardents, ceux qui ont le coeur bleu.
Rien que de les entendre hurler «Orloge! Orloge!» un peu après 21h, dans une enceinte pleine au bouchon, fut suffisant pour sauter aux conclusions. La ferveur est toujours là, ainsi que l’ont confirmé les cris et les bras tendus qui ont salué l’arrivée de la formation sur scène, appuyée par une section de cuivres. Elle n’a jamais cessé de tourner, mais manifestement, le public s’en était ennuyé.

Comme la dernière fois, Orloge Simard a ouvert avec l’interprétation intégrale du nouvel opus, À chacun son Waterloo, en livrant les chansons dans le même ordre. Dès la première pièce, La fabuleuse histoire de Roxan Puppetville, on a pu apprécier la contribution des cuivres. Il se moulaient bien aux accents rock de la musique, dans laquelle on a perçu une touche prog.

L’ironie, elle, est apparue avec les titres suivants, Olivier et Seuls contre tous. L’Olivier en question, c’est le chanteur, très à l’aise avec ce portrait peu flatteur d’un artiste qui aime brouiller les pistes. «Qui c’est qui se cache derrière l’image?», lance-t-il comme s’il était question d’un autre que lui. Preuve que les fans aiment cette composition, ils ont entonné le refrain sans se faire prier.

Dans Seuls contre tous, c’est tout le groupe qui se fait joyeusement carnavaliser et comme plusieurs membres arboraient un look russe, de vigoureux «Hey! Hey! Hey» se sont superposés à la musique. Ça se réchauffait pour la peine, si bien que rendus à la chanson titre, des gens se sont mis à danser et sauter sur place, le poing en l’air. Il est vrai que cette pièce déménage et qu’un élément original émergeait des arrangements, les claviers d’Andy Ellefsen d’où sortaient des sons de flûte à la Jethro Tull.

Ceux qui sont familiers avec l’album savent que dans la dernière partie, on retrouve des compositions plus mélancoliques. Comment seraient-elles reçues en spectacle? Le public les écouterait-il? On sait à quel point ce problème a hanté Plume, incapable d’aborder un texte sérieux sans qu’une tête heureuse réclame Bobépine. C’était une sorte de test et là encore, il a été passé haut-la-main pendant l’interprétation de Rivière-Éternité. Cette fois, ce sont les fans qui ont mérité un morceau de robot.

Ils ont été récompensés dans la seconde portion du spectacle, alors que le groupe a revisité ses classiques. On le sentait plus lousse, plus prompt à multiplier les facéties, et la salle a réagi en dansant avec abandon, certaines personnes sacrifiant au rituel du «bodysurfing». L’auteur de ces lignes a dû quitter avant la fin (même sur le web, il y a une heure de tombée), mais pas avant de découvrir une version différente de Pêche blanche, portée par la batterie et les cuivres, ainsi qu’une chorale improvisée. Le party était pris, pour employer l’expression consacrée, et personne ne semblait pressé de retourner à la maison.