La rentrée à La Peuplade réjouit le coeur de Mylène Bouchard. Elle est fière de proposer des ouvrages qui se distingueront par la qualité de l’écriture, l’originalité du propos, leur beauté et leur capacité d’ébranler quelques certitudes.
La rentrée à La Peuplade réjouit le coeur de Mylène Bouchard. Elle est fière de proposer des ouvrages qui se distingueront par la qualité de l’écriture, l’originalité du propos, leur beauté et leur capacité d’ébranler quelques certitudes.

Rentrée littéraire de La Peuplade: des romans, de la poésie et un inclassable

Un premier roman très attendu, à tout le moins intrigant, un Islandais rendu au milieu d’une trilogie, un auteur inclassable, ainsi que deux poétesses et un de leurs collègues, dont l’identité sera dévoilée dans quelques mois. La rentrée aux éditions La Peuplade s’annonce à la fois riche et diversifiée.

Pour marquer le coup, la maison saguenéenne prévoyait lancer le recueil de Kristina Gauthier-Landry, Et arrivées au bout nous prendrons racine. Ça devait se faire en avril, mais les circonstances en ont décidé autrement, comme pour tant de choses en ce bas monde. La sortie du livre aura donc lieu le 11 juin et si, à ce moment-là, il est trop tôt pour organiser des lancements, ceux-ci seront décalés.

« Nous devions tenir une soirée littéraire à Natashquan, le village dont il est question dans le livre, mais à un moment donné, nous ne pouvions même pas nous rendre à Tadoussac. Nous tenons cependant à ce que Kristina jouisse d’une belle visibilité parce que c’est une voix à surveiller. Son texte est partagé entre deux saveurs, un peu hiver, un peu automne », a fait valoir la directrice littéraire Mylène Bouchard au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Mireille Gagné

Plus proche de la rentrée littéraire au sens où on l’entend d’ordinaire, le roman de Mireille Gagné, Le lièvre d’Amérique, fera son apparition en librairie le 20 août. Dire que ce texte suscite l’enthousiasme à La Peuplade constitue un euphémisme. S’il ne pèse pas lourd du haut de ses 160 pages, cet ouvrage possède une telle densité que les lecteurs le garderont longtemps en bouche.

« Cet univers se révèle à la fois envoûtant et bucolique, tandis que l’écriture est très belle. Il s’agit d’un conte qui critique la société moderne, la notion de performance, à partir de la légende algonquienne de l’esprit farceur. On est dans des sensations liées à la transformation du corps », décrit Mylène Bouchard.

Directrice littéraire à La Peuplade, Mylène Bouchard présente deux des ouvrages qui seront lancés d’ici la fin de l’automne, soit le recueil de poésie de Kristina Gauthier-Landry, Et arrivées au bout nous prendrons racine, ainsi que le roman La fenêtre au sud, de l’Islandais Gyrdir Eliasson.

Le personnage central, Diane, est une femme qu’on rencontre au moment où elle vit à L’Isle-aux-Grues. Son voisin, Eugène, nourrit un intérêt prononcé pour les espèces menacées. Ils développent des liens de plus en plus étroits jusqu’au moment où cet homme, qui représente l’équivalent d’un premier amour, disparaît sans avertissement.

« Ça commence dans le vent, les grands espaces et les marées, un territoire comportant un certain danger. Puis, on retrouve Diane à Montréal. Il s’est écoulé 15 années et son désir d’être encore plus performante dans ses fonctions la pousse à subir une opération. Or, il y a des conséquences imprévues et comme l’auteure ne dit pas tout, une chose qui me plaît, ça stimule le lecteur. L’imagination se met à fonctionner », rapporte Mylène Bouchard.

Gyrdir Eliasson

Les personnes familières avec ce romancier islandais savent que La Peuplade a publié le premier titre d’une trilogie portant sa griffe, Au bord de la Sanda. Voici venu le temps de découvrir le deuxième, La fenêtre au sud, qui arrivera en librairie le 10 septembre. Le troisième, lui, sortira au cours de l’hiver.

« C’est un auteur important, récipiendaire du Grand Prix de littérature du Conseil nordique en 2011, tellement connu qu’on l’étudie dans les écoles. En même temps, il est mystérieux. On le voit rarement dans les événements publics », relate Mylène Bouchard.

Après avoir mis en scène un artiste visuel, voilà qu’un écrivain se trouve au coeur de l’action, tandis que le dernier volet sera consacré à un musicien.

