Regard d'Alsace

(1/2) La froidure se fait sentir, la neige a recouvert le sol, l'hiver est bel et bien arrivé. Depuis quelques semaines, la saison froide s'est aussi installée à l'intérieur des murs de Langage Plus. Jusqu'au 22 janvier, le centre d'art actuel d'Alma propose deux expositions où le froid est devenu source d'inspiration et sujet de création.
Raconter l'hiver à partir d'objets. Voilà ce que l'artiste alsacienne Mathilde Benignus propose dans la petite salle du centre d'art actuel Langage Plus. Celle qui a effectué une résidence à Alma cet automne a fait appel à la population pour amasser des objets qui évoquent la saison froide. En les réunissant, elle leur donne un nouveau sens et crée de nouvelles histoires. 
Pour Mathilde Benignus, récolter des objets a permis la rencontre avec la communauté. Le fruit de l'exercice sert aussi de base à son travail artistique. 
Mathilde Benignus n'a jamais connu le froid mordant d'une journée où le mercure atteint -30 degrés Celsius. Elle a quitté la région en novembre, avant que l'hiver soit réellement installé. Mais l'échange avec les gens et les objets récoltés lui ont permis de créer différentes mises en scène hivernales. 
Dans la salle d'exposition, chaque mur se regarde de façon distincte, comme s'il racontait sa propre histoire. Avec Objets d'hiver, le visiteur a l'impression de se faire raconter quatre petites histoires qui se déroulent en hiver.
Une bande jaune caractérise le premier mur. L'oeuvre est intitulée Tableau de chasse. Elle est composé de fourrure, d'un manteau de fourrure suspendu, d'un vieux fusil, et autres objets. Trois livres d'Yves Thériault qui évoquent l'hiver sont aussi rassemblés : Agaguk, Tayaout fils d'Agaguk et Agoak : l'héritage d'Agaguk.
Le second mur, divisé par une bande verte, est intitulé Histoire d'ours, un titre évocateur. Des paires de bas de laine, un poêle et des raquettes nous invitent à suivre une direction. Le visiteur a l'impression de voir des gens sortir d'un chalet où ils profitent d'un bon feu, faire une randonnée en raquettes, puis de croiser un ours. 
Le troisième mur, séparé par une bande bleue, met en scène des éléments qui permettent d'imaginer facilement toute une scène. Deux pyjamas qui se font face, placés au centre du mur, permettent presque de visualiser des personnages. Tout près des mitaines et un vêtement de fourrure semblent prêts à être enfilés. 
Finalement, sur le quatrième mur, marqué par une bande rouge, sont rassemblées quelques photos de loup et de chien. Histoire au loup, propose aussi une laisse, de petites bottes, des coussins de fourrures et de tissus rouge, la même couleur que celle du manteau suspendu juste au-dessus. Une vieille chaise, dont les pattes ont été recouvertes de jambières de hockey, clôt la visite. 
Mathilde Benignus craint la forêt. Elle a profité de son passage en région pour tenter de l'apprivoiser. Elle s'y est aventurée à quelques reprises, puis l'expérience a culminé avec une performance filmée. 
Elle a demandé à des personnes qui ont été significatives pour elle pendant son séjour de la porter en forêt. À ses abords, elle a abandonné ses bottes, puis est montée sur ses gens symboliques qui ont travaillé en équipe pour lui créer un chemin. 
Tout un travail d'équipe était nécessaire. Portée par ses proches, l'artiste a confronté sa peur. 
La vidéo est diffusée à Langage Plus. Un texte écrit par chacun des porteurs relatant son expérience est aussi exposé.