Regard sous-marin sur le monde à la bibliothèque de Chicoutimi

La vulnérabilité de la vie sous-marine et celle de l’être humain semblent ne faire qu’une, sous la lentille des photographes régionaux et internationaux exposés à la bibliothèque de Chicoutimi, où est présentée jusqu’au 11 octobre l’édition spéciale de Faites-nous voir le monde.

L’exposition internationale de photographie offre une fenêtre sur ce monde à la fois coloré et sombre, auquel bien peu de personnes ont accès. La grâce des plongeurs en apnée, qui paraissent vulnérables dans cet environnement aquatique, met en perspective la fragilité de la vie, autant humaine, animale que végétale, dans ces écosystèmes où les contrastes de lumière immortalisés par les photographes en révèlent toutes les beautés.

Cette nouvelle édition de Faites-nous voir le monde, un concours international de photographie qui a vu le jour il y a neuf ans, à Saguenay, espère susciter la réflexion, tout en sensibilisant.

La photographie sous-marine est encore une fois à l’honneur pour cette édition du concours Faites-nous voir le monde. Les 25 photographies sont exposées à la bibliothèque de Chicoutimi jusqu’au 11 octobre.

« À l’heure actuelle, avec le réchauffement climatique et les défis qu’on rencontre, on entend beaucoup parler de chiffres qui sont alarmants. Je pense que plus que les chiffres, la photographie va être capable de rejoindre les gens, en leur faisant aimer, finalement, et en leur donnant envie de protéger », estime Claire Gressier, directrice générale du concours, en entrevue téléphonique depuis Stockholm, en Suède.

Celle qui a demeuré à Saguenay une dizaine d’années est demeurée attachée à la région et continue d’assurer à distance la direction de l’exposition.

Des épaves, plongeurs en apnée, tortue verte de la Grande Barrière de corail australienne, cénotes mexicaines, ruines englouties, baleine, requins-tigres et crocodile américain côtoient des scènes de la faune aquatique des eaux sombres du fjord du Saguenay, parmi les 25 clichés sélectionnés par le jury.

Une centaine de photographies « de très haute qualité » ont été reçues dans le cadre de cette édition hors concours de Faites-nous voir le monde, après le succès connu par l’édition précédente, également consacrée à la vie sous-marine, précise Mme Gressier.

Des photographes renommés et primés, tels que le Suédois Torbjörn Gylleus, la Canadienne Jill Heinerth et l’Américaine Tanya Hooperman, comptent parmi les têtes d’affiche de l’exposition. Le Danois Daan Verhoeven présente un hommage à l’athlète Sayuri Kinoshita, une apnéiste détentrice de plusieurs records mondiaux, décédée en juillet dernier dans un accident qui n’était pas lié à la pratique de ce sport. Tout en grâce, sous un filet de lumière, on y voit l’athlète qui médite, flottant dans l’eau.

L’organisation a voulu faire cette année une plus grande place aux photographes régionaux. Les photographes Lucie Tremblay et Lysanne Deslandes, plongeuses expérimentées, y exposent trois photos de la faune colorée du fjord du Saguenay, montrant une limace de mer, des anémones lumineuses et une méduse crinière de lion.

« L’idée, aussi, c’était de pouvoir proposer une plateforme à des photographes de la région, et puis de révéler aussi au public les beautés qu’on a dans le Saguenay. On ne le sait pas toujours, mais au fond du fjord du Saguenay, des rivières et des lacs environnants, on a vraiment de beaux trésors qui rivalisent d’ailleurs de beauté avec les coraux des mers du Sud qu’on n’a plus l’habitude de voir », souligne Mme Gressier.

Lucie Tremblay, photographe sous-marine qui a déjà exposé au Musée du fjord de La Baie et à l’Aquarium de Québec, expose cette photographie d’une limace de mer, un nudibranche flabellina, prise dans le fjord du Saguenay, près de Rivière-Éternité.

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UNE PASSION NÉE DANS LE FJORD DU SAGUENAY

Même depuis la Suède, les liens tissés au Saguenay par Claire Gressier, directrice du concours Faites-nous voir le monde, demeurent bien vivants pour cette passionnée de plongée sous-marine, qui a fait ses premières armes dans les eaux du fjord. Elle partage d’ailleurs sa passion qui l’a amenée à voyager à travers le monde en exposant deux de ses photographies à la bibliothèque de Chicoutimi.

Claire Gressier a en fait attendu de quitter la France pour le Saguenay, en 2008, avant de s’initier à la plongée sous-marine, en marge de son projet d’études doctorales en littérature à l’Université du Québec à Chicoutimi.

« Quand on apprend à plonger au Québec, étant donné que c’est difficile ici d’apprendre, après, peu importe où on va plonger sur la planète, on a un sentiment de facilité, en fait, après avoir appris au Saguenay », partage celle qui demeure aujourd’hui à Stockholm, en Suède, où elle pratique toujours sa passion.

« Même en Suède, je continue la plongée, dans des conditions qui sont difficiles aussi et qui ressemblent beaucoup à celles du Saguenay », poursuit-elle.

Au Saguenay, ses implications dans des projets culturels l’ont amenée à bifurquer vers une maîtrise en gestion de projets, avant de quitter vers l’Australie, lieu de rêve pour bien des plongeurs, après une dizaine d’années passées au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Interpellée par la cause de la protection des océans, elle y a consacré un an à oeuvrer pour un hôpital dédié aux tortues marines.

Même si elle a depuis posé ses valises en Suède, où elle travaille pour une start-up dédiée au soutien aux entrepreneurs, elle conserve des liens au Saguenay–Lac-Saint-Jean, notamment au sein de la communauté des plongeurs et de photographes sous-marins, qu’elle a interpellée dans le cadre de l’exposition.

Deux de ses photographies prises lors de ses voyages sont d’ailleurs exposées dans l’édition hors concours de Faites-nous voir le monde, présentée à la bibliothèque de Chicoutimi. La première a été prise dans un cénote, au Mexique, tandis que l’autre met en vedette l’épave d’un navire, dans l’archipel de Malte.

Tournée internationale

L’exposition quittera d’ailleurs les murs de la bibliothèque de Chicoutimi à l’automne pour débuter sa tournée internationale vers le Bangladesh, en décembre.

Les autres arrêts restent à déterminer, parmi lesquels pourraient compter la Suède et la France, ports d’attache de la directrice générale. Le concours connaît une renommée grandissante, notamment, depuis que la documentation qui y est reliée a été traduite en mandarin.

Dans Enlightenment, le Danois Daan Verhoeven rend ici hommage à l’athlète Sayuri Kinoshita, une apnéiste décédée en juillet dans un accident non relié à la pratique ce sport.