« Dans La fenêtre au sud, le personnage va au café du coin, assiste à des projections de films tenues dans son village, des événements où il est toujours seul. On en vient à se demander s’il s’agit de choses réelles ou imaginées. On se trouve à la frontière du fantastique, alors que l’écriture est d’une grande simplicité. Elle comporte une part d’humour, ainsi qu’une réflexion sur l’existence », fait observer l’éditrice.

Marc-Antoine K. Phaneuf

Juste le titre du livre portant sa signature donne la mesure de son caractère singulier : Carrousel encyclopédique des grandes vérités de la vie moderne. Ceux qui feuilleront ses pages à compter du 1er octobre découvriront une collection d’aphorismes, un genre littéraire méconnu, mais qui a eu pour adeptes des écrivains du calibre d’Oscar Wilde et d’Arthur Schnitzler.

« C’est un inclassable, reconnaît d’emblée Mylène Bouchard. On ne sait pas dans quelle catégorie le placer, lui qui propose de grandes vérités et de grandes faussetés, en recourant à la formule de l’encyclopédie. Cet ouvrage, qui a le pouvoir de nous faire éclater de rire, est le fruit d’observations étalées sur une dizaine d’années. L’intention derrière ce projet, c’est de s’amuser avec le langage. »

Marisol Drouin

Cette écrivaine connaît les airs de la maison, puisque Lola et les filles à vendre, disponible dès le 9 octobre, sera son troisième titre publié à La Peuplade. Il s’agira du premier consacré à la poésie, cependant, et il ne fera pas de quartier, laisse entrevoir Mylène Bouchard, qui en parle comme d’un livre « coup de poing ».

« Ce texte a été écrit dans l’urgence et le ton est très féministe, précise-t-elle. Il est question du rapport de force entre hommes et femmes, alors qu’elle dénonce ce qu’on tolère chez les uns, mais pas chez les autres, notamment en littérature. Chaque chapitre porte le nom d’une fille. On y aborde les distorsions de l’amour, du désir. C’est un livre très brave. »

Notons enfin qu’un autre recueil de poésie devrait s’ajouter au catalogue de la maison d’ici à la fin de l’automne. Ce projet mettant en cause un nouvel auteur n’est pas suffisamment avancé, cependant, pour en officialiser l’existence.

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EN BONNE POSTURE MALGRÉ LA PANDÉMIE

Plus de numérique ; moins de papier. De bonnes ventes au Québec ; presque rien en France. Ainsi se résume la pandémie du point de vue de La Peuplade. Certes, le bilan sera moins reluisant qu’aurait pu l’espérer la maison d’édition basée au Saguenay, mais dans un contexte où tant d’entreprises s’écroulent comme des châteaux de cartes, il se révèle globalement positif.

« Nous sommes en bonne posture, mais nous restons aux aguets. L’important, c’est que la chaîne du livre ne soit pas déstabilisée. Nous ne voulons ni perdre des librairies ni que des distributeurs cessent leurs activités », a mentionné la directrice littéraire Mylène Bouchard.

S’agissant des ventes, le tableau est on ne peut plus contrasté. Partout, les librairies ont dû fermer leurs portes à la demande des autorités sanitaires. La différence est qu’en France, où la maison est bien implantée, l’alternative que constitue le numérique génère un intérêt minimal, pour ne pas dire inexistant. Au Québec, en revanche, plusieurs y ont recouru afin d’enchanter leur confinement.

« Ici, il existe une structure pour la vente en ligne de livres numériques ou en papier. Le site Leslibraires.ca est solide. Je me fais toujours un devoir de le signaler. Grâce à lui, nous avons pu faire face à la situation, alors qu’en France, les pertes se révèlent plus importantes. Tout était complètement arrêté », fait observer Mylène Bouchard.

Elle s’estime également chanceuse d’avoir obtenu l’aide du gouvernement fédéral, ce qui a aidé à traverser la zone de turbulence. Il reste à voir si la reprise de l’activité économique redonnera du tonus aux maisons d’édition comme la sienne, une perspective qu’elle envisage avec un réel optimisme.

« Je crois que la crise va laisser une trace parce que le livre, c’est nourricier. Ça nous apporte quelque chose. Ce qui me fait dire qu’à l’avenir, les gens garderont plus de place dans leur vie pour ce genre de choses. Il y a aussi le fait qu’avec la musique enregistrée, c’est à peu près tout ce qui reste, au plan culturel. Du moins, tant qu’on ne pourra pas voir des spectacles », analyse Mylène Bouchard.

Quant à la façon de consommer la littérature, elle empruntera des canaux familiers, en débit de la percée réalisée du côté du numérique. « Au Québec, le livre papier va revenir en force, tandis qu’en France, je ne vois rien qui pourrait le déloger. Là-bas, ils sont encore plus traditionnels », constate l’éditrice.